Après plusieurs beaux documentaires humanistes, le cinéaste québécois Benoît Pilon se lance dans la fiction d'une brillante façon. Non seulement "Ce qu'il faut pour vivre" a raflé presque tous les prix importants sur son passage (Génie, Jutra, etc.), mais il s'agit d'un superbe poème sur le déracinement de l'être humain.
Dans les années 1950, la tuberculose fait des victimes partout sur son passage. Malade, Tivi (Natar Ungallaq) est rapidement transporté dans un sanatorium de la ville de Québec. Coupé de sa femme et de ses filles et ne connaissant pas un seul mot de français, cet Inuit perd de plus en plus le goût à la vie. Jusqu'au moment où son infirmière (Évelyne Gélinas) lui présente Kaki (Paul-André Brasseur), un jeune garçon qui comprend et parle son dialecte.
Cette histoire inspirée de faits véridiques a été écrite il y a plus de 15 ans par le vénérable Bernard Émond et ce n'est guère surprenant si elle a trouvé écho chez Pilon. Comme ses précédents documentaires (dont le sensible Nouvelles du Nord), il est question d'arrêter le temps et l'action pour permettre à la réflexion et à l'émotion d'apparaître. Tout est question d'amour, de filiation, de déracinement, de solitude et de mieux vivre avec la nature en place. Le traitement aurait pu être moralisateur (l'homme blanc qui joue à l'adulte avec l'autochtone) et, heureusement, ce n'est jamais le cas. Il s'agit plutôt d'une plongée dans la psyché humaine, entre noirceur et éclaircie bienfaitrice, qui permet d'en ressortir avec un sourire béat malgré l'aventure qui est loin d'être toujours positive.
Le sujet peut paraître lourd, avec son lot de silences, de longueurs et de métaphores. Sauf qu'il s'agit d'un des meilleurs films québécois à avoir vu le jour ces dernières années. La prémisse, à la fois anthropologique, politique, historique et humaniste, s'intéresse à des faits rarement traités à l'écran, et l'interprétation demeure à tout point impeccable. De la distribution secondaire (Vincent-Guillaume Otis, Louise Marleau, Denis Bernard, Luc Proulx, Guy Thauvette), mais surtout des principales têtes d'affiche. Héros de Atarnajuat, Natar Ungalaaq ressemble à ce rayon de soleil sous tant de nuages brumeux. Il ne perd jamais espoir, et son visage parle littéralement à sa place. À tel point qu'il arrive à transporter la lumineuse Évelyne Gélinas et le sobre Paul-André Brasseur vers de nouveaux sommets.
La jolie photographie n'hésite pas à utiliser des filtres (bleus, verts, etc.) pour décrire l'état d'esprit de son protagoniste. Les images précises et réalistes sont accompagnées d'une multitude de détails singuliers. Les couleurs ne sont pas trop éclatantes, les contrastes demeurent justes et la définition des contours est d'une précision inouïe. Les pistes sonores francophones sont étonnamment immersives. Il y a continuellement du vent, des oiseaux, de la neige, des sons de bateaux ou de machines qui s'échappent des différents haut-parleurs, ce qui permet de mieux saisir la peur et le désarroi de Tivi. Les dialogues clairs sont accompagnés de très jolis sous-titres blancs. Fidèle complice des opus de Bernard Émond et de Catherine Martin, le compositeur Robert Marcel Lepage ressort ses sublimes cordes, ce qui amène beaucoup de classe et de grâce au résultat final.
La jolie pochette montre un lieu presque désert bercé par le soleil ambiant. Il n'y a que la terre, le ciel et un être humain. Le menu principal du DVD reprend presque ce plan, en demeurant malheureusement statique. Une splendide mélodie triste se fait toutefois entendre. Les suppléments comprennent la bande-annonce originale, une série de quelques publicités et un album d'intéressantes photographies. Il y a ensuite un document de 17 minutes. Ce segment, tourné dans le Grand Nord, montre l'équipe technique en pleine action, préparant des scènes pendant que le metteur en scène cherche à se faire comprendre par les comédiens inuits. Pertinent. Le bonus le plus nécessaire est toutefois cette fantastique piste de commentaires. De sa voix posée, Benoît Pilon se plaît à décrire ce qui se déroule sous ses yeux, y allant de quelques réflexions personnelles ou d'anecdotes savoureuses, comme cette neige qui ne tombait jamais aux bons moments. Cela permet de voir le long-métrage différemment, ce qui n'est pas plus mal.
En compagnie de Tout est parfait, "Ce qu'il faut pour vivre" est probablement le meilleur film québécois qui a pris l'affiche en 2008. Les acteurs sont impressionnants, les thèmes explorés touchent aisément et la sensibilité de son auteur et de son cinéaste transcende rapidement. Un beau drame lumineux comme il s'en fait trop rarement qui ne peut que bercer le cœur et l'âme.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |