Les mystères de la vie ont toujours fasciné l'homme, mais qu'est-ce qui se passerait si un jour celui-ci réussissait à en élucider un? Il n'y aurait plus aucune limite à ce qu'il pourrait accomplir, mais comme n'importe quoi rien n'est tout blanc ou tout noir. "Primer" nous confirme que toute découverte a son prix et impose un envers du décor. Ce premier film du réalisateur Shane Carruth s'inscrit dans la veine des films complexes qui nous laissent perplexes et un peu sur notre faim. Pour moi, il fait partie de la même catégorie que Memento et Donnie Darko, un film sombre, incompréhensible à la première écoute, mais qui nous fascine et nous transporte dans un univers où le chaos nous mène vers une "logique ambiguë".
Sans aucune prétention, ce film présente la vie de deux jeunes ingénieurs travaillant de jour pour une grande firme et comblant leurs soirées à développer de nouvelles expérimentations dans le garage de l'un d'eux. Celles-ci porteront fruit puisqu'elle leur permettra de mettre à jour un moyen de réduire la masse des objets en coupant l'attirance du champ gravitationnel. Cette découverte s'avérera être beaucoup plus importante qu'ils semblaient le penser à première vue et elle permettra à nos deux jeunes protagonistes beaucoup plus qu'une simple réduction de la masse. Ce plus, on ne sait pas vraiment ce qu'il est, il rend le spectateur aussi perplexe que les personnages, je pourrais y aller avec mes suppositions, mais je ne veux pas vous révéler le film. Il est beaucoup plus intéressant à regarder en essayant de bien comprendre ce qu'il arrive et en y allant de nos propres conclusions, car le film ouvre des portes à plusieurs théories.
Ce film n'est vraiment pas long, mais il nous captive dès les premières minutes par la complexité des discussions et des événements, mais aussi parce qu'il commence dans le feu de l'action et l'on doit prendre en considérations toutes les données pour réussir à bien se situer avec les personnages, les lieux et l'action. "Primer" est dénudé d'effets spéciaux et opte pour le ton neutre de la caméra épaule et des plans simples ce qui permet la création d'un univers réel qui nous semble très loin du film de science-fiction, même si c'est de cela qu'il s'agit. De plus, il est monté et tourné comme s'il avait été filmé par des amateurs – par exemple, les scènes se déroulant le soir et filmées dehors ne sont pas très nette et l'on voit qu'aucun équipement de nuit n'a été installé ce qui donne une image sous exposée, donc beaucoup moins nette et belle avec de gros grains - mais je vous garantis qu'il ne nous laisse pas l'impression d'avoir été fait par des amateurs. Au contraire, le spectateur est extrêmement bien manipulé et les événements s'imbriquent naturellement et ils sont ingénieusement pensés. J'ai pris le temps d'écouter le film à deux reprises avec des amis différents et chaque visionnement a été suivi d'une longue discussion pour essayer de vraiment comprendre ce que les jeunes ingénieurs avaient réellement réussi à accomplir. Je suis certaine que je pourrai le réécouter encore plusieurs fois et j'y découvrirai de nouveaux éléments m'ayant échappé antérieurement.
Les images et les plans témoignent du faible budget de tournage. Il y a beaucoup de contraste entre chaque scène et presque aucun des plans se succédant n'ont la même intensité, la même clarté et la même lumière. L'image est rarement parfaite, on joue beaucoup avec la profondeur de champ, la netteté, les ombrages et l'image sans défaut laisse place à son antithèse. La bande sonore est très fidèle à l'image en ne se voulant pas impeccable. Le niveau sonore fluctue, mais est tout de même très bien audible, on ne manque rien des dialogues. Encore une fois, il n'y a aucun effet sonore recréé et la trame se veut sans prétention. Il y a peu de suppléments sur cette édition DVD qui propose simplement deux pistes sonores avec commentaires. La première est proposée par le réalisateur. Carruth parle beaucoup du tournage, des techniques utilisées, ces choix esthétiques et du film en général. Heureusement, il ne dévoile pas tout aux spectateurs en expliquant les événements et le pourquoi des choses. Tandis que la 2e est aussi présentée par le réalisateur, accompagné cette fois-ci des comédiens et de l'équipe de tournage. Je dirais que cette trame sonore ressemble beaucoup à la première par ces propos, sauf qu'elle est plus animée et dynamique puisqu'ils sont plusieurs à interagir.
Je dois avouer lors de la première écoute, je n'étais pas certaine d'avoir aimé le film, mais plus j'y pensais et que j'essayais de comprendre l'histoire plus je me rendais compte de l'ingéniosité de celui-ci. Lors du 2e visionnement, j'ai vraiment été captivée par le film en essayant de confirmer mes différentes hypothèses, mais aussi en découvrant de nouveaux aspects. Un petit film qui vaut vraiment la peine d'être découvert par tous ceux qui aiment les films complexes, mais aussi par ceux qui aiment les films de science-fiction avant-gardistes et les nouvelles technologies. Plusieurs termes scientifiques augmentent la difficulté de compréhension et obligent le spectateur à se casser la tête pour mieux suivre les inventions démontrées. Carruth révèle un talent inouï et il s'inscrit dans la lignée des films indépendants et ingénieux prouvant qu'on n'a pas besoin d'un budget hollywoodien pour réaliser un grand petit film.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |