L'adage qui dit que derrière chaque grand homme se cache une femme prend tout son sens quand on parle de Johnny Cash, cet iconoclaste qui lia ses démons intérieurs en strophes pour les chanter avec une voix noire comme la nuit, à partir du milieu des années 1950. Seule l'intervention divine de June Carter, une accompagnatrice régulière lors des tournées de Johnny Cash, qui lui montra la lumière lorsque le désespoir l'aspira dans les bas fonds de la condition humaine, réussit à l'exorciser et le remettre sur ses pieds. "Walk the Line", une des grosses pointures hollywoodiennes de l'année 2005, raconte l'histoire d'amitié et d'amour unique entre deux artistes qui avaient comme seul point commun, l'amour de la musique et les initiales de leurs noms respectifs. La compagnie Fox prépare la sortie prochaine de deux éditions DVD sur ce film, juste à temps pour la cérémonie des Oscars, et j'ai le privilège de vous entretenir de l'édition simple.
Cette merveilleuse biographie remonte aussi loin que la tendre enfance de Johnny Cash (Joaquim Phoenix), période parsemée de tragédies et de misère. Le service militaire viendra l'extirper de l'enclos familial et l'amènera à se confier à sa guitare. De retour aux États-Unis, il fondera un foyer et tentera de subvenir aux besoins de sa famille sans grand succès. Il forcera sa chance auprès d'un impresario et dès que ses paroles caustiques seront gravées sur le vinyle, le succès sera instantané. Lors de sa première tournée, il fera la rencontre de June Carter (Reese Witherspoon), de la drogue et de l'alcool, trois déclencheurs qui dicteront le reste de sa vie.
Je suis parmi ceux qui reprochent au cinéma américain un manque flagrant d'originalité et de vision. Les explosions et les effets spéciaux ont remplacé depuis belle lurette l'écriture, le jeu des comédiens et la sobriété d'une mise en scène éthérée. Heureusement, il nous arrive encore d'admirer de fascinantes chroniques américaines et le film "Walk the Line" fait partie de ces joyaux. Le parcours de vie de Johnny Cash que s'évertue à nous dépeindre le réalisateur James Mangold (Girl, Interrupted) est un splendide voyage au pays des déchirements de l'âme d'un homme tourmenté par ses démons intérieurs, voyage qui donne beaucoup de place aux comédiens et qui confirme Joaquim Phoenix et Reese Witherspoon au rang des grands interprètes du moment. En plus, tous deux démontrent un talent insoupçonné pour la chanson. D'ailleurs, la splendide trame musicale du film en est l'éloquent constat. Cette chronique ne s'attarde pas à couvrir l'ensemble de la carrière du phénoménal Johnny Cash, mais l'essentiel ce qui permet de creuser l'aspect psychologique des personnages. La cinématographie est d'une remarquable transparence et s'évertue à bien illustrer chacun des moments, tantôt par des gros plans sur les visages des deux acteurs principaux et tantôt par grand-angulaire pour dépeindre l'Amérique des années 1950 et 1960.
Le transfert vidéo est des plus impressionnants. L'image possède un très haut niveau de détail dans lequel il y a très peu de place pour les imperfections. Les noirs sont profonds, les blancs sont immaculés et les contrastes sont excellents. Les couleurs sont justes et naturelles. L'aspect sonore n'est pas en reste et propose même la trame originale en format DTS. À défaut d'être un modèle de dynamisme, cette trame est tout de même vivante, très spatiale et nous transporte au beau milieu des nombreux numéros musicaux comme si nous y étions. Les dialogues sont justes et audibles en tout temps et le mixage des trames sonores et musicales est parfait.
Les suppléments proposent une trame de commentaires pleine durée du réalisateur James Mangold. D'une structure conventionnelle, on y apprend une foule d'information très intéressante dont l'impressionnant travail d'écriture qu'a nécessité ce film. Nous avons également droit à dix scènes retranchées qui renforcent certains moments du film et le tout est commenté au besoin par le réalisateur. Quelques bandes-annonces complètent le tout. À noter que l'édition Collector's de deux disques comprend les mêmes spécifications que cette édition. De plus, les cinéphiles ont droit à trois numéros musicaux complets ("Rock & Roll Ruby", "Jackson" et "Cocaine Blues") interprétés par Joaquim Phoenix et Reese Witherspoon. On retrouve également les revuettes "Folsom, Cash & the Comeback" et "Ring of Fire: The Passion of Johnny and June" ainsi que "Celebrating the Man in Black", l'éternelle revue de tournage du film. Cette édition bonifiée offre de plus une présentation d'enfer avec sa pochette enflammée.
"Walk the Line" est un merveilleux regard sur le phénomène musical Johnny Cash et sur les tourments qui habitaient cet homme dévoré par un passé trouble. Tout y est, un univers musical à vous faire taper du pied pendant deux heures, une histoire d'amour peu commune, des dialogues intelligents, des réparties de feu, une mise en scène sobre, des acteurs au sommet de leur art et surtout un film authentique sur un personnage qui l'était tout autant. Je vous recommande ce film très chaudement et je vous suggère d'opter pour l'édition spéciale de deux disques qui double votre plaisir ou presque moyennant quelques dollars de plus. Je me dois d'ouvrir une dernière parenthèse avant de vous quitter, car si vous attendez impatiemment la venue de ce film sur support DVD, sachez que vous n'êtes pas seul et qu'il se trame une méga fête à London Ontario, pour commémorer le concert d'anthologie que donna Johnny Cash dans cette ville en 1968, soirée qui vit le célèbre compositeur demander à June Carter de l'épouser alors que tous deux chantaient le tube "Jackson".
| Film | 10 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |