Toutes les carrières sont marquées par des échecs plus ou moins considérables. Pour le cinéaste Sidney Lumet, les années 1970 ont certainement été la décennie la plus convaincante, avec les sorties des mythiques Serpico, Dog Day Afternoon et Network. Pourtant, malgré ses succès, quelques productions moins mémorables ont également pris le chemin des salles, comme "The Wiz" qui semble durer des heures. Pour son trentième anniversaire, ce long-métrage inégal se voit offrir un traitement qui est loin d'être royal.
Comme son nom l'indique, "The Wiz" est une nouvelle adaptation du classique The Wizard of Oz de L. Frank Baum. Cette fois, le jeu de la transposition multiplie les concessions et le tout débute à New York, dans une famille afro-américaine. Dorothy (Diana Ross), qui a peur de franchir la 125e rue, se voit emporter par un tourbillon de neige. À son réveil, en cherchant son chien Toto, elle réalise qu'elle est dans un nouvel endroit formidable. Afin de rencontrer un magicien qui va pouvoir la renvoyer chez elle, la demoiselle décide de suivre un long chemin de brique jaune. Pendant sa traversée, elle rencontrera un épouvantail joyeux (Michael Jackson), un homme de fer sans cœur (Nipsey Russell) et un lion poltron (Ted Ross).
Contrairement à l'excellent film que Victor Fleming a réalisé en 1939, ce n'est pas le charme et la naïveté qui font la force de cette nouvelle production. Bien au contraire. Il s'agit plutôt d'une transposition de la comédie musicale qui a connu beaucoup de succès sur Broadway. Le passage de la scène au cinéma s'avère donc être une commande que Sidney Lumet tente de concrétiser avec succès. Malgré toutes les bonnes intentions de l'homme derrière le très bon Before the Devil Knows You're Dead, l'essai ressemble souvent à un beau dalot.
C'est qu'il n'y a aucune réelle histoire. Tout est prétexte à des chants et à des chorégraphies qui sont peu satisfaisants pour les yeux et pour les oreilles. Pire, ils durent beaucoup trop longtemps, faisant au passage perdre l'intérêt et le rythme de l'ensemble. Les comédiens sont ravis de se retrouver dans un scénario aussi abracadabrant et cela paraît dans leurs mimiques. Malheureusement, le talent au jeu de Michael Jackson est plus que limité, alors que celui de Diana Ross ne semble s'exprimer qu'en souriant. Lorsqu'il y a des longueurs et que c'est extrêmement difficile de s'attacher aux personnages, il y a un problème. Peut-être que c'est la faute de l'infâme Joel Schumacher qui se trouve justement derrière le scénario...
Les pistes audio sont cependant agréables à écouter. Les enceintes sont utilisées abondamment, recréant avec acuité ce monde fantasmagorique. Entre les bourrasques de neige, la vaisselle qui se frôle et les multiples chansons, il est parfois difficile de bien saisir les dialogues. Quelle chance qu'il y a de très beaux sous-titres blancs en français et en anglais pour ne rien manquer! Le rendu vidéo est également intéressant. Malgré des couleurs peu éclatantes et la présence de grain, les contrastes ne font jamais défaut et quelques jeux de lumière campent judicieusement les différentes atmosphères.
La principale raison de s'intéresser à ce produit est certainement la présence d'un disque comprenant huit chansons du long-métrage. De quoi avoir accès aux meilleures mélodies sans nécessairement revoir les images. Le boîtier fait rêver. Il y a les quatre personnages principaux devant une ville aux lumières éblouissantes. Le menu principal du DVD reprend cette idée un peu banalement, en utilisant uniquement des reflets en guise de mouvements. Le comble est l'absence totale de chansons pour agrémenter la navigation. Les suppléments sont étrangement peu nombreux. Hormis une longue bande-annonce de plus de trois minutes, il n'y a qu'un vieux documentaire de treize minutes qui traite de la production. Lumet y parle de Diana Ross, le producteur Rob Cohen explique le passage de la scène au grand écran et c'est à peu près tout. Très timide.
Plus court, cette édition de "The Wiz : 30th Anniversary Edition" aurait passé pour un ovni rafraîchissant et égayant. C'est magique, la musique s'envole librement et lorsque la protagoniste arrive sur une nouvelle planète, la sensation d'être perdu ou de devenir le héros d'un rêve éveillé s'avère très forte. C'est là, au bout d'une petite heure, que l'intérêt s'estompe et qu'il se voit remplacer par des situations répétitives et même abrutissantes. Du paradis à l'enfer ou un cauchemar qui ne semble jamais vouloir se terminer.
| Film | 4 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |