No Country For Old Men
Alliance Atlantis / Miramax

Réalisateurs: Ethan Coen, Joel Coen
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 122 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
15 mars 2008

Malgré une splendide feuille de route, les frères Ethan et Joel Coen avaient des choses à prouver. Depuis l'excellent The Man Who Wasn't There, le tandem n'avait rien fait de très intéressant. Sans être ratés, les Intolerable Cruelty et The Ladykillers décevaient par leur légèreté. Est-ce que les créateurs de Barton Fink continuent à nager dans l'engrenage trop hollywoodien? Heureusement non, car leur récent "No Country For Old Men" est un retour réussi dans le long-métrage noir qui fait beaucoup rire. Un excellent opus, mais de là à remporter les Oscar du meilleur film, de la meilleure réalisation et du meilleur scénario adapté devant le chef-d'œuvre de Paul Thomas Anderson There Will Be Blood? Certainement pas!

Sur une scène de crime, Llewelyn (Josh Brolin) découvre une valise pleine d'argent. Il décide de la garder. Une décision qui aura de graves conséquences sur son existence et sur celle de son épouse (Kelly Macdonald). Non seulement un représentant de l'ordre (Tommy Lee Jones) part à ses trousses, mais un tueur sanguinaire (Javier Bardem) fera l'impossible pour lui faire la peau et il y aura même un mystérieux individu (Woody Harrelson) qui se joindra à la danse. La chasse à l'homme peut commencer!

L'histoire, très classique, ne casse rien et ce n'est pas plus grave. Cette adaptation cinématographique d'un roman très populaire écrit par Cormac McCarthy nage dans la violence et les dialogues décalés qui font beaucoup rire. Heureusement, ce n'est pas Quentin Tarantino qui est aux commandes, mais plutôt les frères Coen qui revisitent le film noir, entre Blood Simple et Fargo. L'ambiance est donc primordiale et le résultat s'avère brut, vivant et réaliste. Les mots et la musique sont souvent réduits à leur strict minimum et seules les balles de fusil triomphent du silence. Au passage, les magnifiques grands espaces américains et mexicains surplombent les situations, devenant des lieux de prédilection aux nombreuses séquences explosives qui sont rarement fortuites.

Les images misent sur leur crédibilité pour en mettre plein la vue. La définition des contours est solide, très précise. Les couleurs demeurent dans le ton (peu extravagants), offrant toutefois un rouge éclatant lors des effusions de sang. Ce sont pourtant les fabuleux contrastes qui captent aisément l'attention. Le jour et les ténèbres se succèdent, rendant des atmosphères toujours visibles, créant au passage des ombres sidérantes. Les détails prennent donc de leur importante aux endroits les plus insoupçonnés, et ce, même s'il y a parfois des problèmes de compression.

Le jeu sur le son est encore plus significatif. La musique se fait peut-être rare, mais c'est pour mettre en valeur ces fantastiques pistes sonores anglophone et francophone en Dolby Digital 5.1. Tout au long du périple, les haut-parleurs explosent de bruits multiples, que ce soient des balles perdues, des voitures qui roulent, des sirènes policières et surtout ce souffle du vent qui devient presque un personnage à part entière. Il n'y a pourtant rien pour entraver les dialogues qui demeurent généralement audibles. La traduction française du film, "Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme", laissait planer un énorme doute sur la qualité de la traduction. Comme il fallait s'y attendre, elle est loin d'être recommandable. Les voix sont particulièrement risibles, surtout celle qui fait perdre toute crédibilité à Tommy Lee Jones. Mieux vaut donc y aller avec la version originale. Si quelques expressions ou accents sont difficiles à comprendre, il y aura toujours les beaux sous-titres blancs pour aider.

Plus que le synopsis, c'est par l'apport des personnages que ce long-métrage sort de la vague. Javier Bardem est le parfait méchant, aussi imprévisible que fascinant. Sa façon de tuer glace le sang et ses mimiques dérangent terriblement. Un Oscar du meilleur acteur de soutien amplement mérité. Josh Brolin incarne un antihéros plus limité qui convainc surtout par son jeu physique. Entre Tweety et Gros Minet se trouve un Tommy Lee Jones beaucoup plus effacé. Son policier incarne cette vieille illustration de l'Amérique en perdition, à l'aube de sa mort. Tout change autour de lui, le temps défile à la vitesse de l'éclair et il doit accepter son sort, sans trop rechigner. Non seulement l'émotion passe surtout par lui, mais l'humour ne l'épargne pas non plus. Et avec son autorité naturelle, de The Fugitive à The Three Burials of Melquiades Estrada, Jones s'en sort sans difficulté.

En présentant ses trois protagonistes dans des tons où le noir, l'orange, le jaune et le blanc se superposent, la pochette de l'opus capte l'attention à défaut de la marquer pour longtemps. Le menu principal du DVD opte plutôt pour une musique intrigante, des paysages qui défilent, un montage intelligent de séquences et des taches rouges qui apparaissent à l'occasion. Les suppléments peu nombreux annoncent sans aucun doute la sortie d'une édition spéciale dans un avenir rapproché. Sur "Working With the Coens", les acteurs et l'équipe technique parlent de leur admiration pour les créateurs de l'hilarant The Big Lebowsky. Les huit minutes déboulent cependant très rapidement. Tout autant que les sept minutes de "Diary of a Country Sheriff" où quelques comédiens et les réalisateurs de Raising Arizona expliquent la motivation de leurs personnages et des thèmes traités. La principale pièce de résistance demeure donc ce documentaire sur le tournage qui explore différentes avenues, dont la découverte du roman, le choix de la distribution, la sélection des lieux et le traitement de la violence par ses cascades, ses effets spéciaux et ses armes utilisées. Intéressant à défaut d'être très détaillé.

Sorte de western trépidant, "No Country For Old Men" est, en apparence, une des œuvres qui ressemblent le moins au style des frangins Coen. Pas de trame sonore luxueuse ni de malfrats stupides. Pourtant, le récit est mené de mains de maîtres, le hasard est toujours aussi important (comme dans The Hudsucker Proxy), la violence explose soudainement et le rire apparaît aux endroits les plus insoupçonnés. Un retour en forme tout à fait savoureux qui se regarde avec délice. Sans doute pas le meilleur film de 2007, mais certainement un des plus efficaces.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments5
Vidéo8
Audio9