Le fondateur et président du Festival de Jazz de Montreux, le Suisse Claude Nobs, ne s'est jamais caché du grand respect et de l'admiration qu'il portait à l'homme à tout faire de la musique américaine, Quincy Jones. À maintes reprises le premier célébra la carrière du second avec des concerts ou des événements spéciaux dans le cadre de son festival. Pas plus tard que l'année dernière j'eus la chance de critiquer un DVD d'un tel événement célébrant les cinquante ans de carrière musicale de Jones l'arrangeur, le compositeur, le producteur et le chef d'orchestre jazz.
Cette fois-ci, le DVD double qui arrive sur le marché, gracieuseté d'Eagle Vision, les distributeurs officiels nord-américains de tous les enregistrements en provenance de Montreux, fut capté lors du concert organisé par Nobs lors du soixante-quinzième anniversaire de naissance de son ami. Et contrairement à l'événement précédent où Monsieur Jones se faisait aller la baguette, ici Quincy se contente d'être spectateur et de se régaler du cadeau splendide de son ami.
Au programme, beaucoup des artistes qui furent présents lors du concert précédent sont de retour. Comme quoi Quincy Jones a des amis et des admirateurs importants dans le monde du jazz mais a aussi fait sa marque dans celui de la musique populaire. L'éventail musical de la soirée, comme la carrière du jubilaire d'ailleurs, est tellement varié qu'on déborde aisément des limites du jazz pour se retrouver avec des crooners, du blues, de la chanson populaire et même une version étonnante de The Good, The Bad & The Ugly composée par Ennio Morricone pour le film de Leone du même nom. C'est ainsi qu'on peut aussi entendre des chanteuses comme Petula Clark ou Nana Mouskouri rendre hommage au maestro avec leurs versions de vieux succès qu'il produisit ou arrangeât à l'époque comme "Smoke Gets in Your Eyes" et "Almost Like Being in Love" pour la première et "One Mint Julep" ou "Going to Chicago Blues" pour la seconde.
Les performances sont variées et nombreuses et les puristes seront un peu déçus de l'ensemble de la soirée. Trop de méli-mélo et de talents différents pour intéresser les jazzophiles pures et pas assez de grands noms pour impressionner les profanes. Bref une soirée sûrement mémorable pour le principal intéressé, mais un peu quelconque pour nous, le grand public.
Parmi les invités de marque nous pouvons citer Herbie Hancock, Patti Austin, Billi Cobham, Angélique Kidjo, James Moody, Toots Thielemans, Lee Ritenour, Naturally 7, James Morrison, Chaka Khan Al Jarreau, Beverly Knight et Mick Hucknall, ex-chanteur de Simply Red. Ces différents musiciens interprètent des compositions aussi variées que "I'm Gonna Move to the Outskirts of Town", popularisée par Ray Charles, "What's Going On" de Marvin Gaye, "Summertime" de Gershwin, "Honey Suckle Rose" de Fats Waller ou "Shiny Stockings" d'Ella Fitzgerald. Bref, au total, une quarantaine de chansons réparties sur deux DVD pleins à craquer pour près de quatre heures de musique.
La qualité vidéo de ce concert est très bonne. De belles couleurs et des contrastes bien balancés ainsi qu'une belle chaleur des tons et une précision des détails en font un charme à visionner. Pour l'audio, on a encore fait ici un bon boulot. Chaque instrument est bien distinct de ses pairs et le mixage final est très professionnel. L'ensemble profite d'une belle rondeur et d'une profondeur qui en font une joie à écouter. Le seul défaut serait la présence fréquente sur scène de trop de musiciens, ce qui rend le son global un peu trop confus par moments. En suppléments on retrouve un petit documentaire sur les préparatifs de l'événement avec des images des divers musiciens, des répétitions et des discussions administratives entre Monsieur Nobs et les participants et organisateurs. Le tout sous un hospice plutôt léger et joyeux.
| Film | 6 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |