Next Stop, Greenwich Village
20th Century Fox

Réalisateur: Paul Mazursky
Année: 1976
Classification: 18A
Durée: 111 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DDST, Mono), Espagnol (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
31 décembre 2005

Charmant petit trésor des années 1970, "Next Stop, Greenwich Village" est probablement le seul film au monde où le talent du regretté Lenny Baker a pu s'exprimer à sa juste valeur. Pour ne pas que son nom tombe dans l'oubli, un visionnement de cette œuvre s'impose.

En 1953, Larry Lapinsky (Lenny Baker) est âgé de vingt-deux ans et il veut devenir acteur. Contre le bon vouloir de sa mère un peu trop protectrice (Shelley Winters), il quitte son domicile familial de Brooklyn et déménage dans un autre quartier de New York, celui de Greenwich Village. Très rapidement, il se lie d'amitié avec une ravissante jeune fille délurée (Ellen Greene), un homosexuel de couleur (Antonio Fargas), un poète bourgeois (Christopher Walken) et une femme (Lois Smith) qui cherche continuellement à se suicider. Entre les auditions, les cours pratiques, les escapades amoureuses, les nouvelles rencontres (tordant Jeff Goldblum) et les visites familiales impromptues, Larry découvre les hauts et les bas d'une vie de bohème.

Depuis la fin des années 1960, le cinéaste Paul Mazursky a souvent réalisé des opus très pertinents qui passaient un peu inaperçus à cause d'une modeste distribution. Bob & Carol & Ted & Alice, Blume in Love, Harry and Tonto, An Unmarried Woman: que des bons films à la fois charmants et irrévérencieux qui n'ont pas toujours rencontré leur public. Son récit le plus autobiographique est sans doute "Next Stop, Greenwich Village" et le personnage principal, une réplique presque exacte de l'homme derrière Down and Out in Beverly Hills et Enemies: A Love Story. Cette transposition d'un individu qui évolue en faisant lui-même ses propres expériences offre une vision assez dévergondée des années 1950, ce qui peut expliquer un accueil parfois glacial des gens et même des critiques. Le jeune héros pense souvent au sexe, il couche avec une fille sans être marié, il est ami avec un noir homosexuel et il accompagne une copine qui va se faire avorter! Même du côté féminin, c'est la déroute totale. Pendant qu'une fille n'arrête pas de mentionner qu'il lui faut un diaphragme, une autre cherche par tous les moyens à se suicider. De quoi heurter les mœurs sensibles.

Plus que tout, il faut retenir des dialogues cyniques qui font mouche et une évocation de l'époque assez admirable. Le réalisateur se moque à la fois de McCarthy, des Juifs et des communistes. Il multiplie également les références tout en rendant hommage au cinéma américain grâce à des clins d'œil savoureux. Le film permet également de découvrir un excellent acteur en Lenny Baker qui défend, dans la peau de Larry Lapinsky, son premier et dernier grand rôle, le comédien étant décédé en 1982 d'une grave maladie. Mais dans le long métrage de Mazursky, il est tout simplement exceptionnel. Grâce à un jeu physique qui multiplie les gesticules désopilantes, un humour particulier à la fois drôle et ironique et un charisme d'enfer, il n'y a rien qui semble être à l'épreuve de Baker. Le voir imiter des acteurs célèbres est littéralement un morceau d'anthologie. Il n'est cependant pas le seul à briller. Shelley Winters caricature à outrance une mère qui devient tour à tour énervante et touchante, alors que le restant de la distribution s'avère toujours crédible et enjouée au moment opportun.

Soutenant l'action et les dialogues à la perfection est cette magnifique trame sonore de Bill Conti qui est teintée d'un jazz qui met immédiatement de bonne humeur. Cette musique est très discrète et elle n'enterre jamais les voix des protagonistes. Les bruits et la partition musicale proviennent des haut-parleurs avant et le résultat est très potable. Ce n'est toutefois pas le cas pour le rendu vidéo. Les dix premières minutes semblent durer une éternité avec de multiples égratignures qui apparaissent ici et là. Par la suite, c'est un peu mieux. Les couleurs semblent parfois se mélanger et il y a un peu de blocage, mais rien de trop dérangeant. Par contre, les sous-titres blancs ne sont pas exceptionnels. Lorsqu'ils s'affichent trop longtemps, il est aisé de perdre le fil.

Les suppléments sont composés de la bande-annonce originale et quelques publicités de Fox. Quelle chance qu'une piste de commentaires extrêmement pertinente est de la partie! Celle-ci bénéficie des voix de Paul Mazursky et de l'actrice Ellen Greene. Alors que la Audrey de Little Shop of Horrors parle finalement peu de son personnage et du long métrage, le cinéaste n'hésite pas à déblatérer du début à la fin. Sauf qu'il ne le fait pas sur tout et sur rien, car ses propos sont toujours très intéressants.

Enfin disponible en DVD à un coût dérisoire, "Next Stop, Greenwich Village" est une découverte tout à fait légitime. Les images ne sont pas géniales, la présentation est assez médiocre et les suppléments demeurent peu présents, mais le jeu hallucinant de Lenny Baker et les répliques parfois mémorables compensent largement pour ces nombreux inconvénients.


Cotes

Film7
Présentation2
Suppléments5
Vidéo5
Audio7