Leonard Cohen: I'm Your Man
Christal Films Distribution / Lionsgate

Réalisateur: Lian Lunson
Année: 2006
Classification: G (QC)
Durée: 103 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Sébastien Cassou
22 novembre 2006

Leonard Cohen, le plus ancien des grands auteurs compositeurs (poète et écrivain aussi) anglophones canadiens, est un monument à lui seul. Peu prolifique, vivant la moitié du temps à Los Angeles, l'autre moitié à Montréal sa ville natale, moine bouddhiste à ses heures, juif errant le reste du temps, citant les grands textes hindous comme les poètes beats, ce grand artiste s'est toujours fait discret avec les médias. C'est pourquoi on ne peut que se réjouir du tour de force accompli par le réalisateur Lian Lunson avec son film "Leonard Cohen : I'm Your Man".

D'avoir réussi tout un documentaire avec une longue entrevue de Cohen, où ce dernier accepte de se pencher sur son passé, autant artistique que personnel, et de nous parler avec franchise de sujets aussi variés que ses séjours dans un monastère bouddhiste de Californie ou sa vie sur une île grecque, ou encore de l'inspiration pour des chansons majeures comme Suzanne ou Bird on a Wire, nous démontre à quel point le réalisateur a dû travailler fort pour faire sortir l'ermite de son trou. Ou peut-être monsieur Cohen sentait-il qu'à cette période de sa vie, valait-il mieux commencer à se remémorer avant d'oublier ou d'être oublié (quoique peu de chances de ce côté!) Enfin, peu importe la motivation profonde de cet artiste pour révéler quelques-uns de ses secrets si bien gardés depuis tant d'années, d'éclaircir quelques zones sombres, ou de démentir quelques rumeurs (les rumeurs, apanage des artistes discrets!) ceux et celles qui aiment sa musique sautent de joie à l'occasion qui leur est offerte.

Le documentaire est donc divisé en deux pôles importants qui s'entrelacent tout au long du film. Premièrement cette longue entrevue en trame de fond, accompagnée de photos, de films d'archive, de citations, de gribouillages et de dessins de Cohen, à toutes les époques de sa vie. L'enfance à Montréal, la synagogue, les tableaux de jeunesse tel l'omniprésence des religieuses dans les rues (Sisters of Mercy) ou les cercles de poésie. Aussi des épisodes plus intimes comme son premier divorce ou la vie de bohème à New York avec des fêtards de l'époque comme Janis Joplin, Nico ou le poète Allan Ginsberg (Chelsea Hotel), quelques remarques philosophiques aussi sur son manque de confiance en soi, ou encore sur son absence quasi-totale de nostalgie et d'autoglorification.

Deuxièmement, un concert hommage rendu à cet auteur-compositeur intemporel. Plusieurs grands noms du milieu folk canadien et britannique lui rendent hommage lors d'une soirée concert. On retrouve Nick Cave, Les sœurs McGarrigle, Rufus Wainwright, the Handsome family, Martha Wainwright, Linda Thompson et son fils, Beth Orton et quelques autres. Pour qui s'intéresse au folk des années 70, il s'agit ici d'une brochette d'artiste des plus intéressantes. Et puis, pour couronner le tout, une rare performance de Leonard Cohen lui-même interprétant Tower of Songs, une de ses chansons les plus autobiographiques, dans le bar huppé d'un hôtel de New York avec rien de moins que U2 comme groupe d'accompagnement!

Bien entendu, tout au long du film, ces divers artistes nous parlent de l'importance de monsieur Cohen (ou Leonard comme l'appelle Edge) dans leur vie et dans leur développement en tant qu'artiste. Edge, guitariste de U2, compare même le monument Cohen à un acte de foi, à une expérience religieuse intense. Bono, pour sa part, en parle plus comme d'un artisan, un confectionneur de chansons incroyable, pouvant à la fois nous émouvoir aux larmes et nous faire rire dans le même texte. Mais peu importe, tous et toutes sont d'accord pour parler de l'impact de Cohen dans le petit monde de la musique pop-rock et dans leur grand univers de créateurs et de créatrices.

Au niveau de la qualité vidéo, on a choisi, pour le documentaire, un style s'apparentant assez bien avec le sujet. À la fois un peu sombre comme les textes et la voix du chanteur et en même temps très bcbg comme son look indémodable de costume Giorgio Armani et de cheveux gominés. Visuellement ça se traduit par une caméra très présente lors des entrevues, avec beaucoup de plans à proximité du sujet, combinée avec des effets de transition assez branchés comme des fondus en arrière-plan entre le rideau de velours rouge du bar new-yorkais ou la poitrine plantureuse de la serveuse de martini et le visage de Cohen ou d'un autre artiste jouant le soir du concert. Autre trouvaille intéressante, l'interruption d'une performance musicale qu'on renvoie en arrière-plan sonore par la voix hors champ de Cohen nous parlant de la création de ce texte ou de sa musique. Et bien que tout ça soit tourné en vidéo, la chaleur des éclairages et l'intimité créée par la caméra nous font oublier la qualité visuelle moindre (tout étant relatif bien sur!) et nous permettent de nous régaler pendant plus d'une heure trente.

Au niveau audio, on a pris soin de reproduire le même univers intimiste qu'avec la caméra et l'éclairage. La voix grave de Cohen, si bien enregistrée, enveloppe les images superposées et crée des liens naturels avec les performances des artistes lors du concert-hommage ou de leurs entrevues respectives. Un genre de guide spirituel nous accompagnant lors d'un voyage initiatique dans son univers propre, mais revu par d'autres. Le son de ces performances musicales est aussi très bien rendu, même si l'immensité de la salle de concert aurait pu nuire.

Au niveau des suppléments, quelques performances supplémentaires du spectacle qui n'ont pu être intégrées dans le documentaire, dont une en studio étonnamment. Aussi quelques minutes supplémentaires d'entrevue avec Cohen qui, malheureusement, n'apportent pas grand chose de plus au film. Plutôt d'un intérêt anecdotique pourrions-nous dire. Le principal ayant déjà été dit brillamment dans l'assemblage régulier.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments6
Vidéo8
Audio8