À quoi bon posséder un souffle lyrique, une très belle partition musicale et de solides têtes d'affiche si l'histoire n'est pas au rendez-vous? C'est le cas de "Passion Play" qui, à l'instar d'Icare, se brûle les ailes en volant beaucoup trop près du soleil.
Un musicien (Mickey Rourke) qui cherche à oublier son passé se retrouve dans le désert. Il aboutit dans un cirque où il est sauvé d'un mauvais pas par une beauté angélique (Megan Fox). Ces deux êtres humains éprouvés par l'existence ne pourront pas profiter de leur liberté pendant très longtemps, car un être énigmatique (Bill Murray) et ses dangereux hommes de main sont à leurs trousses.
Premier long-métrage du scénariste Mitch Glazer, "Passion Play" aurait dû recevoir un meilleur sort. Ce film noir existentiel ne lésine pas sur les moments de poésie et il est incarné par deux excellents comédiens (Rourke et Murray). Malheureusement pour lui, son scénario se mord la queue plus souvent autrement. Devant une histoire qui fait du surplace et des dialogues peu avantageux, le cinéaste a cherché à enfouir ces failles sous une construction inutilement compliquée. Cela ne cache pas l'essentiel: le récit ne lève pratiquement jamais, les moments d'émotions sont remplacés par des séquences particulièrement kitch et les personnages volontairement opaques se révèlent finalement superficiels et peu attachants. Une grande déception vis-à-vis le talent réuni.
C'est d'autant plus dommage que la musique extrêmement mélodique de Dickon Hinchliffe donnait le goût de rêver et de s'envoler vers les cieux. Correcte dans son ensemble, la piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 fait ressortir des différentes enceintes des bruits de voitures, d'oiseaux et de balles, tout en rendant généralement clairs les dialogues. De très visibles sous-titres blancs en anglais et en espagnols sont disponibles lorsque les acteurs tendent à mâcher leurs textes. La photographie de l'excellent Christopher Doyle est, comme toujours chez lui, tout simplement superbe. Elle est soutenue par des images tendues où le grain et des contrastes un peu sombres finissent par rendre les armes devant l'étendue des détails, la qualité des teintes et la richesse des couleurs. La pochette rouge, orangée, blanche et couleur peau montre le visage des trois protagonistes ainsi qu'un ciel nourrit d'espoir. Le menu principal du DVD déploie un harmonieux montage de scènes que semble soutenir une agréable mélodie lyrique. L'unique supplément est une bande-annonce qui est plutôt convaincante.
Réflexion sur la vie, la mort, rédemption et l'amour, "Passion Play" est une œuvre aussi ambitieuse que ratée, qui se laisse néanmoins regarder avec un certain intérêt, seulement pour voir à quel point il est primordial d'imbriquer sa matière première afin d'obtenir un quelconque résultat satisfaisant. Tout le monde aurait voulu faire un film avec de tels interprètes, les cordes d'Hinchliffe et la caméra de Doyle, mais certainement pas de cette façon-ci. Le réalisateur Mitch Glazer a eu beaucoup de courage de poursuivre ainsi et peut-être qu'un jour, cet essai sera reconnu à sa juste valeur. Mais pour l'instant, il s'agit d'une grande et spectaculaire débâcle, un massacre sirupeux qu'il faudra essayer d'oublier.
| Film | 4 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |