La face cachée de la Lune
Alliance Atlantis

Réalisateur: Robert Lepage
Année: 2003
Classification: G (QC)
Durée: 105 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
21 août 2007

Il est commun, lorsque l'on vit une expérience, de réévaluer sa position en tant qu'être humain, artiste ou, tel que la situation le présente, en tant que critique. Il se trouve que nous autres, critiques, semblons avoir la tâche facile de noter les efforts devant comme derrière la caméra. Cependant, un événement comme il en arrive bien peu dans une vie de cinéphile, est tout ce qu'il faut pour remettre les pendules à l'heure. Suite à ce bouleversement filmique aussi complexe et riche, autant absurde que sensé, drôle et dramatique, il me fait le plus grand plaisir de vous offrir la critique de ce que je considère comme un des monuments les plus importants du cinéma québécois en ce jeune 21ème siècle.

Philippe (Robert Lepage) est un homme fasciné par le cosmos, la course à la lune dont il est en train de terminer une thèse ayant pour sujet le narcissisme et ses liens avec la poursuite des projets spatiaux. Refusé à maintes reprises, incapable de faire face aux foules, il tente de raffiner son travail entre deux emplois soit l'enseignement au Cégep de Limoilou et téléphoniste désillusionné vendeur d'abonnements. Endeuillé du récent trépas de sa mère, Philippe voit s'écrouler tout autour de lui un monde qu'il a tenté de conserver: l'enfance, l'adolescence, etc. Un fossé incalculable se creuse entre lui et son frère cadet André (Robert Lepage). Philippe se décrit comme étant curieux, voulant en savoir toujours davantage tandis que l'image peu flatteuse qu'il a de son fraternel en est une d'un homme pour qui les curiosités lui passent par-dessus la tête, qu'il est menteur compulsif, etc. Philippe continue malgré tout d'espérer obtenir une lettre de recommandation qui appuierait sa thèse afin que l'Université puisse reconnaître sa demande de doctorat. Rencontrant sur les chemins du hasard un présentateur russe, ce dernier s'intéresse à ses idées. Philippe, pris dans son maelström quotidien, voit ici sa chance d'honorer la mémoire de sa mère ainsi que répondre à son rêve: tailler son petit bonhomme de chemin dans un univers quelconque situé quelque part dans une galaxie quelconque, le tout saupoudré de tout ce qui compose la richesse et l'absurdité de la vie.

Œuvre infiniment puissante du metteur en scène Robert Lepage, "La Face Cachée de la Lune" séduit par sa mise en scène sobre, terre-à-terre, rendant ainsi les envolées poétiques et les scènes à effets visuels plus touchantes, d'une cohérence surnaturelle. La force du métrage réside surtout dans l'interprétation et le scénario, deux éléments avec lesquels le réalisateur sait jongler plus qu'adroitement. Dans le double rôle de Philippe et André, Robert Lepage domine la scène, livrant un Philippe narcissique au possible et un André à priori inintéressant, mais dont le discours n'est pas si vide de sens qu'il y paraît. Doté d'effets visuels de première qualité (pour une production québécoise, c'est plutôt rare) venus appuyer les messages, les scènes deviennent une poésie visuelle, surtout lorsque Philippe lit un extrait d'Émile Nelligan: "Ma Mère", qui est probablement le moment le plus touchant du film, là où aboutit toute la force du personnage confronté à ses démons et un passé récalcitrant. Benoît Jutras signe la musique qui, à l'image du film, est belle, puissante, simple et porteuse des multiples thématiques abordées durant un 105 minutes qui passe vite. La mise en scène pousse l'astuce jusqu'à un final dans lequel les deux frères, ayant toujours vécu presque voisins toute leur vie, alors séparés par un océan, sont plus près que jamais auparavant. Tel que mentionné plus haut, "La Face Cachée de la Lune" est aussi complexe et riche qu'il est absurde et logique; un peu comme la vie.

Du côté des suppléments, on retrouve une piste de commentaires par le scénariste-réalisateur lui-même dont les propos viennent décortiquer le film dans ses moindres détails. Sans se féliciter, il parvient à demeurer très humble en mentionnant avoir grandi dans cette expérience. Le boîtier indique une revuette sur les effets visuels, mais le menu ne le montre tout simplement pas, et il y a pour 12 minutes de bandes-annonces. Du matériel de qualité que cette piste de commentaires puisqu'ils consistent en une étude profonde du film faite par son auteur sans prétention aucune.

Le transfert du métrage est de belle qualité. On retrouve une certaine forme de grain dans l'image, ce qui est dû à la pellicule, donc normal et approprié au narcissisme de l'histoire. La piste sonore en Dolby Digital 5.1 fait résonner les partitions de Benoît Jutras tandis que l'attention portée aux effets sonores est mise à contribution lorsque l'exige la mise en scène.

Il est difficile pour un critique, lorsqu'un film le bouleverse, de bien savoir doser ses mots, ses écrits, afin de, non pas seulement démontrer les erreurs ou les bons coups de l'équipe d'acteurs ou les effets spéciaux, mais bien de saluer le métrage dans son ensemble, en essayant de ne pas le décortiquer trop et d'en retirer la saveur pour d'autres cinéphiles. En terminant, je ne ferai ici que l'éloge d'un film qui a su reproduire les angoisses de la vie et en a ainsi dressé le portrait. Il n'est pas ici question de décerner une couronne ou de glorifier sans raison une expérience cinématographique, mais bien d'en démontrer la complexité; une seule des minutes de ce métrage est suffisante pour déclarer une guerre tout comme pour l'achever. Robert Lepage nous offre l'alternative à cette aberration: la vie en 105 minutes dans tout son paroxysme et son absurdité.


Cotes

Film10
Présentation8
Suppléments6
Vidéo9
Audio9