Depuis les belles années de Humphrey Bogart dans son rôle de détective privé du Maltese Falcon ou des classiques des années quarante comme Touch of Evil d'Orson Welles ou Where the Sidewalk Ends d'Otto Preminger, le genre cinématographique appelé film noir n'a jamais perdu ses adeptes, autant dans le public que chez les artisans du cinéma eux-mêmes. En effet, bien que la période hollywoodienne classique de ce genre de film fût les années quarante et cinquante, chaque décennie a vu surgir des hommages ou des pastiches du genre. Certains mieux réussis que d'autres il est vrai, qu'on pense à Chinatown de Polanski ou au plus récent L.A. Confidential de Curtis Hanson.
Avec "Peeper", sorti en 1975, le réalisateur Peter Hyams a non seulement voulu rendre hommage au genre en y intégrant tous les éléments indispensables, entre autres le détective privé paumé et désabusé, la femme fatale riche et dangereuse et l'intrigue tordue, mais il a en même temps essayé d'améliorer le tout en y ajoutant une histoire compliquée, des dialogues intelligents et une certaine dose d'humour. Or, c'est peut-être ce qui nuisit au film à l'époque de sa sortie et aujourd'hui encore. Si on regarde les classiques du genre, on s'aperçoit que non seulement sous des dessous compliqués l'histoire en est banale (un revirement ou deux plus tard...) mais qu'à part les courtes répliques cyniques et intelligentes lancées par le détective/héros il n'y a pas un gramme d'humour dans le scénario. Les méchants sont seulement diaboliquement méchants, les femmes fatales sont strictement sensuelles et perverses et le détective et les policiers sont des professionnels faisant, cyniquement ou non, leur boulot.
Dans "Peeper" on retrouve beaucoup d'échanges savoureux entre Michael Caine, le détective privé immigré d'Angleterre, et Natalie Wood, la riche et dangereuse héritière californienne. Car bien entendu le film se passe en grande partie à Los Angeles, ville fétiche des romanciers "noirs" (bien que la majorité, si ce n'est la totalité, d'entre eux aient étés et soient encore blancs de peau!) comme Raymond Chandler. Après quelques péripéties embrouillées dans la ville des anges, où Michael Caine s'enfonce dans une intrigue de plus en plus complexe et un crime incompréhensible, on se retrouve finalement sur un paquebot de croisière pour le dénouement final du film. Peeper est tout de même un film divertissant même si on est bien loin des chefs-d'œuvre auxquels il veut rendre hommage. On s'est même permis, d'entrée, une belle originalité: le film commence avec une allée sombre et le bruit de la ville en arrière-plan; un personnage marche vers la caméra avec son imperméable et son chapeau baissé sur les yeux; il allume une cigarette puis relève la tête, regarde la caméra et de sa voix bogartienne (!) nous récite le générique du film.
En suppléments on a deux petites revuettes. La première est une courte entrevue avec le réalisateur à propos de "Peeper" où il nous parle des difficultés à s'entendre avec le studio et du succès mitigé du film. La deuxième, très intéressante, est une revuette avec de nombreuses entrevues de spécialistes, autant scénaristes qu'historiens du cinéma, sur le film noir à Hollywood. On apprend entre autres que l'éclairage typique du genre, c'est-à-dire une lumière très crue et puissante venant de l'arrière avec des ombres gigantesques et des zones sombres, est né non pas pour des raisons artistiques, mais bassement économiques. En effet les directeurs photo de l'époque de ce genre de films qui était considéré mineur, n'avaient accès qu'à peu d'équipement et à des décors réduits. D'où l'astuce de ne mettre qu'une seule lampe qui n'éclairerait que la partie valide (construite et peinturée) du décor!
Au niveau de l'audio et de la vidéo, quoiqu'on ait fait un transfert honnête, encore une fois un petit peu plus de travail aurait été le bienvenu. De petits accrocs dans la bande sonore et certains défauts mineurs sur la pellicule auraient bénéficié d'un léger nettoyage ou rajeunissement. Toutefois, ce sont des petits riens qui ne nuisent en rien au film et qui ne font que nous rappeler une certaine époque.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |