Enfin! Après 4 ans d'attentes, voici enfin disponible localement une version correcte de ce merveilleux film québécois sur DVD! Avant ce jour, la seule façon de regarder "Le Violon Rouge" dans son format intégral était de se procurer la version de Universal, qu'il fallait importer des États-Unis. La version canadienne de ce film, distribué par Alliance/Atlantis, en plus de n'offrir que le ratio "plein écran" de l'image, ne comporte qu'une piste sonore stéréo. Deux manquements de taille au respect de l'intégralité artistique de l'oeuvre. Cette nouvelle version, distribuée par Lions Gate, sans surpasser la version de Universal, vient pallier ces deux lacunes, et permet enfin au public canadien d'apprécier l'oeuvre à sa juste valeur.
François Girard est un de ces réalisateurs extrêmement talentueux, mais encore assez méconnus du grand public. Comme bien d'autre, il a étendu sa passion pour la mise en scène à bien d'autres champs d'activité, par exemple l'opéra et le théâtre. Au cinéma, ses réalisations sont des plus variés. Son premier film, Cargo, est un film mystique poétique alors que son second film, Thiry Two Short Films About Glenn Gould, se veut une sorte de fiction historique. Ce dernier film lui a d'ailleurs obtenu une très grande reconnaissance critique, se traduisant par plusieurs prix lors de festivals et galas. Malgré tout ce triomphe, le plus grand honneur, au dire de François Girard lui-même, est d'avoir été parodié par un épisode de la série télévisée The Simpsons, avec l'épisode "22 Short Films about Springfield". Son dernier film, "Le violon rouge", est une oeuvre importante pour lui, puisqu'elle lui permet d'allier deux de ses plus grandes passions, la musique et le cinéma. Un autre attrait au film est sans doute qu'il soit une production québécoise. Mis à part les évidences comme le réalisateur et quelques comédiens, l'équipe de postproduction est aussi de Montréal. Malheureusement, le succès du film ne s'est pas exporté autant qu'on aurait pu le souhaiter. Probablement pour des raisons de distribution, le film n'a pas eu toute l'attention à laquelle il aurait eu droit aux États-Unis, et sa sortie a donc été plutôt discrète. Néanmoins, il a tout de même mérité un Oscar pour la meilleure bande sonore. Au Canada, il a remporté pas moins de 8 prix Génie (avec 10 nominations) et au Québec, 9 Jutra (avec 11 nominations sur une possibilité de 14).
L'histoire du film est, étrangement, celle d'un violon à travers le temps et l'espace. Ainsi, pour commencer, on nous présente la genèse de ce violon dans les ateliers du maître Busotti (Carlo Cecchi), en Italie, à la fin du XVIIe siècle. On est ensuite transporté, au deuxième tableau, en Allemagne, où un célèbre professeur français enseigne à un élève surdoué d'un monastère allemand, propriétaire du fameux violon rouge. À la suite de la mort du garçon, on est ensuite transporté vers une famille de gitans, puis éventuellement en Angleterre où le violon devient la propriété d'un virtuose démentiel imbu de lui-même, et surtout de son art (Jason Flemyng). L'action se transporte ensuite vers la Chine du début du siècle, à l'aube du communisme. Puisque le gouvernement tente d'épurer la culture locale, toute forme d'influence occidentale est mise à l'index, et les instruments de musique européens sont aussi brûlés. Le violon rouge y échappe de justesse. À la manière d'interlude à toutes ses histoires, on nous présente aussi l'histoire de la femme de Busitti, ainsi que le sort présent du violon, dans une vente aux enchères où un spécialiste tente de l'identifier (Samuel L. Jackson).
Le visionnement, et surtout l'écoute du "Violon Rouge" constitue une expérience en soi. Les images sont superbes, autant au niveau de l'esthétisme des décors et costumes que par les plans de caméra. D'ailleurs, au niveau des décors, le travail est tout à fait remarquable. Le fait que le film nous fait voyager à travers les âges et l'espace n'influence en rien l'intégrité et la qualité de ceux-ci. Tous sont des plus réalistes, et la manière de les filmer leur rend justice. Du côté sonore, ce sont les mêmes constatations. Du fait que le personnage principal est un violon, la musique occupe naturellement une place importante dans le film. Les pièces musicales de violon solo, interprétées par Joshua Bell, sont magnifiques et enivrantes, tout comme le reste de la bande sonore, composée par John Corigliano. Du côté des acteurs, la première surprise vient du fait de voir Samuel L. Jackson jouer autre chose que des personnages de films d'action, et ce, avec brio. On note aussi d'excellentes performances de la part des autres acteurs. Don McKellar, le co-scénariste du film, y joue aussi un petit rôle. Il est intéressant de noter que 1999 a été une année très prolifique pour ce dernier puisque, avec son film Last Night, il a partagé les honneurs du "Violon Rouge" lors de la prestigieuse soirée des Génie, en ne remportant pas moins de 3 prix (avec 13 nominations). Finalement, même si le plaisir est enfantin et superficiel, il est amusant de voir des acteurs comme Rémy Girard et Monique Mercure jouer aux côtés de Samuel L. Jackson...
Un des reproches fréquents au visionnement de ce film est l'absence d'une piste de doublage. Il faut toutefois comprendre que l'infime effort supplémentaire déployé à la compréhension du scénario par la voie des sous-titres est entièrement justifié par le fait de préserver l'intégralité artistique et esthétique du film. D'ailleurs, dans ce cas particulier, c'est le désir du réalisateur d'avoir voulu que le film ne soit pas traduit, et ainsi présenté dans les langues d'origines. Son idée est que le film est tout à fait compréhensible sans la définition exacte des mots, et que le message du film réside bien plus dans l'esthétisme sonore que dans la signification des dialogues. Comme les accents propres à chaque langage font partie intégrante de cet esthétisme, il était donc naturel d'écarter l'idée d'une traduction. Par contre, il est important de souligner le manque de soins apporté aux sous-titres présentés. Les sous-titres anglais sont inadaptés au film: au lieu de ne traduire que les parties en langues étrangères, ils sont présents tout le long (sous forme de sous-titrage pour malentendant, c'est à dire avec une verbalisation du bruitage).
L'image présentée sur ce DVD est issue d'un nouveau transfert, et n'est pas une simple réédition de la version de Universal. Elle n'a non plus rien à voir avec la version d'Alliance Atlantis qui, rappelons-le, était présentée en version plein écran. Le résultat en est une image nettement supérieure aux deux autres. Les couleurs sont moins ternes, mieux définies. Les noirs sont plus purs, et ne bloquent en aucune occasion. Le fourmillement causé par le grain de la pellicule est aussi réduit au strict minimum. Par contre, le matériel source utilisé pour le transfert est loin d'être optimum. On constate fréquemment de multiples tâches et égratignures sur l'image, certaines faisant presque toute la largeur de l'écran. Il est étonnant qu'un film si récent n'ait pas eu un meilleur traitement. Reste que l'amélioration générale est très substantielle, surtout face à la version d'Alliance Atlantis.
Du côté sonore, la première chose à noter est l'absence d'un encodage en DTS, comme l'avait la version de Universal (cette absence résulte par contre en un meilleur encodage vidéo). Reste que la piste DD5.1 est des plus remarquable, et qu'étant donné le soin apporté au mixage et à l'encodage, l'apport du DTS semble être négligeable. La qualité du mixage est des plus impressionnante, et constitue en fait en un modèle de subtilité, et une pleine démonstration d'une parfaite maîtrise de cet art. Le mixage a d'autant plus de mérite qu'aucune des scènes ne présente les attributs ou possibilités de ce que plusieurs considèrent généralement comme "du bon son", c'est à dire des explosions, des scènes de combats, etc. Bref, tel que mentionné plus haut, l'aspect sonore du film en est probablement le côté le plus important et la qualité du mixage y contribue grandement. Plus spécifiquement, on note des ambiances sonores propres à chaque tableau, nous permettant de mieux nous immerger dans l'univers tel que le ressentent les personnages. L'ambiophonie est donc employée avec justesse, autant au niveau de la spatialité que pour les effets. Les dialogues sont clairs, et la musique, si importante, n'empiète jamais sur eux. La stéréophonie avant est aussi bien présente, de même que le support sonore du haut-parleur d'extrême-grave, tel qu'on s'y attend d'un encodage Dolby Digital 5.1. Bref, une piste sonore exemplaire et exceptionnelle.
Comme suppléments, on ne nous offre que la bande-annonce du film ainsi que celles de deux autres films distribués par Lions Gate. Notons qu'encore une fois, seuls les habitués des DVD produits par cette compagnie pourront les trouver, puisqu'elles ne sont pas directement indiquées dans le menu: il faut sélectionner le logo de la compagnie pour les faire jouer. L'unique menu du DVD est de toute beauté: il consiste en une animation ou l'on voit les principaux personnages du film, et, bien entendu, le violon.
Même si cette édition n'est pas parfaite, elle consiste en une nette amélioration par rapport à la version précédemment disponible. Côté supplément, il aurait été intéressant d'en avoir, tout simplement, mais, dans les circonstances, cette lacune est vite pardonnée. Le premier mot venant en tête lors du visionnement de cette édition DVD du "Violon Rouge" est "enfin", puisqu'elle permet enfin de voir ce merveilleux film dans toute sa splendeur.
| Film | 10 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 10 |