Noise
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Henry Bean
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 92 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
21 octobre 2008

La perception est souvent déterminante. Ce qui est normal pour une personne peut se transformer en cauchemar pour son voisin. C'est ce qui arrive dans "Noise", un sympathique long-métrage bien interprété qui tend toutefois à simplifier ses propres enjeux moraux avant la tombée du générique.

New York est la ville qui ne dort jamais. C'est ce qu'apprend à ses dépens David (Tim Robbins), un père de famille à l'emploi prestigieux. Exaspéré par le bruit et les alarmes de voitures, il décide de se transformer en "Rectifier" et de régler lui-même le problème, ce qui provoque la horde des instances policières et surtout celle d'un maire (William Hurt) peu coopératif. Lorsque David affronte Goliath, ce n'est pas nécessairement la force physique qui est importante, mais l'ingéniosité.

Après avoir traité de racisme dans son bien intentionné The Believer, le cinéaste et scénariste Henry Bean traite encore de l'obsession et du fanatisme. Son film se rapproche davantage du révoltant Falling Down de Joel Schumacher. Au départ, les intentions du protagoniste sont claires et peu à peu, son état psychologique varie, le faisant balancer dans la folie. Sauf qu'il revient à la conscience, ce qui l'oblige à changer son fusil d'épaule, amenant une implication sociale qui, bien entendu, sera dénaturée par les coulisses du jeu politique. Jusqu'à cette conclusion à la fois surprenante et attendue, pas nécessairement en phase avec la réalité, ce qui laisse supposer un rôle assez déterminant du hasard.

Rapidement, l'essai se resserre sur le personnage principal, et Tim Robbins, s'il force un peu la note, s'avère facilement le meilleur élément du récit. Sa passion et sa fureur sont vives, et son désarroi est aisé à saisir. Lors de ses "attaques", le rire n'est jamais loin du drame, ce qui permet une distanciation qui est la bienvenue. Dommage qu'à côté de cette hilarante sphère publique contestatrice (qui n'est jamais très subtile), son univers personnel a tendance à prendre toute la place, amenant quelques détours plus sinueux, dont une relation à trois qui frise le ridicule. Et à quoi peuvent bien servir William Hurt et William Baldwin, eux qui n'apparaissent que dans de rares scènes?

La réalisation de Bean joue avec la chronologie, élaborant son montage autour du bruit. Même si la piste sonore anglophone est uniquement en Dolby Digital 2.0, les enceintes sont étonnamment exploitées. Les haut-parleurs sont rapidement asservis de sons multiples (des sirènes, des voitures, une cacophonie diverse) qui ne viennent pourtant jamais nuire à la bonne compréhension des dialogues. Et en prime, il y de très beaux sous-titres jaunes qui font presque oublier cette musique dépareillée qui ne s'inscrit pas toujours bien avec l'ensemble.

New York est l'héroïne de l'histoire et la ville est continuellement filmée avec passion et tendresse. Les images, à la fois précises et réalistes, offrent un très intéressant niveau de détails, ainsi qu'une large palette de couleurs froides et des contrastes suffisamment homogènes pour suivre David pendant ses escapades nocturnes. Il n'y a que du blocage qui peut se faire ressentir en quelques occasions.

La pochette montre un Tim Robbins perdu au sein d'un espace géographique indéterminé qui est dominé par le blanc, le noir et le bleu. Le désolant menu principal, statique et sans mélodie, est à l'effigie d'un visage peu attrayant. Cela ne reflète heureusement pas la valeur nutritive des suppléments. Il y a tout d'abord 38 minutes d'entrevues réalisées avec le metteur en scène et des membres de la distribution. Des thèmes aux enjeux en passant par la structure particulière du long-métrage et la psychologie des personnages, les propos étayés piquent la curiosité. Après ce lot d'information, ce n'est guère surprenant que la piste de commentaires de Bean sente légèrement la redite. Le cinéaste arrive pourtant à intéresser en se collant constamment aux images, les décrivant au passage. Outre un segment de promotion assez inutile, les bonus se terminent avec un court documentaire plus ou moins pertinent montrant la création d'une séquence de tribunal.

À la fois rigolo et contestateur, appuyé et pas toujours vraisemblable, "Noise" prend le pari de partir d'une excellence prémisse (le bruit qui rend fou) pour l'amener en slalom sur une piste à la fois réussie et trop sage, dont le rythme décousu est excusé par une performance délectable de Tim Robbins.


Cotes

Film6
Présentation3
Suppléments6
Vidéo7
Audio8