"Primal Fear" est le film qui a lancé la carrière de l'excellent Edward Norton. Treize années après sa sortie, pourquoi ne pas revoir ce thriller haletant qui s'avère aisément un des dix meilleurs suspenses des années 1990?
L'archevêque de Chicago a été assassiné. Le principal suspect est un enfant de chœur (Norton) dont la fuite a été filmée à la télévision. Pour s'assurer de sa condamnation, l'État dépêche ses meilleurs avocats, et c'est Janet Venable (Laura Linney) qui sera le procureur de la couronne. Afin de le sauver d'une mort certaine, le célèbre et arrogant Martin Vail (Richard Gere) décide de prendre l'affaire en main, évoquant la présence d'un troisième homme sur le lieu du crime. Afin d'innocenter son client, il devra toutefois trouver cette personne qui manque mystérieusement à l'appel.
Ce premier long-métrage de Gregory Hoblit (l'homme derrière les potables Fallen et Frequency) est également son meilleur. Contrairement à ses ordinaires Hart's War et Untraceable, le récit est mené de main de maître, laissant aucune place au hasard. Sa mise en scène est assurée, ses dialogues sont mordants et son suspense s'avère omniprésent, laissant littéralement pantois lors d'une révélation finale qui, si elle ne déloge pas celle de The Usual Suspects et de Fight Club en terme de virtuosité, demeure tout de même diablement efficace.
Ce qui fait défaut à la plupart des adaptations de livres de John Grisham et au précédent Fracture du même cinéaste est ici enrayé. La direction artistique est maîtrisée et les comédiens mordent à belles dents dans leurs beaux personnages. Rarement Richard Gere aura été aussi charismatique et flamboyant. Il enjôle tout le monde de son charme à la George Clooney, livrant des sourires en coin et des répliques d'un humour certain en s'assurant d'être toujours convaincant. Face à lui, il y a un déstabilisant Edward Norton qui se révèle surprenant. Et une belle distribution secondaire comprenant une implacable Laura Linney, une suave Frances McDormand et un John Mahoney facilement détestable.
Même si le tout se déroule au tribunal et dans ses coulisses, l'œuvre ne manque pas d'action et de rebondissements. En fait, les temps morts sont rares et des intrigues moins importantes viennent étoffer la principale trame narrative. Ce rythme fluide baigne dans une subtile musique de l'expert James Newton Howard qui sait parfaitement allier airs populaires et élans dramatiques. L'idéal pour que les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 parsèment de bruits divers (des applaudissements, la sonnerie d'un téléphone, les hélices d'un hélicoptère, etc.) les différentes enceintes tout en gardant le gouvernail sur les importants dialogues. Les images, précises sans être spectaculaires, offrent un bon niveau de détails et des couleurs justes qui auraient pu être plus attrayantes. Les contrastes sont cependant solides, faisant presque oublier le grain qui est présent à quelques endroits.
Le boîtier jaune et blanc est présenté dans un sac en plastique scellé, comme si l'objet était une preuve à conviction! Très original. Le menu principal du DVD offre un intéressant montage de scènes sur une mélodie incroyablement émotive. Les suppléments sont présentés en trois catégories distinctes. Les bonus superficiels sont ces publicités diverses et l'honnête bande-annonce originale. Il y a ensuite trois documentaires sur le tournage. Le premier intitulé "The Final Verdict" permet aux différents artisans de remonter dans le temps en élaborant les bases du projet, le soin apporté à cette finale et la nécessité de couper ce qui était au départ un long-métrage de trois heures! Il y a ensuite "Star Witness" qui analyse plus en détail le choix des acteurs et leur apport au projet final. Le dernier segment complète le tout en explorant des cas pathologiques cliniques et en extrapolant sur de possibles maladies qui peuvent dérégler l'organisme. Il y a finalement une piste de commentaires du cinéaste Gregory Hoblit, de la directrice de casting Deborah Aquila, de la scénariste Ann Biderman, du producteur Gary Lucchesi et du producteur délégué Hawk Koch. Malgré tout ce beau monde présent à la même enseigne, les informations nouvelles qui en ressortent ne sont pas légion.
"Primal Fear" est un étonnant suspense qui se regarde toujours avec beaucoup de plaisir. Sans être une œuvre ayant marquée son époque, il s'agit indéniablement d'un plaisir coupable qui se laisse savourer par sa réalisation béton, ses magnifiques interprètes et ses dernières scènes qui donnent la chair de poule.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |