Les histoires entre un père et son fils sont légion et la plupart n'hésitent pas à verser dans le pathos. Il y en a toutefois qui tendent à être sobres, même si les enjeux qui en découlent ne sont pas extraordinaires. C'est dans cette seconde catégorie que se classe "Off the Black", un petit film mélancolique qui propose surtout de bons comédiens.
Ray (Nick Nolte) est un arbitre alcoolique et pathétique. Lors d'un match de baseball, il rend une décision controversée. Dave (Trevor Morgan), le jeune adolescent lésé, décide de vandaliser sa maison pour se venger. Une bien mauvaise idée, car l'homme bourru s'avère avoir plus d'un tour dans son sac. Au lieu de le dénoncer à la police, Ray lui demande de nettoyer sa maison. Au fil des rencontres, ces deux personnes arrivent à communiquer et à s'apprécier mutuellement. Une bonne nouvelle pour Dave qui arrive de moins en moins à comprendre son propre paternel (Timothy Hutton).
Cette première vue écrite et réalisée par James Ponsoldt ne possède pas un scénario très élaboré. Des hommes n'arrivent jamais à dire leurs sentiments, ils s'enferment dans leur mutisme et des vieux démons risquent de resurgir à tout moment. À partir de là, le rythme assez lent explore quelques facettes de l'être humain avec des observations souvent fines et des dialogues à teneur spirituelle. Tel un vieux fleuve tranquille, le bateau arrive aisément à bon port, mais il n'aura presque jamais misé sur l'émotion ou la comédie.
Le carburant provient plutôt de l'interprétation. Celle de Nick Nolte prend facilement toute la place. Le grand acteur la joue un peu de la même façon que le douloureux Clean. Pas de cabotinage ou de surenchère. Il survit coûte que coûte, cherchant une quelconque lumière au bout du tunnel, une raison de ne pas se transformer immédiatement en trépas. Face à lui, le jeune Trevor Morgan ne fait bien entendu pas le poids. Mais il est suffisamment allumé pour ne pas se laisser trop distancer. Au passage, il est dommage que le rôle de Timothy Hutton ne soit pas plus élaboré. Du début à la fin, sa figure de père peu à l'écoute de sa progéniture erre comme un fantôme pour devenir littéralement inaccessible.
Les éléments techniques sont corrects, sans plus. La musique distille des airs populaires et atmosphériques qui cadrent bien aux propos. Les différentes pistes sonores anglophones ne proposent presque jamais d'atmosphère propre au récit. Au contraire, très peu de sons ou de bruits distincts ne s'échappent des haut-parleurs en dehors des mélodies et des voix. S'il est toujours difficile de bien comprendre Nick Nolte (il semble souvent marmonner), les seuls honnêtes sous-titres blancs disponibles sont en espagnol, ce qui est un peu embêtant. De prime abord, l'image semble beaucoup trop lumineuse. Ce détail se replace toutefois par la suite. La précision des couleurs et la beauté de certains paysages permettent d'apprécier le niveau des détails... et d'apercevoir que le blocage est souvent un peu trop présent. Dans l'ensemble, il n'y a rien d'extravagant, mais rien pour détourner l'attention non plus.
La pochette nuageuse montre deux hommes bien habillés qui marchent et discutent. Le menu principal du DVD est un peu plus original. Il y a une succession de plans fixes sur une musique douce qui laisse échapper des bribes de dialogues. Pour une œuvre de cette ampleur, les suppléments s'avèrent surprenants. Il y a, comme toujours, la bande-annonce originale et des publicités de productions de la compagnie ThinkFilm. Il y a surtout une très belle piste de commentaires du cinéaste qui parle du lieu de tournage, des thèmes profonds, des défis de sa première réalisation et de son admiration pour Nick Nolte. Le tout est complété par un documentaire granuleux sur le tournage dans lequel l'équipe technique parle de la création. Le créateur explique plusieurs scènes alors que les acteurs discutent de leurs personnages. Il y a quelques prises éloquentes provenant du plateau qui montrent les gens dans le feu de l'action.
Gentil petit film sur les liens paternels qui peuvent unir deux individus en dehors du sang, "Off the Black" mérite l'intérêt principalement pour la prestation de Nick Nolte. Tel un survivant, le comédien rappelle encore une fois qu'il est un des visages les plus crédibles et humains du cinéma américain. C'est triste que les récits auxquels il participe sortent de plus en plus souvent directement en DVD.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |