Dernier grand film important (qui date tout de même de 1995) d'Oliver Stone, "Nixon" ressort dans une édition "Election Year" l'année même ou de nouvelles élections seront déclenchées aux États-Unis. C'est le moment de voir ou revoir une œuvre souvent mésestimée dans sa version longue. Avec un générique qui apparaît après 3h30, le fan de politique sera au septième ciel… alors que son voisin moins attentionné risque d'avoir rejoint les bras de Morphée depuis un certain temps.
Ce long-métrage de fiction suit la carrière politique de Richard Nixon (Anthony Hopkins) en s'attardant principalement aux dernières années (le fameux Watergate) où il a été au pouvoir. Par d'ingénieuses ellipses chronologiques, le cinéaste dresse un portrait plus large de l'homme en alternant continuellement entre le passé et le présent, l'enfance pas toujours heureuse du président, sa défaite aux mains de John F. Kennedy et sa dévotion contre le communiste. Par ce regard hors norme, une tranche d'histoire et de personnages importants défilent à l'écran, recréant parfaitement ce transfert entre la naïveté des années 1960 et le cynisme propre à la décennie qui allait suivre.
Oliver Stone adore les chroniques politiques où il peut écorcher le pouvoir et faire passer ses messages qui ne sont pas toujours subtils. Il s'agit surtout d'un metteur en scène qui a du style et du tempérament, n'hésitant pas à se mettre à dos des détracteurs souvent enragés. C'était le cas pour presque la totalité de ses productions, alors pourquoi ça ne serait pas le cas de "Nixon" ? Contrairement aux premières idées préconçues, son regard ne se veut pas anti-Dick. Au contraire, entre bons sentiments patriotiques et moraux plus ou moins collants, le récit se veut sensible. La compassion est présente et au lieu de faire de Richard Nixon un salaud, le créateur de Heaven and Earth le décrit comme un roi shakespearien déchu et peu à peu asservi par la paranoïa.
Le portrait, incroyablement verbeux, s'adresse à un public averti. Les monologues et les confrontations sont nombreux, surtout au sein de cette nouvelle édition comportant près de 30 minutes supplémentaires. Ces scènes inédites permettent à l'œuvre d'être encore plus complète et pertinente… tout en risquant à chaque moment de perdre un spectateur moins alerte. Heureusement, la réalisation est vivante, avec ce montage nerveux, ces rétrospectives biographiques à la Citizen Kane et ce rythme généralement soutenu. Entre page d'histoire et adaptation des faits pour l'écran, le récit final opte pour une interprétation qui n'est pas implacable, mais qui demeure sans cesse pertinente. Les dialogues sont toujours soignés, faisant rire ou donnant froid dans le dos assez rapidement, alors que l'interprétation s'avère toujours de premier ordre. Avec de grandes pointures telles Anthony Hopkins, Joan Allen, James Woods, Ed Harris, Bob Hoskins et Paul Sorvino qui campe un Kissinger trop parfait, la distribution arrivera sans cesse à prendre le dessus lorsque la progression s'avérera un peu hasardeuse.
En multipliant ses caméras et ses types de pellicules, Stone est fidèle à sa marque de commerce qui est d'en mettre plein la vue. La couleur et le noir et blanc sont donc continuellement en confrontations, tout comme l'image parfaite et celle où le grain est proéminent. Dans tous les cas, le visionnement se fait sans difficulté, et les excellents contrastes viennent à la rescousse de ces nombreuses séquences plus sombres. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 titille les enceintes de bruits divers (de la vaisselle, de la pluie, des sirènes, des feux d'artifice, etc.) tout en se retirant pour laisser toute la place à la très belle musique parfois un peu trop grandiloquente de John Williams. À tel point qu'il faut parfois hausser le volume afin de bien saisir les nombreux dialogues. Heureusement, il y a de superbes sous-titres blancs en français et en espagnol, ce qui permet à un public encore plus considérable de suivre ces complexes jeux de pouvoir.
La pochette stylisée montre Nixon regarder la Maison Blanche avec les bras pointant vers le ciel. Le menu principal du DVD fait défiler des photographies dans un intéressant montage de scènes. L'air musical sobre et solennel qui y joue est tout à fait adapté au sujet. Outre l'opus, le premier disque comporte également deux pistes de commentaires de son metteur en scène. Malheureusement pour le cinéphile, ces pistes sont souvent dégarnies. La première s'attarde au film en revenant sur l'importance du montage, le choix des comédiens et la confrontation entre le réel ou la fiction. Stone revient sur certaines critiques en défendant son choix d'Hopkins qui, s'il n'a pas toujours la même voix et le même physique que Nixon, en possède l'esprit. La deuxième piste, beaucoup plus technique, explique les enjeux et les détails politiques. De très bons propos qui auraient mérité d'être beaucoup plus présents.
Le second DVD regroupe près d'une heure de séquences supprimées (la majorité sont toutes pertinentes et elles comportent une explication du réalisateur), la bande-annonce originale, une série de publicités diverses et deux segments riches en informations. Il y a tout d'abord une longue entrevue de 55 minutes avec Charlie Rose. Le ton est à la confidence et l'animateur sait confronter son invité en demeurant toujours de bon goût. Il y a ensuite un documentaire de 36 minutes, "Beyond Nixon", qui a été réalisé par Sean Stone, le fils du cinéaste. Ce dernier multiplie les témoignages probants qui analysent l'œuvre de son paternel en demeurant toujours neutres et critiques. Dans l'ensemble, ces bonus fondent dans la bouche et ils offrent une dimension considérable à l'ouvrage.
"Nixon : Election Year Edition" est loin d'être le meilleur film d'Oliver Stone. Sa chronique sur JFK était tellement plus excitante, vivante… et beaucoup moins manipulatrice. Cependant, les amateurs de politique vont dévorer le long-métrage, surtout dans cette version encore plus complète qui comporte de fascinants suppléments jetant un regard nouveau sur le récit. Un essentiel pour les fans du réalisateur qui attendent avec impatience son prochain projet très attendu W. sur George W. Bush. En espérant que le résultat soit meilleur que la bande-annonce qui est plus comique que dramatique.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |