Ron Howard n'est pas seulement l'homme à tout faire qui est capable de réaliser n'importe quel style de film. Même s'il n'a jamais eu une touche très personnelle ou originale, il insuffle généralement une quelconque once de vie à ses longs-métrages. Même que "Parenthood" serait son œuvre la plus personnelle à ce jour.
La famille américaine est encore une fois déconstruite à l'écran et l'univers semble tourner autour de Gil (Steve Martin), un homme qui cherche à bien travailler, à être un bon mari auprès de son épouse (Mary Steenburgen) et un père de famille exemplaire. Des missions qui méritent toute son énergie. De son côté, sa sœur monoparentale Helen (Dianne Wiest) doit apporter un peu de bonheur à son fils (Leaf Phoenix... qui s'appelle maintenant Joaquin Phoenix) qui s'isole progressivement et à sa fille (Martha Plimpton) amoureuse d'un voyou (Keanu Reeves) sans avenir. Cela ne va pas tellement mieux chez l'autre soeurette Susan (Harley Jane Kozak) qui est mariée à un homme (Rick Moranis) trop cérébral. Quant au paternel (Jason Robards), cet être insensible et profondément égoïste, il verra comment sa propre progéniture Larry (Tom Hulce) lui en fera voir de vertes et de pas mures.
Bien avant American Beauty, il y avait "Parenthood", une sympathique comédie dramatique. Sans être aussi cynique que le film de Sam Mendes, celui du réalisateur de Da Vinci Code égratigne également ce modèle nord-américain sans jamais s'égarer. En faisant fusionner quatre histoires, toutes les facettes du spectre sont explorées, ce qui provoque beaucoup de rires, mais également quelques larmes. Le rôle des parents est décortiqué dans le détail, avec ses joies et ses corvées. La lassitude ne peut que détruire le bonheur, sauf que rien n'est perdu tant que le désir perdure. Les métaphores et les tranches de vie sont suffisamment subtiles pour ne pas prendre toute la place, alors que les petits moments d'imagination sont les bienvenus.
Afin de bien véhiculer l'humour, les acteurs se devaient d'être solides. Malgré sa distribution plutôt hétéroclite, les confrontations sont particulièrement réussies. Au haut du pavé, il y a le mythique bougon Steve Martin, capable du meilleur comme du pire. Pour ne pas voler la vedette ou tout simplement alourdir les situations, il fait rire sans jamais trop en faire. Pour une fois, il est très bien appuyé. Rick Moranis est tout simplement parfait en être aussi bien attentionné que fatigant, Jason Robards arrive à être à la fois enrageant que sensible, alors que Mary Steenburgen fait preuve d'une belle assurance. Il est surtout incongru de voir Tom Amadeus Hulce dans un rôle de soutien et Keanu Reeves en imbécile heureux.
La musique cumulant fanfares, rythmes plus tendres et d'autres carrément gâteaux est typiquement digne des années 1980. Ça agrémente les péripéties sans jamais rester en tête très longtemps. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 fait succéder des bruits d'oiseaux, de moteurs, de voitures qui roulent, d'applaudissements et de montages russes sans jamais s'accaparer totalement des enceintes. Pourtant, les voix auraient pu être un peu plus fortes. Entre la traduction francophone peu mémorable et les beaux sous-titres blancs en français ou en espagnol, la question ne se pose pas très longtemps. Les images, souvent réalistes, s'avèrent beaucoup plus solides. La définition des contours est excellente, alors que le niveau des contrastes offre une profondeur appréciable. C'est un peu dommage que du blocage ou des égratignures apparaissent furtivement dans la deuxième moitié du récit.
Le boîtier du film est plus imaginatif que les autres produits similaires. Il y a un double couvert où quelques citations mémorables sont inscrites. La pochette pourrait toutefois induire les gens en erreur. Voir un Steve Martin tenir un enfant par le pied est une pose un peu caricaturale. Le synopsis est beaucoup plus subtil que ça. Le menu principal du DVD fait défiler sur une chanson enjouée une série de photos, alors que plusieurs éléments du décor bougent soudainement. Pour une "Special Edition", il faut avouer que les suppléments sont en mode minceur. En fait, seul le segment "Art Imitating Life" vaut le coup d'œil. Pendant 28 minutes, Howard et ses scénaristes se remémorent l'époque, le tournage et l'histoire. Ils évoquent à grand coup d'exemples comment les thèmes étaient très personnels, tout en expliquant ce que chacun des acteurs a amené. Beaucoup moins intéressante est cette évocation des différents personnages par la directrice de la distribution Jane Jenkins. Elle parle beaucoup sans rien amener de nouveau, alors que les acteurs ont très peu de place pour se faire valoir. Dommage. Alors que la bande-annonce originale séduit par son concept de photographie de famille, le court documentaire "Words and Music" est d'une inutilité incommensurable. Le compositeur Randy Newman ne fait que parler brièvement de ce qui l'a inspiré sans jamais rentrer en détail.
Fidèle à lui-même, la touche de Ron Howard est pratiquement impossible à voir. De Cocoon à Cinderella Man, le cinéaste a préféré s'éclipser derrière son sujet et cette fois, impossible de lui en tenir vigueur. Sa description de la famille américaine est juste, souvent réaliste et Steve Martin arrive à éviter les excès. "Parenthood" a peut-être fait exploser le box-office lors de sa sortie en 1989, le résultat est loin d'être terne et superficiel. À sortir lorsque les conversations deviennent un peu trop lourdes.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |