Continental - Un film sans fusil
Christal Films Distribution

Réalisateur: Stéphane Lafleur
Année: 2007
Classification: G (QC)
Durée: 103 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Archambault.ca

Selon Martin Gignac
4 mai 2008

Entre productions populaires sans subtilité et œuvres d'auteur trop pointilleuses se trouvent "Continental un film sans fusil", un hilarant premier long-métrage de Stéphane Lafleur. Le vent de fraîcheur peut enfin souffler.

Quatre destins se cherchent, se rencontrent et se ratent au détour d'une mystérieuse disparition. Il y a Lucette (Marie-Ginette Guay) qui n'est plus capable de vivre sans son mari, Marcel (Gilbert Sicotte) qui doit trouver de l'argent pour réparer ses dents, un Louis (Réal Bossé) perdu loin de son couple et la jolie Chantal (Fanny Mallette), une jeune femme cherchant désespérément le grand amour.

Un peu comme le Selon Charlie de Nicole Garcia, ces personnages sont des êtres de solitude. En voulant s'échapper de leurs conditions, ils finissent par s'unir. D'ici là, le portrait que pose son auteur est d'un réalisme à toute épreuve. Cette véracité est tellement éclatante qu'elle en finit par être pathétique. Les existences de ces hommes et de ces femmes sont ensevelies sous des manies et des commentaires qui font sourire du début à la fin. À ce chapitre, la ville baignée dans une pluie presque perpétuelle joue un rôle de premier plan. Tous les détails, décors et costumes reproduisent parfaitement ces états d'esprit vagabonds et cette façon pas toujours esthétique de s'habiller.

Un peu à la manière d'un Paul Thomas Anderson (et surtout de son très particulier Punch-Drunk Love), Lafleur sait assaisonner son récit de touches ludiques, parlant au passage de fantasmes, pour revenir à une réalité plus troublante. Il est surtout capable de diriger admirablement ses comédiens, les faisant naviguer sur des toiles peu étanches et ce, même s'il ne développe pas toujours parfaitement les diverses tranches de vie. La plus réussie demeure celle campée par Fanny Mallette, rayonnante de douceur et de beauté. Même si la comédienne est tout aussi talentueuse (et même plus) que les Karine Vanasse et Marie-Josée Croze de la planète, son nom apparaît trop rarement au générique des productions québécoises, ce qui est tout de même incroyable.

Ce n'est toutefois pas tout le monde qui risque d'adhérer à la vision du cinéaste. Il s'y passe peu de chose, les dialogues semblent superficiels, les touches comiques sont parfois bien enfouies et le drame n'est pas instantané. Ce n'est donc pas un projet aussi accessible que Les invasions barbares ou Maurice Richard. La subtilité y est toutefois plus grande et c'est au spectateur de multiplier les efforts pour ne pas être largué dans la première demi-heure. En revanche, malgré le succès remporté partout sur la planète, ce long-métrage est loin d'avoir le même tonus que les œuvres nordiques de Roy Andersson ou d'Aki Kaurismäki. Le film n'a toutefois jamais eu cette prétention, ce sont plutôt les critiques très (trop?) positives qui laissaient croire le contraire. Il ne faudra donc pas avoir trop d'attente, sinon la déception risque d'être présente.

Les qualités techniques sont cependant indéniables. Les images sombres véhiculent un message d'austérité, baignant efficacement les nombreux détails. Les couleurs froides représentent bien l'état psychologique des personnages. Malgré la présence de blocage et de grain, les contrastes s'avèrent justes et précis. La fine musique, parfois sobre et triste, s'inscrit légèrement dans l'inconscient. Si aucun thème ne marque les esprits, les mélodies bercent favorablement l'intrigue. Entre une piste sonore en Dolby Digital 5.1 et 2.0, il n'y a pratiquement aucune différence tant les enceintes ne sont nullement explorées. Ce n'est pourtant pas catastrophique, car le sujet ne le méritait pas. Les voix, un peu faibles, auraient toutefois pu être plus fortes. Les superbes sous-titres blancs en anglais permettront à un nouveau public de suivre les intrigues d'une œuvre qui est loin de rimer avec la facilité d'un Bon Cop Bad Cop.

La pochette pique aisément la curiosité sans lever le voile sur le scénario. Dans une chambre d'hôtel, il y a un homme qui tient un combiné de téléphone... Étrange. Le menu principal du DVD se veut intimiste, offrant un lent montage de scènes sur un air plutôt mélodique. S'il y a des suppléments au rendez-vous, il n'y a rien de très élaboré. Quelques scènes supprimées sont présentes afin de montrer comment les individus peuvent parfois faire pitié. À défaut d'être utiles, elles demeurent plutôt drôles. Le journal de Chantal propose deux minutes supplémentaires de pensées enregistrées sur un répondeur et il y a une charmante bande-annonce au menu. Le principal élément de réflexion représente ce segment d'entrevues. Pendant près de douze minutes, le producteur Luc Déry parle du réalisateur, Stéphane Lafleur discute du scénario et les acteurs approfondissent les thèmes présents. Léger comme l'air.

Par ses nombreux prix récoltés à gauche et à droite, "Continental un film sans fusil" est un autre exemple probant que la relève se porte plutôt bien au Québec. Les visages utilisés ne sont pas toujours les mêmes et le traitement risque d'en surprendre plus d'un, surtout par cette utilisation insoupçonnée d'humour qui fait rire jaune. Ce n'est peut-être pas le meilleur film québécois de la dernière année (difficile de déloger Dans les villes et Contre toute espérance), mais certainement un des plus originaux.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments4
Vidéo7
Audio7