Les états nordiques
Les films d'aujourd'hui / nihilproductions

Réalisateur: Denis Côté
Année: 2005
Classification: G (QC)
Durée: 94 minutes
Ratio: 1.77:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 17
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Archambault.ca

Selon Martin Gignac
9 mai 2006 2006

L'ancien chroniqueur cinéma de l'hebdomadaire "ICI Montréal", Denis Côté, signe en "Les États nordiques" une œuvre spirituelle introspective extrêmement lente portée par de magnifiques paysages et une trame sonore lancinante. Un exutoire à la fois difficile et nécessaire.

Christian (Christian LeBlanc) est un homme simple assez introverti. Il habite Montréal et s'occupe de sa mère malade qui ne bouge presque plus. Un jour, il commet un crime et prend la fuite vers Radisson, une localité de la Baie-James perdue au bout de la route du Québec. Il découvre des gens accueillants, un endroit unique et une nature sereine. En errant pendant de nombreuses semaines, cet homme se ressourcera physiquement, moralement et psychologiquement, tout en apprenant davantage sur l'existence et le sens de la vie.

"Les États nordiques" est un pari cinématographique au Québec, car il combine de nombreux genres atypiques qui ne sont pas nécessairement très vendeurs. Le film débute dans une fiction incroyablement lente et posée, un style à la Dardenne où la caméra à l'épaule domine tous les instants avec les nombreux gros plans et les travellings. Les personnages ne parlent pas beaucoup, l'action se fait rare et la description de la réalité est implacable. Il faut attendre à la vingtième minute pour entendre une première phrase, les longueurs sont légions et les niveaux de lecture demeurent multiples. La confrontation n'est pas dichotomique (la ville versus l'éloignement), mais perpétuelle. L'être humain a des défauts, il cherche des repères et multiplie les efforts pour s'en sortir. À ce niveau, il peut se rapprocher du splendide "La Neuvaine" par la quête intérieure des gens, qui passe souvent par la religion pour s'émanciper dans une spiritualité propre aux hommes et aux femmes. Une évolution poétique séduisante, quoiqu'un peu tranchante et froide, qui ne risque pas de faire l'unanimité.

Au même moment, cet essai flirte énormément avec le documentaire. Des écritures s'affichent pour informer le spectateur sur Radisson, plusieurs personnes de cette localité jouent leur propre rôle et il y a beaucoup d'improvisation. À commencer par le jeu très physique et introspectif de Christian LeBlanc qui n'en met jamais trop. Face à lui, que des visages non professionnels criant de vérité. De jeunes personnes s'interrogent sur l'euthanasie, la relation avec la mort, l'éloignement de la Baie-James et leur avenir avec une justesse inouïe. Ce mélange entre le vrai et le faux évoque indéniablement les anciennes réalisations de Robert Morin, tout en rupture de tons drastiques. Ce procédé peut paraître prétentieux, présomptueux ou hermétique, mais il s'avère d'un amour marqué envers le septième art et une véritable mise à nu d'un cinéaste qui ose prendre des risques pour surprendre et émouvoir.

L'attrait le plus singulier de ce long métrage est bien évidemment les paysages. Ils sont fantastiques, toujours majestueux et grandioses. Ils guident l'état psychologique du protagoniste, étant à la fois rudes et voluptueux, clairs et sombres. C'est un peu dommage que le faible coût de la production (à peine 100 000$) ait amené un transfert sur DVD moyen, où le blocage et les grains épais sont assez flagrants. Ces anomalies sont toutefois très acceptables pour une fiction qui cherche souvent à se subjuguer à la réalité. Pour accompagner cette dérive émotionnelle, il y a de beaux sous-titres blancs très visibles et, surtout, une trame sonore très appropriée de Bohren & DerClub of Gore qui mélange la musique atmosphérique au jazz langoureux. La seule présence du Dolby Digital 2.0 n'aide pas vraiment la création d'un univers particulier, mais les sons et les bruits ne sont pas toujours nécessaires et il n'y a aucun élément pour entraver les différentes voix.

La pochette est très fidèle au film. Le personnage est minuscule devant un univers de possibilités. Une fois l'insertion du DVD, un premier menu s'affiche avec des paysages qui défilent et une grosse musique rock. C'est à ce moment où il faut choisir entre les langues française et anglaise. Par la suite, un menu plus statique sans son apparaît avec les options d'usage. S'il est plutôt difficile de passer d'une icône à un autre, les quelques suppléments font oublier tous ces éléments. Le plus fantastique est la piste de commentaires incroyablement pertinents de Denis Côté qui dévoile de nombreux détails sur son bébé. Cet amateur de Bresson parle avec une voix très claire, son humour est contagieux et il est évident que cet homme connaît bien son art. Il y a également un court-métrage aride intitulé "La Sphatte" sur la déroute de deux femmes en ville. Pour le reste, il y a une galerie d'une dizaine de photos fantastiques et une filmographie du cinéaste.

"Les États nordiques" est une œuvre difficile qui mérite moult efforts. Le changement de ton peut décontenancer, l'histoire semble souvent se chercher et la lenteur de l'ensemble est assez flagrante. Sauf qu'en même temps, c'est une plongée nécessaire au sein de l'âme humaine qui ensorcelle les sens et titille l'intelligence. À regarder au moins deux fois pour bien saisir l'ampleur du projet.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments7
Vidéo6
Audio6