Biographie romancée sur la célèbre chanteuse Billie Holiday, "Lady Sings the Blues" mérite le coup d'œil uniquement pour la composition éblouissante de Diana Ross dans le rôle titre. À part de ça, c'est beaucoup de flafla pour un traitement archi-conventionnel.
1972 a été une grande année pour le cinéma américain. Alors que les The Godfather, Deliverance et Cabaret voyaient le jour, une production presque entièrement composée d'acteurs et d'actrices noirs réussissait à obtenir cinq nominations aux Oscars. Même si "Lady Sings the Blues" est reparti bredouille de cette soirée hyper glamour, ce long métrage réalisé par Sidney J. Furie a obtenu un succès commercial enviable.
L'histoire retrace les grandes étapes de la vie de Billie Holiday (Diana Ross). Au départ, la jeune fille rêve de chanter sur des scènes importantes, mais ses espoirs fondent comme neige au soleil lorsqu'elle se fait violer par un individu saoul. À sa première soirée dans un cabaret exotique, elle fait la connaissance de Louis McKay (Billy Dee Williams) qui l'encouragera et la supportera tout au long de son existence. En parcourant les États-Unis avec une troupe musicale blanche, les problèmes d'épuisement se feront rapidement ressentir et Billie fuira dans la drogue pour se donner du courage. Entre des décès soudains et un équilibre psychologique des plus fragile, la route vers le succès sera parsemée d'obstacles proéminents qui ne pourront être ignorés trop longtemps.
Ce trop long film de deux heures vingt-quatre minutes sent la formule à plein nez. Une inconnue pauvre rencontre le succès soudainement, elle sera séduite par le côté obscur de la gloire avant d'être sauvée in extremis par l'amour. Au passage, les éléments conventionnels (drogues, délire psychologique, faible estime de la chanteuse, importance des parents, etc.) sont réunis, mais sans qu'aucune innovation soit présente. À un moment, des éléments raciaux entrent en jeu (le Ku Klux Klan) pour être évacués à la vitesse de l'éclair vers des situations attendues, qui finissent par sombrer dans le mélodrame. La vie est difficile, mais est-ce que les pleurs se doivent d'être aussi présents?
Quelle chance que Diana Ross brille dans le difficile rôle principal! Cette chanteuse n'avait auparavant jamais joué, mais elle s'en sort avec les lauriers. Sa Billie Holiday est tout à tour torturée et solide, nageant dans les différents états d'âmes avec une grâce et une élégance certaine. Au lieu de chercher à imiter l'auteure de All or Nothing at All, Ross prend ce qui lui plait du personnage tout en s'offrant certaines libertés qui sont les bienvenues. Cela l'empêche d'être trop limitée à une figure légendaire. En prétendant patient et amoureux, Billy Dee Williams est extrêmement charismatique, alors que l'éternel ami Richard Pryor offre quelques numéros humoristiques pas piqués des vers.
Puisque ce long métrage s'intéresse au domaine de la chanson, il y a énormément de musique du début à la fin. Celle-ci est souvent grandiose, alors que les notes plus intimistes sont beaucoup plus intéressantes. Le tout est véhiculé avec énormément de passion par une Diana Ross en pleine possession de ses moyens. Comme il fallait s'y attendre, la qualité audio est surprenante. Les extraits de pièces musicales sortent bien des différents haut-parleurs et il n'est pas rare qu'ils surprennent par leur intensité. En revanche, les voix des différents acteurs ne semblent pas toujours élevées. Comme les protagonistes s'expriment souvent avec des intonations ou un langage familier, le recours aux sous-titres peut être nécessaire. Ces derniers sont de couleur jaune et ils sont placés pour ne jamais nuire au déroulement du film. Malgré ces aspects audio très satisfaisants, la qualité vidéo laisse énormément à désirer. De multiples égratignures surgissent à de nombreuses occasions et une scène est littéralement saccadée. À la longue, ces inconvénients ne sont plus remarqués, mais ils demeurent néanmoins présents.
La pochette un peu trop "étoile sur glace" pourra fausser la première impression, alors que le menu principal statique, plat et sans musique (le comble pour un drame musical) est tout sauf séduisant. Pourtant, le film en tant que tel n'est pas si mal et quelques suppléments sont présents. Il y a un documentaire d'environ vingt-cinq minutes où les artisans du long métrage parlent du choix de Diana Ross qui ne faisait pas l'unanimité, de l'importance qu'a eu cette œuvre sur le cinéma afro-américain, des succès de Billy Dee Williams, des problèmes financiers et bien plus encore. Les louanges envers le réalisateur sont nombreuses, mais les propos demeurent souvent intéressants parce qu'il y a eu trente-trois années de recul. Une autre section comprend sept scènes retranchées qui n'apportent malheureusement rien au résultat final. Il y a également une piste de commentaires assez cocasse du cinéaste Sidney Furie, du producteur exécutif Berry Gordy et de la gérante artistique Shelly Berger. Ces gens s'intéressent aux petits détails et la cohésion d'ensemble se fait ressentir rapidement.
Honnête biographie qui s'étire trop souvent en longueur, "Lady Sings the Blues" est loin d'être un film qui passera à l'histoire. Diana Ross est peut-être parfaite en Billie Holiday, mais c'est probablement l'unique aspect totalement réussi de ce long métrage. Pour les inconditionnels des deux belles chanteuses, il n'y a pourtant rien de mieux.
| Film | 6 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 8 |