Un des guitaristes blues-rock des années 70 les plus appréciés par ses pairs et par les critiques, mais restant méconnu du public est probablement l'Irlandais Rory Gallagher. On relate même une histoire, légende urbaine peut-être, où un journaliste demandant à Jimi Hendrix ce que ça faisait d'être le meilleur guitariste au monde et ce dernier de répondre "je ne sais pas, il faudrait demander à Rory Gallagher". Intègre jusqu'au bout, refusant le compromis au niveau créatif pour rentrer dans le moule corporatif et ainsi devenir un produit vendable, le musicien aura eu une carrière remarquable à défaut d'être devenu populaire et riche comme ses contemporains.
Dans l'excellent documentaire "Ghost Blues - The Story of Rory Gallagher" on retrace la vie et carrière du guitariste décédé des suites d'une transplantation de foie en 1995. Grâce à des entrevues de proches comme son frère Donal, de journalistes comme Cameron Crowe, mais aussi de musiciens l'admirant comme The Edge de U2, Bob Geldof, Slash ou Bill Wyman anciennement des Rolling Stones, le film reconstruit en détail le parcours musical de cette étoile filante du blues qui marqua toute une génération de musiciens, de Brian May à Johnny Marr.
De ses débuts à quinze ans dans les groupes irlandais légers (les "showbands") qui faisaient à la fois de la comédie et des reprises de chansons rock'n'roll populaires, à ses premiers balbutiements solo puis à la formation de "Taste", un des premiers power-trios à connaître le succès international, à la chicane avec son management et sa décision de faire cavalier seul, Gallagher aura toujours eu le dernier mot et aura presque toujours gardé le contrôle sur sa musique. Ultimement cette liberté lui attirera beaucoup d'ennuis dans les milieux des compagnies de disques et le confinera au succès d'estime plutôt qu'à la gloire internationale qu'il méritait. Il fut même approché par les Rolling Stones en 1974 pour remplacer un autre prodige de la guitare, Mick Taylor, mais déclina l'offre après quelques sessions, ne se voyant pas jouer les seconds violons et obéir aux ordres de Jagger et Richards.
Gallagher continua son petit bonhomme de chemin jouant jusqu'à sa fin tragique à 47 ans dans de petites salles européennes ou nord-américaines, heureux en apparence de la tournure des événements et de son parcours choisi. Les nombreux extraits d'entrevues de Rory Gallagher et les documents d'archive inclus dans le film semblent en effet confirmer cette impression. On y voit un homme simple et humble, toujours souriant et le regard pétillant, sur la scène ou devant la caméra.
Un documentaire touchant et révélateur d'un musicien méconnu et pourtant important dans l'histoire du blues-rock des années 70. À découvrir.
Visuellement, le document est splendide avec ses riches et chaudes couleurs et ses détails précis. Le transfert est impeccable et l'apparence sur DVD est belle. Le son quant à lui varie parfois en qualité. Les entrevues contemporaines sont inégales quoique généralement bonnes, mais les documents d'archive ont un peu soufferts du passage du temps. La note globale est tout de même bonne et les performances incluses nous font rapidement oublier les légers défauts par leur énergie et leur vitalité.
En supplément on retrouve un deuxième DVD contenant des extraits de l'émission de télé allemande "Beat Club" de 1971 et 1972. Gallagher y performe seize chansons avec différentes formations. Ça nous donne une belle occasion de voir pourquoi le musicien irlandais est tant admiré et émuler depuis. Les titres sont: "Laundromat", "Hands Up", "Sinnerboy", "Just The Smile", "Used To Be", "In Your Town", "Should've Learned My Lesson", "Crest of a Wave", "Tore Down", "Pistol Slapper Blues", "I Don't Know Where I'm Going", "Going To My Hometown", "I Could've Had Religion", "McAvoy Boogie", "Hoodoo Man" et "Messin' With The Kid".
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |