Pour faire suite au DVD Norman Granz' Improvisation sorti l'année dernière, Eagle Rock Entertainment nous offre maintenant un genre de complément de programme avec la sortie du double DVD "Duke Ellington at the Côte d'Azur / The Last Jam Session". Mettant en scène l'incroyable pianiste/compositeur/chef d'orchestre américain, ces deux films produits par Norman Granz viennent compléter l'extraordinaire ramassis d'archives contenues sur le précédent DVD.
On a donc ici, en première partie, le film "Duke Ellington at the Côte d'Azur with Ella Fitzgerald and Joan Miro", capturant sur pellicule les meilleurs moments d'une série de concerts (et de répétitions) proposés par Ellington avec différentes formules de son groupe (en trio, quartet ou orchestre de quatorze membres, avec ou sans Ella) dans le sud de la France. Filmés en 1966 à Juan-les-pins et au musée de la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, ces concerts n'avaient jamais vus le jour puisque le film final monté n'avait jamais été distribué. Il s'agit donc d'un document historique exceptionnel pour les amateurs de jazz et de Duke!
Pour alléger le format, ou éduquer son public, Granz décida même d'intercaler une visite guidée par le peintre et sculpteur espagnol Juan Miro (à ce moment artiste en résidence) des prémisses de la fondation. On peut donc ainsi voir Ellington et Miro se promenant dans les jardins du musée et admirant des œuvres de Giacometti, Calder, Picasso et Miro. En contrepartie, on a aussi quelques images de ce dernier, fervent amateur de jazz paraît-il, se délectant du jeu de Duke et de son trio.
Au programme, une introduction de Ellington nous expliquant les images qui vont suivre puis un enchaînement de morceaux de choix: "The Opener", "Such Sweet Thunder", un pot-pourri de "Black and Tan Fantasy/Creole Love Call/The Mooche", "Kinda Dukish", "The Shepherd", "The Old Circus Train Turn-around Blues", "La plus belle Africaine", "Satin Doll", "Something to Live For", "Jazz Samba" (en fait une adptation du "So Danso Samba" de Antonio Carlos Jobim" et "Things Ain't What They Used to Be".
Le deuxième disque contient "The Last Jam Session", qui est en fait un enregistrement vidéo datant de 1973 d'une des dernières séances que devait jouer Ellington avant son hospitalisation et son décès. Participent également à cet enregistrement les musiciens étoiles Louis Bellson, Joe Pass et Ray Brown. Le producteur Granz décida d'engager une équipe de tournage à la dernière minute et quoique la qualité vidéo en souffre, on ne peut que se réjouir de voir le Duc dans ses derniers grands moments musicaux. La liste des chansons (qui devaient d'ailleurs sortir sur l'album "Duke Big 4") est "The Brotherhood", "Just Squeeze Me", "Carnegie Blues", "The Hawk Talks", "Prelude to a Kiss", "Cotton Tail", "Everything but You", "Love you Madly" et "Fragmented Suite for Piano and Bass".
En suppléments on retrouve la dernière entrevue accordée par le contrebassiste Ray Brown avant son décès, une galerie de photos et une de dessins de David Stone Martin ainsi qu'une présentation (mal faite) par le critique musical Nat Hentoff.
La qualité des images du film de la Côte d'Azur est assez bonne pour l'époque, avec un négatif extrêmement propre et quasiment neuf résultant donc en une copie DVD nette et précise. Seulement quelques déchirures, égratignures et poussières usuelles nuisent un peu à sa présentation. L'enregistrement vidéo est par contre plus pénible à visionner. Couleurs déchirées et ternes, bavures vidéo, contours mal définis et absence de détails ne sont que quelques-uns des problèmes rencontrés avec cette bande originale. Il est donc très difficile de donner une appréciation générale, mais les amateurs de jazz passeront outre ces défauts techniques pour s'enthousiasmer devant les performances révélées.
Pour l'audio, même qualité variable. Mais là où certaines images peuvent être acceptées malgré leur qualité incertaine à cause de leur rareté, il est plus difficile de fermer les yeux (ou les oreilles dans ce cas-ci) sur certaines anomalies sonores dues aux techniques limitées de l'époque. On retrouve donc un bruit de fond parfois dérangeant sur certaines chansons ou un léger manque de profondeur sur certains autres enregistrements. Mais encore là le tout étant historique, qui sommes-nous pour nous plaindre!
| Film | 9 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |