Le saxophoniste ténor Sonny Rollins reste, avec Dizzy Gillespie, un des derniers grands jazzmen ayant émergé de la période incroyablement fertile des années cinquante. Contemporain de John Coltrane, Miles Davis, Thelonius Monk et autres légendes décédées depuis longtemps, cet improvisateur de génie n'aura peut-être pas eu le rayonnement mythique de Trane ou the Charlie Parker, mais sa contribution au genre restera tout de même marquante.
Le film documentaire "Sonny Rollins: Saxophone Colossus" de Robert Mugge (qui prend son titre d'un des albums marquants du saxophoniste ténor) tente de nous faire découvrir le musicien plus par sa musique et ses réflexions sur la création que par son histoire. Se concentrant sur l'année 1986, année du tournage du film, le long-métrage fait un bref survol de la carrière de Rollins (avec une unique prestation d'archives télévisuelle) et nous présente le musicien dans deux concerts importants de l'année, soit dans un parc extérieur dans le cadre du festival Opus-40 à New York et à la première de son concerto pour saxophone ténor et orchestre à Tokyo.
Entremêlé à ces performances, on retrouve des entrevues de trois critiques de jazz américains (Ira Gitler, Gary Giddens et Francis Davis) ainsi que plusieurs moments avec Rollins et son épouse/gérante Lucille. Le saxophoniste s'épanche sur les hauts et les bas de sa carrière et commente le passé, le présent et l'avenir du jazz. Les amateurs du grand musicien seront heureux de voir la place que laisse le réalisateur à la musique à proprement parlé (bien que le concerto avec orchestre ne soit pas parmi les pièces les plus intéressantes de Rollins) et se réjouiront aussi de le voir s'exprimer avec philosophie sur la vie et sur son art.
On est ici bien loin des clichés du documentaire avec ses traditionnelles entrevues glorifiant le sujet au détriment de la vérité et des performances. Il s'agit plutôt d'un portrait intime, figé dans le temps, de celui que plusieurs considèrent comme le plus grand improvisateur jazz de la deuxième moitié du vingtième siècle. Pour les connaisseurs donc, mais aussi pour les profanes à l'oreille curieuse...
La qualité des images du film est généralement assez bonne. On a utilisé un négatif propre et quasiment sans fautes résultant donc en une copie DVD nette et précise. Seulement quelques déchirures, égratignures et poussières usuelles nuisent un peu à sa présentation. Le film ayant plus de vingt ans, on peut tout de même constater un certain manque de richesse et de profondeur au niveau des couleurs et une présence un peu trop forte du grain de la pellicule. Pour l'audio, mêmes constatations. Le temps qui passe ne pourra être ignoré et le son d'époque nous paraît aujourd'hui un peu caverneux et sourd. On retrouve par contre une belle couleur ambiante lors de la prise de son en concert (surtout pour celui de New York) et nos oreilles sont globalement satisfaites du résultat. En suppléments, on retrouve une entrevue avec le réalisateur qui se remémore la genèse, le tournage et l'aboutissement de son film sur Sonny Rollins.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |