Des suites du Traité de Utrecht en 1713, les Acadiens, établis en Nouvelle-Écosse, tombèrent sous la gouverne des Britanniques. Or, ce peuple francophone et catholique, même si neutre par obligation, était un embarras pour l'Angleterre colonialiste. Puisque ces Acadiens possédaient les terres les plus fertiles de la Nouvelle-Écosse, il était difficile pour de nouveaux arrivants anglais de s'y établir, et d'ainsi dissoudre la population. Prétextant une rébellion fictive, basée sur le refus des Acadiens de porter allégeance au Roi, le gouverneur Lawrence mit sur pied en 1755 une solution finale au problème acadien: leur usurper leurs terres et les disséminer dans des colonies britanniques où, forcement, ils seront assimilés. Plus du tiers des Acadiens périrent lors de cette déportation, les autres se retrouvèrent au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Louisiane. Ceux qui s'établirent dans la terre inhospitalière de la Louisiane, réussirent tant bien que mal à rebâtir une Acadie locale. Bien que la colonie fût ensuite vendue aux États-Unis quelques années plus tard, le peuple cadien, y est encore bien présent, plus par la culture que par la langue. C'est de ce peuple, qui a beaucoup souffert, mais qui survit malgré tout, que nous entretient ce documentaire.
Le film, narré par Zachary Richard, ardent défenseur de la langue française en Amérique du Nord, retrace l'histoire du peuple cadien (qui, prononcé avec l'accent américain, est bien vite devenu Cajun). Il retrace historiquement l'arrivée des Acadiens en Amérique, la douloureuse et marquante déportation, la création de la Louisiane, les impacts de la vente de cette dernière aux Américains, et l'assimilation linguistique et culturelle qui s'en est suivie. Cette histoire nous est racontée à travers des entrevues et discussions menées par Zachary Richard auprès de ses parents, amis, voisins et collègues artistes; le tout entrecoupé d'extraits musicaux.
Le documentaire est très bien réalisé et surtout jamais ennuyeux. Le volet historique y est autant présent que le côté culturel, nous permettant d'apprécier l'évolution à la fois parallèle et liée de ces deux sujets. Il est aussi intéressant de comparer l'évolution historique de ce peuple avec la situation francophone actuelle au Québec. Bref, "Contre vents, contre marées" nous instruit sur une page de l'histoire qui est trop souvent bafouée, que ce soit par choix ou par négligence.
La première chose à souligner quant à l'image est le fait qu'elle soit anamorphique. Comme ce documentaire a été produit pour une diffusion télévisuelle, il est particulier qu'on ait choisi de faire le film en 1.85:1. Il aurait été justifié et plus simple de nous présenter un transfert plein écran. Félicitons donc les producteurs du DVD pour cette petite, mais importante attention. Pour ce qui a trait de la qualité même de l'image du film, elle est inégale, dépendamment de la source utilisée. Les documents d'archives n'ont pas été nettoyés et c'est tout à fait compréhensible. Les segments récents ont quant à eux une belle qualité et on ne dénote pas de défaut de compressions ni de défaut de transfert majeur. Dans les scènes particulièrement claires, on note un léger fourmillement à l'arrière-plan, mais rien de dérangeant.
La qualité sonore est aussi tout à fait adéquate pour ce film. Les dialogues captés sur le vif sont très clairs, et la seule difficulté de compréhension vient du fort accent de certains interviewés. La narration est bien mixée, avec de belles transitions avec la musique. Tel qu'on s'y attendait avec ce genre de film, l'ambiophonie du décodage Prologic est inexistante et les fréquences extrêmes-graves ne sont jamais employées.
Comme suppléments, on nous propose une prestation musicale "live" du groupe cadien Zéro Celsius ainsi qu'une série d'entrevues d'une dizaine de minutes chacune avec plusieurs figures marquantes de la communauté acadienne. La première est avec Antonine Maillet (auteure de La Sagouine); elle nous parle de l'identité culturelle des Acadiens. La seconde entrevue est avec Karène Chiasson, qui discute du renouveau du mouvement de la fierté acadienne. Ensuite vient une entrevue avec Gérald Leblanc (poète, auteur de Complaintes du continent) qui nous entretient des côtés historiques et sociologiques de la déportation. La section des suppléments se termine par une table ronde avec tous ces gens, animée par Zachary Richard. Le menu principal du DVD est animé, avec Zachary Richard en avant-plan et comme fond musical une de ses chansons. Les sous-menus sont quant à eux statiques, mais toujours clairs, précis et efficaces. Une attention particulière a été apportée à la création du DVD, et la conception des menus en est l'exemple parfait.
Visiblement une édition sur DVD de qualité d'un documentaire qui gagne à être connu. La qualité du produit est remarquable, surtout compte tenu du petit budget dont a sûrement bénéficié la production. Encore un excellent produit de Spectra.
| Film | 8 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |