Adaptation cinématographique du populaire roman de Dany Laferrière, "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer" rappelle qu'il y a parfois un énorme faussé entre la littérature et le septième art. Si les écris pouvaient séduire par leur ton comique, il en va tout autrement de cet embarrassant long-métrage.
Vieux (Isaach de Bankolé) et Bouba (Maka Kotto) habitent Montréal. Pendant que le premier passe l'été à séduire les femmes, le second médite sur le sens de l'existence. Au fil de leurs rencontres, ils attireront sur eux le regard de dangereux criminels.
La renommée de Dany Laferrière n'est plus à faire. Alors que ses ouvrages remportent de nombreux prix partout sur leur passage, on a décidé de ressortir en DVD la transposition de "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer" qui a été réalisée en 1987. L'idée de se replonger dans le passé - en l'occurrence ici le premier livre de son auteur - demeure une bonne idée, surtout que le romancier a collaboré au scénario en compagnie de Richard Sadler. Le plaisir est toutefois de courte durée.
Dire que le film n'a pas bien vieilli est un euphémisme. Les clichés sont partout dans ce récit qui cherche à traiter de racisme, de sexisme, de sexualité et de classes sociales avec un grain de sel. Si l'humour était effectivement au rendez-vous, le tout aurait été plus supportable, sauf que ce n'est pas le cas. Les réflexions se veulent lourdes et appuyées, alors que les thèmes manquent de subtilité. Parfois, le cinéphile a l'impression de se retrouver devant une version cheap de l'œuvre culte Le déclin de l'empire américain, mais sans la finesse des dialogues et des situations.
Au contraire, tout y est grossi et malhabile. Les échanges entre les personnages ne sont jamais très crédibles, la mise en scène de Jacques W. Benoit n'est guère élaborée et le rythme manque de rebondissement. Reste les comédiens, généralement charismatiques, mais dont les personnages ne sont jamais très développés. Et c'est toujours un peu drôle de voir débarquer une multitude de visages connus (Roy Dupuis, Nathalie Coupal, Luc Picard, Patricia Tulasne, Julien Poulin, etc.) qui ne paraissent pas toujours très à l'aise dans des rôles si brefs et schématisés.
La musique de Manu Dibango fait sourire, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons. Une chanson de Claude Dubois débute dès la tombée du générique, venant rappeler - et souligner - ce qui a été mentionné précédemment. Extrêmement limitée, la piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 se limite à rendre audible les dialogues qui s'entendent correctement. Les images souffrent du poids des années. Il y a du grain et des égratignures, les couleurs semblent délavées et les contrastes demeurent un peu sombres. Rien pour arrêter le visionnement mais rien pour l'encourager non plus.
La pochette n'est pas particulièrement édifiante. Il y a une femme qui lit un livre et un homme qui est couché dans un lit. Le rendu "porno qui ne s'assume pas" s'applique totalement, ce qui n'est pas nécessairement une bonne chose. Une fois l'insertion du disque dans le lecteur, le long-métrage apparaît presque immédiatement à l'écran. Non seulement aucun supplément n'est disponible, mais aucun menu n'a été concocté!
"Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer" au cinéma est, tout au plus, une curiosité. On sent les répliques mordantes du livre, mais elles ne se matérialisent jamais. Au lieu de ça, on se retrouve avec une production gauche au potentiel jamais développé qui ne fait pratiquement jamais rire. Un grave problème pour ce qui est supposé être une comédie sociale et qui devient, au final, un conte moralisateur.
| Film | 4 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |