En compagnie de Depeche Mode, The Cure et les Pet Shop Boys, New Order est un des groupes les plus emblématiques des années 1980. Non seulement la formation a survécu à cette époque, mais elle continue d'être active 28 années après sa création. Se positionnant à la fois dans le passée et le présent, l'essai "Live in Glasgow" retrace sur deux DVD l'évolution d'un "band" novateur et inspiré en offrant une magnifique prestation sur scène et quelques raretés à la fois hilarantes et pertinentes.
Né des cendres chaudes de Joy Division en 1980, New Order cumule les tubes légendaires et les tournées réussies qui, malheureusement, passent très rarement par l'Amérique du Nord. Un véhicule aussi populaire est toutefois un excellent endroit pour les règlements de compte, ce qui est arrivé très souvent entre le chanteur Bernard Sumner et le bassiste Peter Hook. De quoi mettre le groupe sur la touche pendant une bonne partie des années 1990 et la fin de la présente décennie. Autant les disques faisaient constamment danser, autant le plaisir se répercute sur scène. C'est justement ce qui est à l'honneur dans ce "Live" se déroulant dans la plus grande ville d'Écosse, Glasgow.
De l'endroit, peu de choses en ressortent. La formation joue à l'intérieur d'un amphithéâtre, devant une foule particulièrement alerte. Les gens sont peut-être jeunes, mais ils semblent connaître par cœur le formidable répertoire. Puisant les morceaux de toutes les époques, autant sur l'entrée en matière forte de 1981 ("Ceremony") que sur les compositions du très bon Waiting For The Siren's Call (2005), New Order ne fait qu'accumuler les chefs-d'œuvre (18 chansons), avec quelques pointes lors du duo "Tempation" et "Perfect Kiss", jusqu'à cette finale se concluant par trois compositions de Joy Division. Des frissons, surtout pour les amateurs de Ian Curtis et les personnes ayant vu l'excellent film Control
Sur scène, les membres demeurent généralement énergiques, malgré que leur âge dépasse maintenant la cinquantaine. Hook multiplie les sourires, lui qui adore jouer en public. La voix de Sumner, toujours aussi éclatante après toutes ces années, demeure le point d'ancrage et elle ne déçoit jamais. Seule sa façon de danser pourra en surprendre plus d'un. Entre les morceaux, quelques segments parlés se pointent le nez, provoquant des discussions animées des musiciens sur la pertinence d'avoir un son propre, l'évolution du "band" et les effets des tournées sur le moral. De quoi casser la routine... et légèrement le rythme de l'ensemble.
Les éclairages bleus et rouges sont somptueux. Les images débordent de détails et les couleurs demeurent généralement au point. Le niveau des contrastes est tout à fait honnête, tout comme la définition des contours. C'est beau et il n'y a rien pour venir gâcher le plaisir. Les pistes sonores disponibles sont variées et elles utilisent parfaitement toutes les enceintes, les asservissant de bruit de foules ou des rugissements de multiples instruments. Le plus incroyable, c'est que le timbre sonore de Sumner demeure toujours à l'avant-plan, ce qui permet de bien capter le flot des paroles souvent mélancoliques. Si les interventions ne se déchiffrent pas aisément (l'accent anglais est particulièrement intense), il y a de magnifiques sous-titres blancs en anglais, en français, en allemand, en portugais et en espagnol afin de ne rien manquer.
La pochette multiplie les tons de bleus, demeurant à la fois très simple et élaborée. Le menu principal du DVD reprend cette idée en y superposant un fond se mouvant comme une vague et une superbe mélodie dansante. Le rendu ne convainc toutefois pas totalement. Un second disque offre en bonus 21 chansons plus rares et parfois inédites, puisées à huit endroits différents, dont Rome en 1982, Rotterdam en 1985 et Toronto, également en 1985. De quoi revoir des styles vestimentaires parfois douteux et un charisme pas toujours évident, surtout en 1981. Les pièces retenues ne sont également pas les plus populaires, allant de "I.C.B." aux géniales "Dream Attack" et "1963", en passant par la très sombre "She's Lost Control" qui semble sortie d'outre-tombe.
"New Order: Live in Glasgow" est un excellent testament afin de capter la force brute d'un groupe qui demeure toujours aussi pertinent. La musique reste longtemps gravée en tête, les succès sont nombreux, les membres semblent avoir du plaisir, le public leur rend bien et il y a un disque de suppléments qui proposent des compositions plus inusitées. Que demander de plus? Peut-être un documentaire retraçant l'histoire de la formation. Il faudrait sans doute le demander à Anton Corbijn...
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |