Surtout connu comme le cinéaste ayant confronté Jodie Foster et Anthony Hopkins dans The Silence of the Lamb, Jonathan Demme revient à ses premiers amours, le documentaire musical. Malgré son sujet en or, la qualité des pièces jouées et le charisme certain de son interprète principal, "Neil Young: Heart of Gold" est difficilement autre chose qu'un superbe spectacle filmé.
Jonathan Demme adore la musique. Dans Philadelphia, il utilisait le travail de Bruce Springsteen pour hanter à jamais. En 1984, il devenait célèbre en faisait des Talking Heads la source maîtresse d'un délirant Stop Making Sense. Le réalisateur des ordinaires remakes The Manchurian Candidate et The Truth About Charlie est également un fanatique des documentaires. Il est autant capable de parler d'Alfred Hitchcock que de Nelson Mandela et il excelle à décrire la vie de contestataires, comme c'était le cas dans son brillant The Agronomist.
Pour son nouveau projet, Demme se réattaque à Neil Young. Dès 1995, il avait déjà posé son regard sur ce chanteur fascinant et éblouissant par l'entremise de Neil Young & Crazy Horse: The Complex Sessions. Deux années plus tard, c'était autour de Jim Jarmusch de se frotter à ce Torontois qui a révolutionné la musique par ses textes extraordinaires grâce au sympathique Year of the Horse. Moins d'une décennie s'est écoulée et déjà, un nouveau documentaire voit le jour. Qu'est-ce que "Neil Young: Heart of Gold" peut bien apporter de nouveau au moulin?
Depuis son album éponyme en 1969 à la sortie de l'engagé Living with War il y a à peine quelques mois, Neil Young a été une source d'inspiration pour de nombreux chanteurs. En 2005, quelques temps après la sortie de Prairie Wind, ce musicien de rock et de country est tombé malade. Cela ne l'a pas empêché de donner une série de concerts au Ryman Auditorium de Nashville. C'est pendant ces moments de grâce que Jonathan Demme a capté sa matière première qui allait forger son nouveau documentaire. Se limitant à filmer quelques représentations, l'attention est mise sur les spectacles. Avec ses amis et ses camarades de toujours, Young enchaîne les succès tels "Old King" et "Harvest Moon" en demeurant constamment passionné par son art.
Cette reproduction musicale est totalement au service de son sujet. Avec l'aide de multiples caméras, les émotions, les sourires et les grattements de guitares sont fidèlement reproduits. Contrairement aux ouvrages du même genre, l'image est sans cesse précise et la qualité de la photographie est très onctueuse. Les décors et les éclairages, généralement flamboyants, varient tout au long des numéros musicaux, donnant une âme à cette scène au demeurant assez ordinaire. La beauté des couleurs est telle que le grain et le léger blocage passent complètement inaperçus. Quant aux sous-titres anglophones jaunes, ils sont absolument irréprochables. Puisque le sujet est aux mélodies et à l'envahissement des tympans, la piste audio se devait d'être soignée. Grâce à un délicieux mixage, certains effets sonores ressortent du lot et surprennent au passage. Les instruments uniques forment une cohésion totale, sans toutefois voler la vedette à la voix langoureuse de Young. Si le public est très présent par ses applaudissements et ses cris, le bruit sortant des enceintes situées sur les côtés préfèrent souvent jouer la carte de la subtilité.
Malheureusement, ce documentaire ne fait que filmer un spectacle. Il y a une courte introduction présentant les gens entourant Neil Young, mais il n'y a rien de très sérieux ou de suffisamment développé. L'emphase est mise sur l'amour de la musique, la sensation de bien-être et l'extase par les mots. À ce chapitre, difficile de demander mieux. La machine est très bien rôdée, les notes tombent aux bons endroits et il est impossible de ne pas embarquer. Sauf qu'il est difficile d'apprendre quelque chose de nouveau sur le Canadien. Le répertoire est sublime et les pièces restent gravées en tête, mais comme pour n'importe quel DVD de musique, une seule écoute est réellement nécessaire.
La VRAIE information est plutôt promulguée par les nombreux suppléments riches en détail. Pour y arriver, ça ne sera pas toujours aisé. Deux disques sont présents dans cette belle pochette jaune représentant la vie rurale, les champs et l'avoine. Une fois l'insertion du premier DVD et le saut des publicités, une chanson mémorable se fera entendre. Le montage simple est toutefois en mouvement et les différentes icônes sont très visibles. Sauf que la navigation entre le "Play", le "Set Up", le "Special" et le "Scene Selection" se fera par l'entremise du hasard. Aucune sélection ou couleur particulière n'apparaît et il est pratiquement impossible de savoir où est situé le curseur! Une aberration qui ne se trouve toutefois pas sur le second disque.
Les bonus sont peu nombreux sur le premier DVD. Il y a trois publicités et une chanson surprise intitulée "He Was the King" tirée de l'album Prairie Wind. Sur le second, c'est toutefois l'extase. Il y a un journal sur le tournage qui est commentée par Demme. Pendant près de quarante minutes, il parle des répétitions, de ses doutes, des difficultés et des grandes réalisations de son équipe. Cela se regarde tout seul. Une multitude de documentaires – sur un documentaire, quelle ironie! – sont également disponibles. Sur "Cruising with the Players", le réalisateur s'entretient avec les amis de Young qui parlent de son pouvoir d'attraction. C'est exactement le contraire de "Cruising with Neil" où c'est la vedette du DVD qui parle de sa femme, de l'auditorium particulier et des autres membres de son équipe. Une combinaison de rêve. Lors de "Fellow Travelers", le cinéaste traite de la particularité de créer un tel objet. Plusieurs anecdotes peuvent se recouper, mais la plupart ne sont pas des bobards. L'aspect le plus inusité est ce court "Those Old Guitars". Un expert de ce type d'instruments montre et différencie toutes les guitares utilisées par Young. Très loufoque... et ce n'est pas terminé! Une séquence raconte les séances de mixage, une autre présente les répétitions avec les Jubilee Singers (c'est un peu naze et inutile) et il y a un extrait datant du Johnny Cash Show de 1971 présentant un jeune Neil entamer une sublime chanson. Que de frissons dans le dos!
Opus par excellence pour découvrir un être extraordinaire avant le chant du cygne, "Neil Young: Heart of Gold" est une valeur sûre s'adressant autant aux fans qu'aux gens qui ne le connaissent que de nom. Ce n'est peut-être qu'un documentaire comme les autres, mais l'aplomb et le professionnalisme insufflé par Jonathan Demme le rend tout à fait indémodable. Avec la qualité des suppléments, chaque nouveau visionnement amènera son lot de découvertes.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |