La dure réalité de la rue rattrape un jour ou l'autre les gens qui y vivent. C'est à ce constat implacable que sont confrontées les trois héroïnes de "On the Outs", un film réaliste et rigoureux qui n'épargne personne.
Le destin de trois femmes se mélange au gré des rencontres dans la rue et à la prison. Il y a tout d'abord Oz (Judy Marte), une vendeuse de drogue qui doit souvent s'occuper de son frère malade. De son côté, Marisol (Paola Mendoza) est accro à plusieurs substances et elle cherche par tous les moyens à obtenir la garde de son enfant. Quant à Suzette (Anny Mariano), elle se lie d'amitié avec des gens peu recommandables, ce qui la met rapidement dans le trouble. Ces êtres encore très jeunes chercheront à s'extirper de la pauvreté de Jersey City avant qu'il ne soit trop tard et que leurs âmes soient souillées à jamais.
Il n'y a pas moins de deux réalisateurs derrière cet ouvrage polyphonique. S'ils n'ont pratiquement réalisé que des documentaires, Lori Silverbush et Michael Skolnik détiennent une expérience du terrain qui n'est pas négligeable. Les péripéties de "On the Outs" sont toujours crédibles et réalistes, il n'est pas rare de souffrir avec les jeunes actrices qui s'avèrent sans cesse très convaincantes. En garçon manqué, Judy Marte est à l'aise comme un poisson dans l'eau, sa participation à l'excellent Raising Victor Vargas n'ayant certainement pas nuit. Les présences de Anny Mariano et de Paola Mendoza sont peut-être moins marquantes, mais elles offrent des moments de vérités assez inspirés. Les propos du long métrage peuvent souvent paraître défaitistes, mais la faible durée de l'oeuvre et le ton évitant généralement tout didactisme sont tout à fait appropriés.
Sans jamais être embellie, la photographie s'avère juste et précise. Le niveau des détails est bon et les problèmes d'artéfacts sont presque inexistants. Comme la trame narrative se déroule autant de jour que de soir, les couleurs sont souvent influencées par le temps. Les teintes noires sont très sombres et celles plus pâles suivent la logique en étant extrêmement claires. Un problème qui demeure mineur à côté de l'absence de sous-titres. Le langage particulier de la rue peut être difficile à saisir et il faudra tendre l'oreille pour tout comprendre. Une action qui est plus facile à dire qu'à faire. Si une trame sonore hip-hop baigne continuellement le récit, elle enterre totalement les dialogues en étant toujours trop forte. Au moins, le pire est souvent évité. La musique s'affiche habituellement pendant les séquences de déplacements et non ceux des dialogues. En ayant recours au Dolby Digital 2.0, les sons et les bruits de la "jungle" extérieure ne sont pas toujours rendus judicieusement, mais leurs présences sont suffisamment rythmées pour que le vide ne se sente pas trop.
Ce n'est pas avec sa pochette très "indie" que "On the Outs" s'affranchira de son sobriquet typique de "film indépendant". Le titre en jaune, le visage des trois principales héroïnes, la ville la nuit, des critiques diverses et des participations à de multiples festivals: le tout est assez typé. Le menu principal du DVD est nettement plus pertinent. Sur une musique délicate et aérée rappelant Crash, il y a un montage efficace et de grosses icônes. La quantité des suppléments est également impressionnante. Si les bonis ne sont pas très longs, ils sont en nombre effarant. Il y a tout d'abord une piste de commentaires plutôt pertinente qui confronte le travail de différents artisans, dont les deux réalisateurs. Dommage que la musique enterre (encore) les voix. Il y a ensuite un documentaire de douze minutes où les interprètes parlent de leurs personnages, une description aux riches anecdotes de Jersey City par le comédien Punky Pagan et une entrevue beaucoup trop courte avec Cookie, une vraie fille de la rue. Trois segments qui font oublier le reste, plus usuel. Entre la bande-annonce originale, un aperçu du documentaire "Autumn's Eyes", des publicités des autres productions de la compagnie Polychrome Pictures et un rap inepte de l'acteur Don Parma, ce n'est pas la mer à boire.
Petit film très intéressant, "On the Outs" n'est pourtant pas une découverte à voir absolument. Le traitement n'est pas très neuf et le sujet est vieux comme le monde. Sauf que l'aspect quasi-documentaire, le brio des trois actrices principales et la présence de nombreux suppléments compensent plus que largement ces thèmes quelque peu répétitifs et cette noirceur perpétuelle. Tout à fait recommandable pour une séance obligatoire à l'école.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |