Généralement quand on pense à un film de science-fiction on imagine des vaisseaux spatiaux et des extra-terrestres voulant envahir la terre. Malheureusement, la plupart du temps on se retrouve avec des films d'action déguisés. Des mitraillettes, des soldats, des combats de kung-fu, des poursuites de chars futuristes et de la testostérone à n'en plus finir! Heureusement, le genre contient aussi un sous-genre qui bien que plus rare donne souvent lieu à des films plus intéressants. Cette catégorie s'appelle anticipation et traite des aspects sociologiques et philosophiques du futur de l'humanité. Des réussites du genre sont Gattaca, Fahrenheit 451 de Truffaut, 1984 de Michael Radford et le récent Children of Men de Cuarón.
Avec "Numb" du réalisateur-scénariste-producteur Michael Ferris Gibson, on se retrouve avec un film de ce genre. Dans un futur proche, l'humanité entière souffre d'une maladie virale mortelle. Un chercheur trouve un remède à cette maladie, mais on découvre bientôt que ce sérum rend les gens totalement dépendants et non fonctionnels. On se retrouve avec une race humaine peuplée de légumes branchés sur des solutés et qui hallucinent des expériences heureuses. D'où le titre du film "Numb" qui nous explique cet état d'esprit où se retrouvent les consommateurs du sérum. Parmi tous ces êtres perdus, une jeune fille non-accroc recherche un homme qui lui est cher avec l'aide d'un mercenaire.
Tourné avec un budget minuscule, ce film extrêmement lent nous rappelle par son ambiance glauque de fin de l'humanité le Stalker de Tarkovsky où encore par ses personnages étranges et ses lieux bizarres, les délires du David Lynch des débuts - d'Eraserhead à Twin Peaks - ou même le côté clownesque des figurants de nombreux films de Fellini. Malheureusement, ce réalisateur n'a pas le talent ou le génie de ses prédécesseurs et là où "Numb" aurait pu être tout à fait splendide, on se retrouve avec un film correct. La beauté de la direction photo noir et blanc, la déconstruction originale et totale de la ligne temporelle de l'histoire, l'ambiance très réussie d'un monde en mode de déclin pacifique (par opposition à celui de barbarie et de violence post-apocalyptique habituelle de la science-fiction à la Mad Max) ne peuvent toutefois cacher la faiblesse du scénario. Pour améliorer le tout, on aurait eu le choix de faire un excellent court-métrage ou d'engager un scénariste professionnel qui aurait pu donner du contenu à cette histoire ténue.
Visuellement, un excellent travail a été réalisé. Les noirs et blancs précis du temps présent contrastent bien avec les couleurs granuleuses, délavées et volontairement salies des innombrables flash-back qui parsèment le film. Le rythme lent du découpage, beaucoup de plans-séquences et les mouvements de caméra parcimonieux donnent un ton de mort qui se marie bien aux séquences couleurs plus vivantes qui nous parlent d'un passé heureux pour l'héroïne du film et l'humanité en général. Même chose au niveau sonore, beaucoup de silences, beaucoup de musique d'ambiance lente et atmosphérique, quelques sons amplifiés comme les gouttes des solutés et les voix des robots-serviteurs détraqués. Tout ça amplifie ce sentiment de déprime globale. Pour les flash-back récurrents, l'absence de son augmente le suspense et nous fait même se questionner sur le but final de tout cela, nous fait espérer un dénouement proche. Malheureusement comme je le mentionnais plus tôt, le scénario n'est pas à la hauteur de l'esthétisme du film.
Parmi les suppléments, on retrouve une piste de commentaires du réalisateur, des bandes-annonces des différents produits Heretic Films, mais surtout trois scènes retranchées du montage, dont deux en espéranto, le langage inventé au milieu du vingtième siècle par un professeur polonais en amalgamant des langues existantes et qui devait devenir la langue commune de la diplomatie onusienne. Pour des raisons évidentes (contrôle de l'ONU par une majorité anglophone puissante) cette langue fût abandonnée. On a eu la bonne idée de la faire renaître dans ce film et d'en pourvoir un groupe de réfractaires à la drogue et au système qui auraient mis un peu de piment dans le scénario si on avait choisi de garder ces deux séquences et d'élaborer un peu plus ces personnages.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |