Metallica: Some Kind of Monster
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Joe Berlinger, Bruce Sinofsky
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 140 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 37
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

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Selon François Langevin
15 janvier 2005

Deux petites annonces placées dans la revue "The Recycler" au début des années 1980, toutes deux recherchant des musiciens pour former un groupe "Heavy Metal" allaient mener à la création du groupe Metallica. Avec Lars Ulrich, à la batterie, et James Hetfield, à la guitare et prêtant sa voix au groupe, Metallica redéfinira ce style musical en le rendant accessible à plus de gens sans pour autant tomber dans un conformisme musical. Quelque 90 millions d'albums vendus plus tard et après 5 ans d'anonymat, Metallica décida de retourner en studios en 2001 pour y faire un nouvel album et ils décidèrent d'en profiter pour bonifier cette expérience d'une équipe de tournage dans le but de faire un documentaire promotionnel sur la session d'enregistrement. Ce qui devait s'avérer un petit "making of..." a finalement tourné en documentaire du genre "Reality Show" à la Spinal Tap et a nécessité plus de 1600 heures de tournage.

"Metallica: Some Kind of Monsters" s'échelonne sur une période de près de deux ans, période parsemée de nombreux rebondissements en commençant par le départ impromptu du bassiste Jason Newsted. Les trois membres restants arrivent donc à "Presidio", ancienne base militaire située en Californie, que le groupe a loué pour faire l'enregistrement du nouvel album. Ils vont tenter d'écrire les paroles et de composer la musique à partir de rien. Devant les conflits internes répétés, ils feront appel à un thérapeute coûtant la modique somme de 40 000 dollars par mois pour tenter de recoudre les plaies. Ce dernier en arrivera finalement à mettre Ulrich et Hetfield sur la même longueur d'onde, mais ironie du sort, ce sera pour se faire dire qu'il n'y aura plus de séances de thérapie de groupe. Le thérapeute demeurera impliqué dans le projet, mais avec un certain recul et comme facilitateur. Puis sans rien annoncer, James Hetfield saute les plombs et quitte le groupe pour entrer en désintoxication. Il y restera près d'un an et personne n'aura de nouvelles de lui. Pendant ce temps, Lars Ulrich réfléchit sur l'avenir du groupe et profite du temps qu'il a devant lui pour régler ses différends avec le piratage en poursuivant le site Internet Napster et puis il décide de vendre sa collection d'œuvres d'art et se tourne vers "Christie's" pour s'occuper de tout. James Hetfield donnera finalement signe de vie, imposera certaines conditions pour poursuivre l'enregistrement de l'album et tout ce beau monde se remettra au travail. À l'approche du lancement du disque et de la tournée qui s'en suivra, ils devront choisir un nouveau bassiste et c'est vers la bête de scène qu'est Robert Trujillo, l'ex "Ozzie Osbourne", qu'ils se tourneront.

C'est au duo de John Berlinger et Bruce Sinofsky responsable du documentaire choc Paradise Lost: The Child Murder at Robin Hood Hills que ce projet fût confié et ce qui devait être un documentaire aux saveurs musicales s'est rapidement transformé en documentaire sur les relations interpersonnelles du groupe. Ce qui devait porter sur les élans créatifs de ces monstres sacrés du Heavy Metal fait rapidement place démons intérieurs habitant les membres du groupe. On voit le conflit perpétuel qui ronge James Hetfield et Lars Ulrich, les deux têtes fortes du groupe, la transparence du guitariste Kirk Hammett face à ce cancer et les efforts du producteur de l'album Bob Rock pour garder une ligne directrice dans ce projet s'occupant même de la tâche de bassiste pendant l'enregistrement du disque. Les effets pernicieux de la célébrité, de la richesse et d'un rythme de vie complètement fou laissent indéniablement des traces tôt ou tard et on assiste à plusieurs remises en question au travers du métrage. Les réalisateurs ont eu la brillante idée de rattacher des moments drôles à cette introspection de 140 minutes ce qui permet à l'auditeur de mieux respirer. Le fait de greffer les capsules d'informations diffusées par la chaîne MTV pour nous donner le pouls extérieur nous permet également d'avoir une meilleure idée d'ensemble des attentes fondées sur le disque St-Anger et surtout de constater qu'un peu comme leur humeur, l'amour de leur public s'était effrité. Le documentaire décolle véritablement après les trente premières minutes et suite aux tempêtes qui frappent le groupe les unes après les autres, le beau temps revient finalement sous la forme du dément Robert Trujillo qui semble donner de nouvelles forces au groupe. La fin du documentaire est suave alors que le groupe s'apprête à monter sur scène au son de leur thématique chanson d'ouverture "The Ecstacy of Gold", véritable moment de paix intérieure et de réconciliation entre ce monstre sacré du "Heavy Metal" qu'est Metallica et son public qui n'en peut plus d'attendre.

L'image proposée sur ce DVD répond aux normes des nouvelles parutions c'est-à-dire qu'elle est claire et nette, exempte d'impuretés et qu'une belle palette de couleurs naturelles est au rendez-vous. Il n'y a aucune bavure sur l'aspect vidéo de ce DVD. L'aspect audio propose une trame Dolby Digital 5.1 qui est surtout axée vers les enceintes avant, mais certains segments plus musicaux nous permettent d'apprécier les riffs de guitare et les solos de batterie sur l'ensemble des canaux du cinéma-maison. Les voix et dialogues sont facilement audibles et l'imposant mixage entre les segments parlés et musicaux est parfaitement réussi. Un menu chargé et très représentatif du DVD est une très belle entrée en la matière. Sur un fond de pages complètes de paroles principalement gribouillées, les différents membres du groupe Metallica apparaissent avec, au centre, le monstre, emblème de l'album St-Anger et reflet des démons intérieurs habitant les membres du quatuor. Le menu principal et les sous-menus disposent d'un apport musical très approprié.

Les suppléments sont nombreux et répartis sur deux disques. Sur le premier, on retrouve deux trames de commentaires. La première est faite par les membres du groupe y compris Robert Trujillo et a été faite pendant leur tournée mondiale en 2004. Il est rafraîchissant de les entendre parler à l'unisson et sentir qu'ils ont du plaisir à être ensemble. Faite conjointement, on sent vraiment que le plaisir est revenu au sein de la bande et les propos exprimés sont intéressants, surtout quand on pense qu'ils commentent leurs états d'âme de quelques mois auparavant. Ils se paient drôlement la tête du thérapeute et il est vraiment intéressant de les entendre s'exprimer quant au choix du bassiste. Cette trame est cependant ponctuée de quelques temps morts. La deuxième trame est faite conjointement par les coréalisateurs du projet. Si la première se voulait un regard introspectif sur et par les membres du groupe, celle-ci propose un regard extérieur à ce projet et se veut très nourrie en faits divers y compris l'approche artistique préconisée en s'appuyant sur la référence qu'est Gimme Shelter. Ces deux perfectionnistes nous expliquent de long en large les quatre ans d'investissements qu'a nécéssités "Metallica: Some Kind of Monster". Deux bandes-annonces sur ce documentaire complètent la section des suppléments présents sur le premier disque.

Le deuxième propose 29 scènes additionnelles dont 5 sont commentées par les réalisateurs au besoin. Évidemment qu'avec une banque de plus de 1600 heures de tournage, il est facile de trouver du matériel supplémentaire et quoique certaines scènes retenues soient plus ou moins pertinentes j'en ai apprécié plus particulièrement trois qui permettent de mieux cerner l'univers psychique dans lequel se trouvait Metallica et qui sont très pertinentes. "Should the filming Continue" est un segment dans lequel les réalisateurs proposent un montage de ce qui a été filmé au moment où James Hetfield réitère les rangs du groupe après sa cure pour savoir si le projet doit continuer. "Metallica Honors Aerosmith at MTV's Icon" et "Album Packaging" font également partie de la crème de ses scènes additionnelles. Suit "Festivals and Premieres", une série de cinq entrevues faites lors de différents festivals dont le "Sundance" et le "San-Fransisco International". Surtout axées vers la promotion, ces capsules sont tout de même rafraîchissantes à entendre avec le recul pris par les membres du groupe. "This Monster Lives" est une autre série de scènes additionnelles au nombre de 13 dont trois sont commentées par les coréalisateurs. Plus ou moins pertinentes pour la plupart, il y en a par contre une ou l'atmosphère est à couper au couteau quand Lars Ulrich s'explique avec le guitariste d'antan Dave Mustaine lequel avait été congédié pour son comportement violent. Ceux qui se demandent si Lars Ulrich a un cœur, trouveront réponse dans ce très mémorable moment. Un vidéo-clip de la chanson "Some Kind of Monster" et une biographie des coréalisateurs complètent cette exhaustive section de suppléments. Dommage qu'aucun encart ne complète cette édition DVD qui est recouverte d'une jaquette cartonnée et glacée à l'effigie de l'affiche du DVD.

La créativité est un processus anti démocratique et il est clair que Metallica, en l'occurrence James Hetfield en était à la croisée des chemins et qu'un sérieux examen de conscience était nécessaire. Ce qui se voulait être un documentaire promotionnel a basculé vers cette réalité et au lieu de se retrouver devant l'éternel "Making of" souvent destiné aux fans d'un groupe, on se retrouve devant des célébrités qui nous montrent qu'ils sont humains après tout et qu'en fuyant continuellement les problèmes, ils reviennent nous hanter tôt ou tard. Je recommande chaudement de vous procurer ce très complet documentaire sur Metallica lequel n'a rien à voir avec la musique de ce groupe, mais plutôt avec ses membres. J'aimerais souligner l'effort de premier plan de Paramount dans la réalisation de cette édition DVD.


Cotes

Film8
Menu7
Suppléments10
Vidéo8
Audio8