Le réalisateur britannique David Lean aime les films à grand déploiement où l'émotion et les personnages développés font bon ménage. Durant sa longue carrière, il a pondu d'excellents longs-métrages, dont quelques classiques qui vont de Lawrence of Arabia à The Bridge on the River Kwai en passant par Doctor Zhivago. Pour célébrer son 100e anniversaire de naissance, ce cinéaste d'exception - qui est décédé en 1991 - voit son dernier opus "A Passage to India" sortir en édition du collectionneur qui comprend deux DVD (aussi disponibles sous format Blu-ray).
Dans l'Inde coloniale des années 1920, tout ne tourne pas rond. Les Britanniques ne parlent que très rarement à la population locale, si ce n'est pour l'engueuler et la juger. De passage dans la région, la jeune Anglaise Adela Quested (Judy Davis) et sa belle-mère colorée Mme Moore (Peggy Ashcroft) se lie toutefois d'amitié avec les gens du coin, dont le dévoué docteur Aziz (Victor Banerjee). Lorsque ce dernier est accusé de viol et de sévices, la rage, la colère et l'incompréhension volent en éclat entre ces deux tranches de la population. Afin d'aider le pauvre malheureux, un anglais influent (James Fox) et un sage respecté (Alec Guinness) décident de le soutenir publiquement.
Au début des années 1980, les scénarios sur l'Inde étaient dans l'air. Il y a eu bien entendu l'excellent Gandhi en 1982 qui a remporté l'Oscar du meilleur film. Deux années plus tard, l'adaptation du livre de E.M. Forster arrive sur le marché sous le sceau de David Lean. Ce metteur en scène d'une autre époque, qui adore les plans fixes et garder son rythme plus lent que rapide, a toujours pris son temps pour créer des sagas développées et décortiquer les mœurs de cultures étrangères. Des thèmes de prédilection qui se retrouvent dans son ultime effort.
En traitant d'histoire et de politique, le créateur du superbe Brief Encounter aurait pu sombrer dans le banal cours didactique. Il n'en est rien. La démonstration demeure vivante, avec cette lutte au sein de la bourgeoisie, cette émancipation de la classe dominante et ce charme singulier qui ressort de plusieurs dialogues pétillants, parfois dramatiques parfois humoristiques. Le soin apporté aux personnages est de tous les instants. Il y a ici plusieurs protagonistes et ils demeurent tous très développés. Judy Davis qui retransmet bien toutes les conséquences d'une telle domination, Victor Banerjee qui réagit en devenant plus amer, Alec Guinness qui défend un rôle pas si éloigné de celui de Star Wars et le héros plus que parfait incarné avec brio par James Fox. La cerise sur le gâteau est certainement la performance truculente de Peggy Ashcroft, qui a remporté un Oscar dans un rôle de soutien pour cette vieille libérale charmante comme tout.
La musique de Maurice Jarre - également récompensée d'un Oscar - demeure très présente et toujours agréable à entendre. Elle berce l'action et les dialogues, accompagnant favorablement les excellentes pistes sonores Dolby Digital 5.1 qui envahissent les différentes enceintes de bruits de trains, de pluie et de coq. À tel point que les voix sont parfois entravées par tous ces sons si présents. Afin de ne rien manquer, il est toujours possible d'insérer de précis sous-titres jaunes. Toujours de haut niveau, la photographie, les paysages et les costumes ensorcellent rapidement la rétine. Les images sont nettes et claires, avec des couleurs étonnamment pimpantes, des contrastes sans effet secondaire et une définition des contours plus qu'appréciable. Lorsque le grain et le blocage apparaissent, ce n'est jamais pendant très longtemps.
La pochette reproduit une montagne, de l'eau et le visage de quatre personnages importants. Le menu principal du DVD, statique et très banal, montre seulement une quelconque jungle. La mélodie qui y joue séduit toutefois l'ouïe. Outre le récit final, le premier disque comporte une piste de commentaires de Richard Goodwin. Décontracté et enjoué, avec un accent qui est parfois à couper au couteau, le producteur raconte l'histoire en y allant un peu plus en détail, prenant soin de décrire l'éthique de travail du réalisateur. Le second DVD comporte quelques publicités diverses et sept documentaires totalisant environ 75 minutes de matériel. Il y a une biographie sur l'auteur E.M. Forster, un passage sur la création de la superproduction, un segment sur la culture indienne et un autre sur l'élaboration des moindres petits détails. Les informations amenées par l'équipe technique et les comédiens demeurent pertinentes et toujours intéressantes. À tel point que le tout aurait pu être encore plus long! Il y a également un exposé sur le choix de la distribution, des réflexions de l'ensemble de la distribution sur le cinéaste (il semblait faire peur à plus d'une personne!) et quelques archives intrigantes où l'homme derrière la version de 1948 d'Oliver Twist discute de ses films et de son acteur fétiche Alec Guinness.
Sans être le meilleur opus de David Lean, "A Passage to India" sait se frayer un chemin dans n'importe quelle collection. L'histoire un brin classique propose de beaux personnages en trois dimensions, une trame sonore luxueuse et une photographie majestueuse. Avec tous les suppléments présents qui donnent le goût de renouveler le visionnement, voilà le cadeau rêvé pour les amateurs de longues chroniques où drame et comédie riment avec politique et histoire.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |