L'acteur et cinéaste Kenneth Branagh sera toujours associé à l'œuvre de Shakespeare. Comment peut-il en être autrement avec ses excellentes transpositions de Henry V, Much Ado About Nothing et Hamlet au grand écran? Mais le maître de la prose n'est pas seulement sa seule source d'inspiration. Tout ce qui touche la scène de près et de loin est dans sa mire et ce, même si le résultat se veut nettement plus contemporain. C'est un peu le cas de "Peter's Friends" qui pourrait facilement être du théâtre filmé. C'est qu'il n'y a pratiquement que des dialogues.
Dix années après leur université, des hommes et des femmes qui ont longtemps noué des liens d'amitié se réunissent pour fêter la nouvelle année dans le manoir de Peter (Stephen Fry). Il y a Andrew (Branagh) qui est marié à l'actrice Carol (Rita Rudner), Roger (Hugh Laurie) et Mary (Imelda Staunton) qui sont toujours hantés par la mort d'un de leurs enfants, la nymphomane Sarah (Alphonsia Emmanuel) qui débarque avec son nouvel amant (Tony Slattery) et la célibataire Maggie (Emma Thompson) qui aimerait bien avouer ses sentiments au bizarre Peter. En l'espace de quelques journées, ces adultes qui ne le sont pas toujours se rapprocheront ou s'éloigneront, en tâchant bien de se dire leurs quatre vérités, et ce, même si le risque de disputes est toujours de mise.
À bien des égards, "Peter's Friends" pourrait ressembler à une version britannique du très bon The Big Chill. Ce titre sorti 1992 ne souffre toutefois jamais des comparaisons avec le long-métrage que Lawrence Kasdan a réalisé en 1982. Bien au contraire. Les répliques sont à la fois mordantes, acerbes, drôles et spirituelles. L'équilibre est tout à fait réussi entre le rire et le drame qui apparaît par quelques touches plus tristes. Le rythme certain et la mise en scène assurée (joli petit plan séquence dans la rencontre des anciens camarades) permettent d'offrir toute la latitude voulue à ces personnages qui sont à la fois attendrissants et pas toujours aimables. Aucun interprète ne sort du lot, car c'est leur cohésion d'ensemble qui donne au film son charme certain. Tony Slattery et Rita Rudner (qui a également co-écrit le scénario) sont les éternels fatigants, Emma Thompson la gaffeuse par excellence, Imelda Staunton la mère hyper protectrice et c'est principalement par le Andrew de Branagh qu'arrivent les gags. Et au passage, il ne faudrait surtout pas oublier la réservée Phyllida Law (la mère de Thompson dans la vraie vie!) en vieille ménagère compréhensive.
La trame sonore est particulièrement luxueuse. Elle va de Tears For Fears à Eric Clapton en passant pour Queen, Cyndi Lauper, Tina Turner et Bruce Springsteen. La musique est généralement descriptive et elle est là pour camper l'atmosphère. Les pistes sonores en anglais, en français et en espagnol en Dolby Digital 2.0 sont timides, laissant à peine échapper des bruits d'oiseaux et de sifflements de train des différentes enceintes. Mais ce n'est pas grave. Les voix ne sont jamais entravées (elles auraient toutefois pu être plus élevées) et les beaux sous-titres blancs permettent de ne rien manquer.
Les images, sans être extraordinaires, demeurent solides. Le niveau des détails est excellent et les couleurs sont plus qu'honorables. Au début, les séquences en noir et blanc ressortent sans aucun problème. Les contrastes sont acceptables sans être parfaits et la présence de blocage ne vient jamais gâcher le produit final.
La pochette est étonnamment décevante. Montrer le visage de quelques personnages n'est pas le geste le plus original de la planète. C'est un peu ce qui est repris sur le menu principal du DVD. Un fond vert ordinaire, une photo statique peu inspirante et aucune musique. Grosse déception. Tout autant que de ne retrouver aucun supplément pour agrémenter le visionnement.
"Peter's Friends" est loin d'être une œuvre facile et légère. Les gens se cherchent, se découvrent, se rejettent et se retrouvent en riant et en pleurant, mélangeant au passage l'amour, le sexe et l'amitié sans jamais tomber dans le mélo. Cela donne un petit film extrêmement sympathique et divertissant porté par des acteurs convaincus qui prennent un malin plaisir à se disputer. Un bon Branagh, un réalisateur qui s'est fait rare dernièrement et qui est revenu en force en 2007 avec le mignon et inoffensif As You Like It et le remake ingénieux de Sleuth.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |