De tous les styles musicaux, le métal est possiblement celui qui a été le plus souvent vilipendé par les médias et sur la place publique. Afin de redorer le blason de sa musique préférée, Sam Dunn et ses acolytes multiplient les entrevues pour faire de "Metal: A Headbanger's Journey" un documentaire incroyablement documenté - mais toujours très partisan - sur "une façon de vivre".
Dès qu'il y a une tuerie aux États-Unis ou une chanson trop explicite, la musique métal est presque immédiatement mise au banc des accusés. Pourtant, ce n'est qu'un style musical comme les autres, au même niveau que le hip-hop, le techno ou le western. Voulant démystifier le tout, les réalisateurs Scot McFadyen, Jessica Joy Wise et Sam Dunn parcourent la planète pour offrir une multitude de points de vue. Divisé en chapitres (très pratique pour un DVD), ce documentaire explore la genèse, l'arbre généalogique du métal, le style vestimentaire, le mode de pensée, la culture et la relation qu'entretient un fan avec ses mélodies préférées. Tout pour que le néophyte apprenne quelque chose, ce qui ne sera pas nécessairement le cas du grand connaisseur.
"Metal: A Headbanger's Journey" est une œuvre excessive, un qualificatif aussi positif que négatif. En prenant un thème en particulier, les auteurs cherchent à tout explorer dans le détail, à cumuler les exemples probants et les entrevues de marque. Pendant près de cent minutes, plus de quinze artistes incroyablement importants se succèdent au micro, dont les Rob Zombie, Pantera et Cannibal Corpse ne sont que les plus connus. Ce tour d'horizon est agrémenté d'un montage exemplaire, éliminant systématiquement les moments morts pour gaver l'auditeur du maximum d'informations qu'il peut consommer. Le regard brille sur différentes régions du monde (Grande-Bretagne, New York, Norvège et... Montréal!) et l'humour est une donnée fondamentale. Les liens développés entre la musique classique, le blues et le métal sont incroyables, alors que l'ego disproportionné d'Alice Cooper demeure assez tordant.
Sauf que ce documentaire s'avère beaucoup plus partisan qu'une simple fiction. Les témoignages soutiennent des positions comme quoi le métal est un mode de vie, une nécessité au même titre que l'oxygène. Selon eux, les gens qui n'y adhèrent pas ne pourront jamais comprendre un tel phénomène et saisir un tel bonheur intemporel... Au lieu de rester neutre, le choix des réalisateurs est d'épouser une ligne directrice et de la suivre, se coupant parfois de la réalité avec des énoncés risibles (dans le genre de comparer Van Allen à Mozart). Pire encore est cette accumulation de clichés et de fausses idées, tournant principalement autour de la couleur noire, de l'orientation sexuelle et des symboles fétichistes. En s'enlisant dans des chemins aussi tortueux, aucun sceptique ne sera réellement confondu. Une autre donnée éditoriale bizarre, au même titre que de privilégier quelques noms au détriment d'icônes par excellence (lire Metallica) qui ne sont presque jamais mentionnées.
Le thème principal étant la musique, il n'est guère surprenant d'apprendre que les différentes pistes sonores sont de très bonne qualité. Les rythmes pesants sont souvent présents du côté des haut-parleurs, mais sans jamais prendre toute la place. Habituellement, les voix ne sont pas trop enterrées et elles demeurent très audibles au sein de cette accumulation de guitares électriques. C'est toutefois triste que la traduction française ne soit pas à la hauteur, le timbre ne concordant pas toujours avec les lèvres des intervenants! Un manque que viennent palier d'honnêtes sous-titres blancs ni géniaux ni exécrables. Tourné avec un budget restreint et cherchant à repasser les grandes étapes du métal, ce documentaire puise à fond dans les archives. Cela signifie qu'un extrait peut être excellent, alors que le suivant peut s'avérer assez ordinaire. Cette qualité très variable n'évite jamais les grains, les égratignures, le blocage et la vue de micros, donnant un petit côté artisanal et fauché. Il faudra être tolérant devant cette couleur parfois rauque et ces détails manquant un peu de finitions.
Cet essai a toutefois l'allure d'une bible du métal. La pochette un peu attendue montre des doigts en l'air dans des tons foncés de rouge, de noir et de gris. Le menu principal du DVD reprend allègrement cette pose en y amenant un fond en mouvement et une grosse musique de circonstance. L'édition du collectionneur de cette œuvre comporte une multitude de suppléments. Sur le premier disque, il y a bien entendu le documentaire, mais également une piste de commentaires de Sam Dunn et Scot McFayden qui se coupent la parole un peu trop souvent en racontant leurs anecdotes. C'est sur le second disque que les admirateurs passeront de longs moments. Il n'y a pas moins de seize (!) entrevues allongées avec les différents intervenants comme Tony Iommi, Dee Snider, Bruce Dickinson et Denis "Piggy" D'Amour (du groupe montréalais Voivod, décédé en 2005). Si l'eau est rapidement mise à la bouche, le désenchantement arrivera très rapidement, car ces rencontres ne dépassent jamais les quatre minutes. Avec aussi peu de temps, c'est difficile d'être très profond. Comme c'est souvent le cas des DVD uniquement consacrés aux options, le recommandable côtoie le n'importe quoi. Dans la première catégorie, il y a un documentaire assez fascinant sur le Black Métal norvégien. Pour une rare fois, les auteurs prennent le pouls des artisans musicaux et de leurs détracteurs. Il y a également un arbre généalogique labyrinthique décrivant les différents styles du métal, avec une bonne définition chronologique et plusieurs exemples de groupes importants. Un excellent moyen pour ne pas se perdre dans les méandres des sous-genres. Par la suite, le quelconque prend de l'ampleur. Entendre divaguer Lemmy (le bassiste de Motörhead) pendant huit minutes n'est pas toujours pertinent, surtout lorsqu'il se prête au jeu des questions-réponses. Quant à accéder à quelques séquences coupées composées comme un vidéo-clip, cela retient seulement de la simple curiosité, tout comme cette bande-annonce originale qui "livre la marchandise".
Même si son sujet est très pointu, "Metal: A Headbanger's Journey" arrivera à intéresser les personnes qui n'ont jamais aimé ce genre musical. L'exercice se veut parfois populaire, sélectif, subjectif et trop cliché, mais il se veut également instructif et toujours très divertissant. Si un aspect n'est pas à la hauteur, il est très facile de peser sur la touche "next" de sa télécommande pour accéder à quelque chose de plus fondamental. Et avec plusieurs suppléments enivrants, il est presque impossible pour la majorité des gens de ne pas apprendre quelque chose de nouveau.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |