"Pinky" raconte l'histoire d'une jeune fille noire à la peau très claire qui retourne dans son village natal auprès de sa grand-mère, Aunt Dicey (Ethel Waters) après avoir terminé ses études d'infirmière à la ville. Le fait qu'elle soit blanche de peau lui a permis d'étudier dans une école prestigieuse et même de se fiancer à un jeune médecin blanc. Évidemment, son promis ignore complètement qu'elle est noire. Alors qu'elle visite sa grand-mère, Pinky devient l'infirmière privée de Miss Em (Ethel Barrymore, comme toujours très juste), une vieille dame qui est un peu la protectrice de Aunt Dicey. À sa mort Miss Em laisse en héritage sa propriété à Pinky. Les notables de la ville sont scandalisés du fait qu'une noire hérite d'une propriété et Pinky est accusée d'avoir influencé Miss Em dans l'élaboration de ses dernières volontés. Un retentissant procès s'en suivra, dont je vous laisse deviner l'issue...
Évidemment, Elia Kazan sait faire des films. La réalisation de "Pinky" est parfaite. Certaines scènes sont même très poignantes. Mais seulement voilà, pour apprécier cet opus mineur de sa filmographie, il faut accepter le fait que Jeanne Crain (qui ne peut être plus blanche) incarne une femme à la peau noire. Kenneth Geist, l'historien du cinéma qui commente le film dans le supplément, rappelle justement que "Pinky" fut conspué par de nombreux critiques à l'époque à cause de la décision du réalisateur d'utiliser une actrice blanche pour jouer l'héroïne. Geist fait tout de même remarquer qu'il était très rare à l'époque que l'on utilise une véritable noire à la peau claire pour ce genre de rôle. Pourtant, Fredi Washington, une vraie comédienne noire à la peau claire avait fait une certaine carrière au début des années 1930, entre autres dans Imitation of Life. En 1949, près de vingt ans plus tard, il aurait donc dû être possible de trouver une telle comédienne pour jouer Pinky. Car enfin, il ne s'agit pas ici d'une personne mulâtre, mais bien d'un personnage dont les deux parents sont noirs. Et rien, ni dans les traits, ni dans la chevelure ne trahit les origines du personnage. Partant, on ne peut adhérer complètement aux déboires de l'héroïne.
Comme dans plusieurs des films de Kazan, il est question ici de tolérance. On retrouve une trame semblable à celle utilisée deux ans plus tôt dans Gentleman's Agreement qui traitait d'antisémitisme. Comme le personnage de John Garfield dans ce dernier film, Pinky ne pourra être heureuse que lorsqu'elle s'acceptera comme personne noire. De plus, Aunt Dicey et Miss Em lui font prendre conscience, qu'il n'est pas tout d'affirmer ses origines. Il faut également aider sa communauté dans la mesure de ses moyens. Pour faire cela, Pinky devra abandonner l'homme qu'elle aime.
Jeanne Crain fait ce qu'elle peut pour que l'on croit à son personnage. Pour moi, ce fut peine perdue. Par contre, j'ai bien apprécié le jeu d'Ethel Waters. Cette actrice noire a toujours été dans l'ombre d'Hattie MacDaniel (la Mammy de Gone with the Wind) et c'est bien malheureux, car elle possède un jeu très juste. La scène de son interrogation durant le procès est fort touchante. Quant à Ethel Barrymore, elle est fidèle à elle-même, c'est à dire majestueuse.
L'édition DVD est bien, mais sans plus. L'image montre des arrière-plans flous à plusieurs reprises. De plus, la bande sonore est très moyenne. On a dû faire ce qu'on a pu pour la restaurer, mais par moments, il y a beaucoup de distorsion et de crépitements. Comme supplément, on nous offre un commentaire du film par l'historien du cinéma Kenneth Geist, commentaire généralement très pertinent et que j'ai bien apprécié.
"Pinky" est loin d'être le meilleur film de Kazan. Par contre, il possède de belles qualités qui rendent son écoute agréable. Ne serait-ce que pour découvrir Ethel Waters, je conseille l'écoute de ce film.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 5 |