Elle a beaucoup d'admirateurs, mais aussi certains détracteurs. Quand on a du succès, on ne plait jamais à tout le monde, surtout si ledit succès est souvent décrié. Pourtant, les faits sont là: Madonna a conclu en 2006 une tournée de spectacles de quatre mois avec près de 200 millions de dollars US de recettes. Même Cher n'avait pas fait mieux. On aura beau lui donner tous les noms que l'on voudra, il faut compter avec la "Madonne", Madonna Louise Ciccone, née en 1948 d'un père italo-américain et d'une mère canadienne française. C'est d'ailleurs en France, en 1979, qu'elle fait ses débuts de scène en étant la danseuse de Patrick Hernandez, le créateur du succès de l'époque "Born to be Alive".
Avec une sortie quasi mondiale (une semaine d'écart entre l'Amérique du Nord et le reste du monde), WEA nous propose donc de vivre ou revivre le concert "The Confessions Tour" donné durant l'été 2006 par Madonna pas moins de 56 fois sur trois continents, dont le Japon. Deux éditions sont disponibles, la version DVD seul et la version DVD + CD. C'est cette deuxième édition que nous allons décrire ici.
Sur le DVD, nous retrouvons l'intégralité du spectacle, d'une durée de deux heures (121 minutes exactement) enregistré les 15 et 16 août 2006 à Londres. Cela représente plus de 30 minutes supplémentaires que les diffusions télévisées qui ont été présentées depuis (dont celle du 31 décembre au Québec sur TQS). Pour de nombreuses personnes, le travail du réalisateur Jonas Akerlund (à qui l'on doit d'autres productions musicales pour Madonna, mais aussi U2, Moby, The Smashing Pumpkins et The Prodigy) est plus proche d'un film musical que d'un simple enregistrement scénique. Avec un nombre impressionnant de caméras, disséminées un peu partout, autant sur les bords de scène, dans les gradins ou même à l'autre bout de la salle, cette version vidéo de "The Confessions Tour" nous en montre certainement beaucoup plus que le spectateur dans la salle a pu en voir, ce qui est donc un gros atout, même pour ceux qui étaient présents. Au final, nous manquons très peu de numéros visuels, très nombreux, que des vidéos projetées, souvent remises en fond d'écran.
Le spectacle est composé de plusieurs tableaux avec un environnement scénique différent, à l'aide de décors qui changent, d'écrans géants qui se transforment en rideaux, de parties de scènes qui s'élèvent et de sols transformés en écrans vidéo. On débute par la fameuse boule à facettes qui descend du plafond et qui s'ouvre avec une Madonna tout sourire habillée en cavalière émérite (à noter que les costumes sont signés Jean-Paul Gauthier, fidèle de la chanteuse). Je crois qu'il est temps de dévoiler un grand secret: la star n'est pas dans la boule qui descend. Elle y entre par en dessous une fois la sphère posée (si vous remarquez bien, la boule est juste au-dessus de la fameuse trappe qui est dans la piste avancée dans la salle). Quant à la thématique équestre de ce premier quart d'heure, elle en a fait se questionner plusieurs: pourquoi? Selon moi, Madonna qui aime beaucoup les chevaux, semble avoir voulu exorciser sa mauvaise chute qu'elle a eue en août 2005. D'ailleurs, alors qu'elle chante "Like a Virgin" sur un cheval mécanique, ce sont des vidéos d'accidents équestres qui sont diffusés.
Changement de décor avec de grandes structures tubulaires qui font leur apparition sur la chanson "Jump". Et là on commence à voir les vraies vedettes du spectacle après Madonna: les danseurs. Ils sont tout simplement extraordinaires. On se demande même comment ils font pour ne pas se casser la figure. Ce sont des pros, et pas de la petite école, et Madonna les qualifie même de danseurs qui défient la gravité. Toutes leurs prestations sont dignes d'intérêt dans ce spectacle, mais celle de "Jump" est peut-être l'une des meilleures. Et je me demande même si les spectateurs proches de cette partie de scène n'ont pas eu quelques frousses en les regardant. Précisons que trois de ces danseurs sont français. Puis on arrive à la partie provocation, dénonciation et prêcheuse de bonnes paroles. On ne manquera pas la fameuse scène de crucifixion sur une immense croix recouverte de miroirs, ici dans sa version complète non censurée, alors que défilent sur les écrans des images des enfants africains atteints du SIDA, sans oublier quelques adresses Internet pour faire des dons. On poursuit cette partie avec les différences de religion que la chanteuse veut rapprocher, utilisant ses chansons "Forbidden Love" et surtout "Isaac", qu'elle interprète avec Yitzhak (Isaac) Sinwani, l'inspirateur (qui reviendra plus tard dans le spectacle). Cette période humanitaire et provocatrice se termine par une version remixée de "Sorry", qui en l'absence de la chanteuse qui en profite pour se changer, nous permet de la voir sur les écrans géants alors que les grands leaders décriés du monde, présents et passés, se font dire leurs quatre vérités, Bush en tête.
La première heure du spectacle s'achève à peine qu'on embarque dans la partie rock avec "I Love New York", guitare électrique au cou et sons puissants à faire sauter les tympans. Les effets visuels sortent de toutes parts. La star a juste le temps de préciser qu'il faut comprendre le "New York" de la chanson comme un symbole de la culture et non seulement comme la ville (n'oublions pas que nous sommes à Londres). On poursuit avec "Ray of Light" et une autre formidable prestation des danseurs, dans un numéro de coordinations gestuelles hallucinant. La moindre erreur, et c'est la catastrophe. Une chanson de plus et c'est la pause musicale. Assise sur les marches de la scène avec seulement la lumière sur elle, Madonna va interpréter "Substitute for Love" puis en duo avec Sinwani, "Paradise". On aura compris que cet intermède plus calme n'était que le repos avant le défoulement ininterrompu de la dernière demi-heure. Sortons les patins à roulettes (autre belle démonstration du talent scénique de sa troupe), les boules à facettes au plafond et les talons hauts, le disco envahit la salle avec "Inferno Music". Difficile de rester sans bouger. Ce sera la même chose avec une toute nouvelle version de "La Isla Bonita", à la fois disco et tzigane, qui bouge bien. Avant de conclure avec le titre principal de l'album "Confession on the Dance Floor", un passage que je trouve un peu inutile, à savoir la chanson "Lucky Star" avec une cape "Dancing Queen" illuminée à l'intérieur. Cet accessoire me paraît de trop ici et la chanteuse elle-même ne semble pas trop savoir quoi faire avec. Et on termine donc avec "Hung Up" dans un numéro de plus de dix minutes qui débute avec une prestation de Yamakasis à faire perdre la tête, s'élançant directement dans la foule, grimpant sur les rambardes et les rampes d'escalier dans une course folle et revenant sur la scène où se réunit toute la troupe pour le final.
Avec une bonne dizaine de changements de costumes, des effets visuels et scéniques dignes des plus grandes productions, une troupe qui s'imprègne complètement de l'ambiance, fait corps (si on peut dire) avec la chanteuse pour offrir un spectacle d'une grande ampleur. Et tout ça, à 48 ans!
WEA nous propose pour cette édition double un format digipack de la taille d'un boîtier CD, qui s'ouvre en trois volets. Sur celui de gauche, un petit livret de photos et de crédits de 18 pages est collé. Les deux autres volets sont les emplacements (fragiles) des deux disques. Le DVD a une sérigraphie d'une silhouette d'un cheval qui se cabre et le CD celle de la chanteuse. Aucune autre inscription que le mince filet circulaire habituel. Cette présentation est limite et ne donne pas sa vraie valeur au contenu. Pour ce qui est de la qualité des images, il n'y a pas grand-chose à dire pour l'enregistrement du spectacle, qui est très précis et sans défauts. Il faut savoir que l'enregistrement original a été fait en haute définition, donnant peut-être l'espoir de la voir arriver sur support HD prochainement. La page de menu principal est composée de la même image que la pochette, avec le mot Madonna qui brille et change de couleur. Un extrait musical est aussi présent. Il est surprenant de noter qu'il n'y a pas de piste Dolby Digital 5.1, mais seulement une piste PCM et une piste DTS 5.1. Cette dernière n'est pas aussi performante qu'on aurait pu le penser. Même si elle est plus puissante que la piste PCM, les effets d'ambiance manquent un peu. Elle reste malgré tout le meilleur choix pour apprécier l'événement. En guise de suppléments, à peine quinze minutes de documentaires en coulisses. Le premier, "Je suis l'art" (phrase prononcée par Madonna alors qu'elle discute avec l'un des danseurs français qui voulait lui expliquer sa façon d'être à ses côtés sur scène), est un court vidéo sur les répétitions à Los Angeles. Les deux autres ne sont que des reprises de "podcast" existant déjà sur le site Web du spectacle. Une galerie d'une vingtaine de photos complète le tout.
Le CD accompagnant cette édition est composé de 13 titres "live" provenant du spectacle, enchaînés. D'une durée de 73 minutes, il possède une belle dynamique, surtout dans les basses fréquences. Les enchaînements sont parfaits, même entre morceaux qui ne se suivent pas dans le spectacle.
On aime ou on n'aime pas Madonna. Reste que la star livre la marchandise et de façon époustouflante. Personnellement, j'ai longtemps douté de ses capacités de chanteuse et elle nous en a donné des preuves dans le passé. Mais je dois bien avouer qu'elle donne ici une excellente prestation vocale, même si elle n'a pas au départ une très grande voix. Je garde quelques doutes sur un direct complet tout le long de la prestation, mais lorsque le doute n'y est pas, elle offre une belle performance. Mais pour ceux qui aiment un spectacle à grand déploiement, une activité scénique incessante, des accompagnements recherchés et une vedette qui se donne à fond, alors ce spectacle est pour vous. Je le recommande.
| Film | 9 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |