Grosse déception que ce "Rolling Stones: Shine a Light" de Martin Scorcese qui arrive ces jours-ci sur DVD. Déception premièrement pour ceux qui avaient adoré son excellent documentaire très personnel Bob Dylan: No Direction Home d'il y a quelques années, mais déception aussi pour les amateurs des Rolling Stones qui s'attendaient sûrement à plus du grand metteur en scène et mélomane.
Premièrement, il faut dire que le titre est assez trompeur et ne contient pas les deux degrés qu'il sous-entend. La lumière dont il est question est purement physique, et ce, à tel point que le chanteur Mick Jagger se permet même à un moment donné entre deux chansons du concert de dire "these lights are burning my ass!" ("Ces lumières me brûlent les fesses"!). Pour l'autre aspect, celui "faire la lumière sur" auquel on s'attendait d'un documentaire de Scorsese, il faudra repasser. Le réalisateur New Yorkais a en effet choisi de mettre l'emphase sur la captation d'une performance du groupe lors d'un concert-bénéfice pour la fondation Bill Clinton dans sa ville. Très peu d'extraits d'entrevues récentes, quelques moments d'angoisse sympathique du metteur en scène avant le spectacle contrastant avec des plans des membres du groupe tout à fait détendus et blagueurs, la classique rencontre des musiciens avec Clinton, Hillary et leur suite et patati et patata. Heureusement, les recherchistes ont fait un splendide travail et réussi à déterrer quelques moments charmants d'entrevues données par Jagger, Richards, Watts et Wood depuis la formation des "Bad Boys of Rock'n'Roll". Scorsese a su retenir les extraits pertinents et loufoques, ceux traitant entre autres de l'opinion des Stones sur leur longévité potentielle à différents moments de leur carrière.
Sinon, outre ces petits moments sympathiques, il s'agit bel et bien d'une captation - et pompeuse de surcroît avec ses plans de grues incessants, ses angles étrangement choisis, son montage frénétique et ses caméras toujours en mouvement - de ce concert récent et, ma foi,ordinaire. Au programme de la soirée, "Jumpin' Jack Flash", "Shattered", "She Was Hot", "All Down the Line", "As Tears Go By", "Some Girls", "Far Away Eyes", "Tumblin Dice", "Sympathy for the Devil", "Start Me Up" une reprise d'un classique Motown, "Just My Imagination", et les rappels "Brown Sugar"" et la sempiternelle "Satisfaction". On aura droit aussi à trois chansons avec artistes invités, "Loving Cup" avec le guitariste Jack White III, "Live with Me" avec Christina Aguilera et "Champagne and Reefer" avec le guitariste de blues Buddy Guy. De plus, exceptionnellement, Keith Richards se permet deux chansons où il prend le rôle de Jagger au micro, "You Got Silver" et "Connection". À noter que c'est le seul moment où le réalisateur se permet d'intercaler des entrevues pendant une chanson. Pauvre Keith!
En supplément, quatre chansons extra: "Undercover of the Night", la toujours excellente "Paint it Black", "Little T&A" et un vieux succès: "I'm Free". De plus une petite revuette plus sympathique et moins formelle que le film lui-même où on a mélangé de vielles entrevues avec des moments de détente sur la scène avant le concert et quelques moments magiques en répétition.
Visuellement on ne pouvait que s'attendre à une excellente qualité de Monsieur Scorsese. Le fait d'avoir tourné en pellicule ajoute certainement une profondeur à l'image et aux couleurs. Les contrastes sont aussi bons et la pellicule réagit étonnamment bien dans les zones suréclairées. Pour l'audio, une qualité optimale dans les bandes originales permet un bon son de transfert. Tant les moments plus doux que ceux plus énergiques sont bien reproduits, et l'ensemble du son du groupe et de ses nombreux amis (trois choristes, quatre cuivres, un pianiste et un bassiste) est bien défini.
Le mot de la fin revient au batteur Charlie Watts, éternel philosophe, qui s'exclame au directeur photo Bob Richardson et à son équipe de tournage se préparant frénétiquement avant le tournage: "je ne regarde jamais des films sur moi et vous voyant vous énerver et comprenant toute l'ampleur de votre travail, je crois que tout ça ne vaut pas la peine!". Ce qui résume bien mon opinion sur "Shine a Light"! Retournons plutôt revoir Let's Spend the Night Together de Hal Ashby ou attendons l'ultime documentaire sur le groupe...
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |