C'est parfois en visionnant des films vieux de plus de dix ans que nous nous rendons compte à quel point nous avons progressé en tant que société. "Philadelphia" est une de ces productions qui permettent de remarquer ce changement. Présentant un sujet qui à cette époque était complètement tabou, l'homosexualité, ce film nous ouvre les yeux sur le calvaire que les personnes différentes devaient subir à cause d'une vision sociale trop conservatrice. Bien sûr, ces préjugés ne sont pas complètement disparus, mais force est de constater que nous avons fait beaucoup de chemin depuis dix ans.
Andrew Beckett, dit Andy, est un brillant avocat en pleine ascension vers la gloire. Embauché dans une firme renommée, ses patrons viennent tout juste de lui confier un de leurs plus importants dossiers, signe important de la confiance qu'ils ont en lui. Tout à coup, c'est la catastrophe: le jour de la date limite de production, le document sur lequel Andy a travaillé des heures interminables afin de démarrer cette importante cause a disparu! En fait, la perte mystérieuse est l'excuse que les dirigeants de la firme ont trouvé pour motiver le congédiement qui s'ensuit. Mais Andy a une toute autre version: selon lui, la firme l'a mis à la porte parce qu'il est homosexuel et atteint du sida, nommé à cette époque le "cancer des gais". Il désire alors poursuivre ses employeurs pour congédiement injustifié, et ce, avec l'aide de Joe Miller, un avocat noir tout ce qu'il y a de plus homophobe. D'ailleurs, ce n'est qu'après de longs moments d'hésitation qu'il accepte finalement le mandat qui sera sûrement l'un des plus importants de sa carrière, tellement la lutte s'annonce chaude entre Andy et ses anciens patrons, sans compter la controverse dans laquelle il se trouve plongé.
Le menu est assez sobre, étant représenté en quasi-totalité par la couleur grise: l'arrière-plan nous montre la ville de Philadelphie pendant qu'une musique très douce se fait entendre. Des extraits du film se déroulent dans deux petits écrans rectangulaires à gauche des options.
Comme toute édition spéciale qui se respecte, les suppléments sont présents en grande quantité. D'abord, nous pouvons ajouter au plaisir du visionnement du film six scènes supprimées qui, à mon avis, auraient eu leur place dans le montage final. Nous y voyons un aspect psychologique encore plus développé, de même que des moments relativement forts, tels une scène allongée des délibérations du jury, de même que des moments passés dans l'intimité du couple formé par Andy et Miguel. Il est très évident que l'image n'a pas été retravaillée dans ces scènes, puisque la qualité est quelque peu déficiente, mais cela demeure quelque chose à voir. Nous pouvons ensuite visionner deux documentaires, le premier portant sur la création du film de A à Z. Nous apprenons comment les différentes personnes de l'équipe de production ont été sensibilisées à la cause du sida, les raisons qui les ont poussés à participer à la production, le choix des acteurs, l'embauche de réels séropositifs dans la distribution (dont Ron Vawter, que nous avons vu notamment dans The Silence Of The Lambs ainsi que Twister), le choix de la chanson-thème de "Philadelphia" ainsi que plusieurs autres thèmes similaires. Bien qu'il soit un peu long, cela vaut la peine de visionner le documentaire en entier tellement il nous donne d'informations intéressantes et touchantes. Le deuxième documentaire, "One Foot On A Banana Peel, The Other Foot In The Grave", a été réalisé par Juan Botas, un séropositif qui est décédé peu après le tournage. Il nous amène passer quelques temps dans la Dolly Madison Room, une salle de traitement réservée aux personnes atteintes du sida, dont certaines ont également apparu dans "Philadelphia". Des entrevues avec les patients ainsi que les employés nous en apprennent un peu plus sur le style de vie mené par ces gens ainsi que les impacts des traitements. Ce court documentaire est criant de vérité, très touchant, et aussi très déprimant, surtout lorsque nous voyons que la plupart des hommes que nous y voyons nous ont quitté depuis.
Mis à part les documentaires, il reste encore beaucoup de matériel à visionner. Un des extras nous montre le tournage de la scène durant laquelle Andy et Joe sortent du Palais de justice et sont accueillis par plusieurs journalistes et manifestants. Ce supplément nous montre beaucoup plus de commentaires recueillis par les journalistes parmi les manifestants. Certains sont plein d'espoir, d'autres carrément choquants. Ensuite, nous pouvons découvrir le vidéoclip de "Streets Of Philadelphia", la chanson-thème interprétée par Bruce Springsteen. À noter que cette composition a obtenu l'Oscar de la meilleure chanson originale de film en 1993. S'ensuit un documentaire sur la production plus traditionnel, où les personnages sont présentés par leurs interprètes et où le réalisateur nous fait entrevoir l'expérience qu'a pu être le tournage de Philadelphia. Nous pouvons assister à un petit brin d'originalité en visionnant la publicité télévisée de Joe Miller, l'avocat qui a défendu les intérêts de Andy, pub dont nous pouvons voir un court extrait durant le film à travers la télévision de l'hôpital. Pour pouvoir apprécier la qualité de la distribution et de l'équipe de production à leur juste valeur, une filmographie est présentée pour sept membres de l'équipe, qui ont un CV assez impressionnant. Les bandes-annonces pro Tom Hanks sont présentées, soit celles de "Philadelphia", A League Of Their Own et Sleepless In Seattle.
Tous ces suppléments se retrouvent sur le disque deux, mais en insérant le disque un, nous pouvons visionner, en plus du film, une piste de commentaires animée par Jonathan Demme et Ron Nyswaner, en leur qualité respective de réalisateur et scénariste. Cette piste est légèrement superflue en ce que plusieurs des thèmes abordés au cours du visionnement ont déjà été effleurés dans l'un ou l'autre des nombreux suppléments. Heureusement, ils sont un peu plus détaillés, alors l'intérêt est toujours présent.
La qualité a été nettement améliorée par rapport aux éditions précédentes: l'image reste très neutre à cause des tons gris et bruns utilisés à profusion. Nous ne saurions cependant nous en plaindre, puisque le film n'est pas tout à fait ce que je qualifierais de joyeux. Par contre, les traits sont clairement définis et la luminosité fait ressortir tous les détails de l'image. Les seuls passages où l'écran devient flou sont surtout dans les gros plans, puisque l'emphase est mise sur un élément en particulier. Du côté sonore aussi, nous avons monté d'un cran: l'équilibre est excellent entre les scènes fortes et celles plus basses afin de nous faire ressentir chaque émotion partagée par les personnages. La musique joue toujours très discrètement, ce qui donne un air mélancolique tout à fait à propos.
Cela fait plusieurs fois que je vois "Philadelphia", mais mes larmes ne peuvent s'empêcher de couler bêtement à chaque visionnement. Les acteurs nous offrent tous des performances émouvantes et très véridiques, qui valait bien l'Oscar gagné par Tom Hanks. Nous ne pouvons passer à côté de la méchanceté dont fait preuve la société vis-à-vis les homosexuels, pas plus que la douleur ressentie par ces personnes pour la plupart abandonnées à cause de leurs habitudes de vie marginales. Bref, c'est un film qui ne manquera pas de vous toucher.
| Film | 9 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |