Où étiez-vous en 1977? Pour ma part, je dois dire nulle part puisque je n'étais même pas encore né. Cependant, j'ai pu voir une partie de 1977 et entendre la fameuse chanson immortelle "Staying Alive", tout comme une partie du répertoire de l'ère disco. Cette année, avec un certain pincement au coeur, je fête mes 30 ans en même temps que beaucoup de classiques et il me fait plaisir de partager cette édition spéciale avec vous, ce regard vers une époque qui, il n'y a pas si longtemps pourtant, était d'actualité. Retour en arrière pour un film qui, faute de tenir toutes ses promesses, a le mérite d'être divertissant.
Le film raconte les tribulations d'un jeune homme interprété par John Travolta, aux prises avec des problèmes d'adolescent de sa génération: l'argent, les filles, la réputation, l'avenir, la famille, etc. Le personnage de Travolta représente l'américain moyen de Brooklyn au langage injurier facile. Son ambition, il ne la connaît même pas, mais tout le monde lui en parle: il est doué pour la danse. Se donnant corps et âme sur la piste de danse tous les samedis soirs (d'où la raison pour le titre), il se déchaîne et canalise ainsi toutes les frustrations de son quotidien. Le jour où son frère, parti devenir prêtre, revient parmi sa famille après avoir abandonné sa vocation, cause tout un émoi qui remettra en question les principes de tous.
Tout d'abord, le film n'est pas le plus adroit du monde. Bien des failles sont visibles dans le scénario et les dialogues. On dénote une psychologie de papier qui se veut moralisatrice dans une finale à l'emporte-pièce. Néanmoins, les numéros de danse sont au point, même après 30 ans. Seule la mode a changé (et comment!) et la technologie. L'interprétation de Travolta est sentie tout au long, portant à lui seul sur ses épaules la charge complète du film. Bref, s'il s'était planté, tout aurait foiré. Les comédiens l'entourant font de leur mieux, bien qu'ils semblaient moins expérimentés que le sieur Travolta. C'est un choc de retrouver l'acteur avec une taille et un âge inférieur à soi à l'écran, quand on est habitué à Face/Off ou Broken Arrow et autre Pulp Fiction. Il aurait probablement été préférable de tirer une œuvre plus personnelle et répertoire de ce genre de film (oui, 8 Miles de Curtis Hanson en est un!) plutôt que cette mouture premier degré. Les relations interpersonnelles entre les multiples personnages semblent tellement forcées qu'il est difficile de ressentir une quelconque sympathie pour l'un d'entre eux. La réalisation de John Badham n'est pas au point non plus. Préférant une technique d'approche plus froide, le déroulement du film, criblé de longueurs, s'en ressent également, alourdi de scènes racoleuses servant à peine à esquisser le portrait d'une époque révolue. L'important, et on le voit sur la pochette, c'est Travolta et la danse, l'esprit disco et tout ce qui s'ensuit. Le reste, comme on dit, c'est un prétexte.
Les suppléments du film sont pour le moins nombreux. Ils sauront, pour la plupart, combler les fans du film avec maintes entrevues et des revuettes quant à la période. Il y a la piste de commentaires de John Badham qui possède une mémoire phénoménale, puisqu'il se souvient de petits détails infimes. Bien qu'il soit seul, ses commentaires sont vivants et amusants, pleins d'anecdotes qui remplissent les 118 minutes du film. En plus, un documentaire rétrospectif permet d'accéder à des entrevues dans lesquelles les vedettes (maintenant plus vieilles de 30 ans) prennent la parole pour révéler leurs émotions et l'expérience de tournage. Certains aspects du documentaire touchent à la période disco, les souliers plate-forme et le polyester, la trame sonore, et bien d'autres dont un segment consacré à John Travolta. Cette multitude d'extras et plusieurs autres viennent compléter ce qui manquait cruellement à l'édition précédente: un traitement correct pour un film qui a su traverser 30 ans, non sans mal.
L'image est superbe. Le transfert réservé pour cette édition est absolument irréprochable et ne laisse voir que quelques minces imperfections ici et là qui ne se voient que si on les recherche. Seul le grain de la pellicule est visible de temps à autre. Autrement, les couleurs sont vives quand elles doivent l'être, les clairs-obscurs évoquent toute leur splendeur et les textures demeurent respectées. Le son, dans sa multitude de variété linguistique, résonne mieux dans son format d'origine (c'était à prévoir, n'est pas Zone 2 qui veut). Ainsi, les chansons éclatent de partout et les dialogues, malgré un traitement primaire, se hissent au-dessus du reste sans être noyés par les bruits environnants. Les menus animés et musicaux sont bien faits: une boule miroir tourne, pourvue d'images du film. La navigation se fait on ne peut mieux.
"Saturday Night Fever" est un hommage aux rituels adolescents pratiqués lorsqu'ils sont en manque d'affection, de popularité ou peu importe la raison qu'ils peuvent avoir. Même si le film ne se situe pas dans les hautes sphères tels les Wall Street, Citizen Kane ou autre All Quiet on the Western Front, force est de constater la richesse de son héritage sur notre société post-moderne: une libération musicale et hormonale qui, même après 30 ans, se regarde comme un écho qui ne perd jamais de sa force.
| Film | 6 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |