Petit film américain extrêmement marginal, "The Pleasure of Being Robbed" va jusqu'au bout de son sujet limité, découvrant un metteur en scène prometteur et une exquise comédienne en Eléonore Hendricks.
Eléonore (Eléonore Hendricks) habite New York et elle ignore comment sera composé demain... ou même aujourd'hui. Elle passe son temps à errer dans la ville, volant les gens qu'elle rencontre, simplement pour être en contact avec leur intimité. En compagnie de son ami Josh (Josh Safdie), elle décide de partir avec une voiture et de rouler jusqu'à Boston.
Vaguement inspiré du mouvement de la Nouvelle Vague des années 1960, ce long-métrage prometteur sent l'évasion. Les dialogues semblent improvisés, les acteurs ne sont pas loin de jouer leur propre rôle et le ton réaliste intéressera d'emblée les amateurs du genre. Il est question de liberté, de ses conséquences sur les individus et sur la propension de l'être humain à vouloir s'échapper des cadres modelés et fermés de la société.
En résulte un essai qui cherche parfois son fil conducteur, ce qui est tout à fait normal avec son synopsis. En revanche, ces 70 minutes qui ont énormément voyagé dans les festivals mondiaux ne ressemblent à presque rien de ce qui prend normalement l'affiche. Cela permet surtout de découvrir Eléonore Hendricks, une femme énergique, à la fois attachante et déstabilisante, qui n'a rien à envier à l'héroïne du mignon Happy-Go-Lucky de Mike Leigh.
La caméra nerveuse offre une image souvent artisanale, ponctuée de grain, d'égratignures, de contrastes un peu trop sombres et de couleurs peu égayantes. Le rendu est flou et c'est voulu ainsi, donnant un style fauché à la production. Les mélodies variées sont généralement jazzés, allant en zigzague, à l'image de ce récit en apparence désordonné. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 2.0 s'avère toutefois moyenne, avec ce bruit de la circulation qui entrave parfois les dialogues. D'assez visibles sous-titres jaunes sont heureusement disponibles.
La superbe pochette dans le style des éditions Criterion montre la protagoniste marcher devant une surface instable, mais si égayante à regarder. Le menu principal du DVD offre un plan presque fixe et sans symphonie. L'écriture des éléments (scènes, bonus, etc.) est personnalisée, quoique le tout ne se déchiffre pas aisément. Les suppléments regroupent cinq potables courts-métrages (trois ne dépassent pas une minute, les deux autres reprennent quelques enjeux préalablement explorés) et une très spéciale piste pratiquement sans commentaire où de la musique accompagne les évènements. Il n'est pas rare que le mixage fasse rire par sa superposition de pièces connues ou de moments de rock indépendant.
"The Pleasure of Being Robbed" est une expérimentation, une parenthèse sans forme ni chaîne en rupture avec les sorties traditionnelles. Ce n'est pas toujours convaincant et le film semble parfois traîner en longueur, sauf que son sentiment de liberté est palpable, prouvant encore une fois qu'il est possible de réaliser des petits trésors sans énorme budget, pourvu qu'il y ait un peu d'ingéniosité et d'agréables personnes à filmer. C'est le cas et c'est déjà pas mal.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 5 |