Le Chalet
Les Productions SPASM

Réalisateur: Jarrett Mann
Année: 2006
Classification: 13+ (QC)
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 15
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
13 août 2006

Pas besoin de fonds incommensurables de Téléfilm Canada et de la SODEC pour réaliser des œuvres québécoises. Après le récent et troublant Les États Nordiques qui montrait la fuite d'une âme perdue, "Le Chalet" arrive finalement en DVD avec sa vision aérée des relations entre les hommes et femmes dans une société à la déroute.

Des jeunes Québécois se rencontrent une dernière fois avant le départ d'un des membres de la bande. C'est lors de cette fin de semaine de bière, de drogue et de soleil que des amis se rapprocheront ou s'éloigneront au fil de conversations, de nuits agitées et de sentiments inavoués. Pour ces filles et ces garçons cherchant leur place dans la vie, rien de plus difficile que de ne pas décevoir les gens les entourant.

Produit et réalisé par l'équipe du Festival SPASM (qui présente une série de courts-métrages de genres au Club Soda de Montréal dans les alentours de l'Halloween), "Le Chalet" a la particularité de n'être ni horrifique ni porté sur la science-fiction. C'est plutôt un essai ultra fauché, réalisé en une semaine avec un budget de 8000 dollars, qui flirte avec des thématiques pas trop éloignées du célèbre Le déclin de l'empire américain. Des gens de sexe opposé discutent, il ne se passe pas grand-chose et à la fin, la tension se règle autour d'une table.

Tout dépendant de la nature du regard, le visionnement peut être à la fois terriblement lassant ou assez énergisant. Les dialogues sur le présent et l'avenir manquent souvent de tonus. Ils semblent récités, franchement moralisateurs (c'est sûr qu'il ne faut pas abandonner ses rêves) et sans grande subtilité. La trame narrative est également peuplée de lieux communs. Partir en forêt équivaut nécessairement à la consommation de drogue et les chansons au coin du feu? Les personnages représentent rarement la réalité, ils vivent dans une bulle imperméable. Leurs interprètes ne sont pas toujours à l'aise, leur façon de toujours trop en mettre peut facilement faire rager.

La réalisation et le montage de Jarrett Mann sortent amplement des chemins battus. La multitude de "fades" pourra paraître monotone, mais les segments inversés, les plans-séquences, la manipulation de l'image, les ralentis réussis et les scènes coupées sont légions. Une leçon de cinéma pour s'évader de cette histoire au demeurant banale qui, heureusement, ne se prend au sérieux. Les sous-entendus sont nombreux et, s'ils ne sont pas toujours compréhensibles, ils s'avèrent souvent tordants.

À leur façon, l'utilisation de l'image et du son n'est pas totalement satisfaisante. S'appuyant sur le solide travail d'aKido, la trame sonore angoissante est beaucoup trop présente. Au départ, l'atmosphère créée est dans le ton. Sauf que ces airs technos reviennent sans cesse, noyant au passage le poisson. Par moments, la calibration des voix est bizarre. Des propos sont éloignés et inaudibles, alors que les suivants sont sans taches. Un problème qui ne peut être compensé par les sous-titres, inexistants. Les magnifiques paysages du Lac Xavier à La Conception dans les Laurentides sont brillamment utilisés. Rapidement, ce lieu de tournage devient un personnage à part entière. Malheureusement, le côté artisanal est problématique. Ce n'est pas l'aspect téléfilm ou vidéoclip qui irrite. Mais c'est plutôt cette luminosité inégale, ce grain omniprésent et ces contours accentués. Le blocage est permanent, les séquences près du feu sont envahies par des pixels affligeants.

Des pieds et un chapeau de cow-boy sont près d'un lac. Cette pochette sympathique est agrémentée de mots encourageants des Denys Arcand et autres Louis Saïa. Le menu principal immobile du DVD reprend ce thème simple en y rajoutant une pièce douce fort réussie. Tout aussi satisfaisant que le film (et même plus) sont ces suppléments irrésistibles. Trois minutes de "bloopers" présentent des bavures cocasses et des gens utilisant de nombreux sacres. Le documentaire sur la production d'une demi-heure est une occasion unique de se dilater la rate. Presque au jour le jour, le présentateur Benoit Guérard parle du tournage difficile, du manque de sommeil du réalisateur et de la création d'effets spéciaux. Il s'entretient avec les membres devant et derrière la caméra tout en passant des commentaires souvent hilarants. Il y a des farces insignifiantes et dégueulasses. Sauf que dans l'ensemble, le regard sur ce projet est un excellent indicateur de la façon dont se déroule un tournage.

Gentiment imparfait, "Le Chalet" est une honnête introduction de gens peu connus qui ne se laissent pas abattre par des subventions inexistantes. Le manque de budget est pallié par des efforts incommensurables qui ne sont jamais vains. Le prochain projet s'avère plus que prometteur.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments6
Vidéo3
Audio5