Pierre Falardeau est bien connu du peuple québécois, autant pour sa rhétorique que pour la justesse de son cinéma. Ses films, toujours avec pour toile de fond le peuple québécois, ont beaucoup marqué; on n'a qu'à penser à Octobre où il nous présente les événements de 1970 ou 15 février 1839 où il nous raconte le combat des patriotes et la pendaison de Chevalier de Lorimier. Mais avant de faire du cinéma de fiction (bien que ses films sont toujours inspirés par des faits réels...), c'est le documentaire qu'il privilégiait. Assisté de son ami de longue date Julien Poulin, avec qui il avait créé la trilogie d'Elvis Gratton, il a tourné une poignée de petits films, la plupart des bijoux autant techniquement que par les messages véhiculés. Ce sont ces documentaires qui sont ici présentés, sur ce coffret DVD.
Volume 1, disque 1:
Continuons le combat (1971)
Pour ce film, Falardeau nous propose une étude de la lutte professionnelle en tant que rituel de la société québécoise. Ce documentaire est d'ailleurs le tout premier film du réalisateur. Tournée pendant ses études graduées en anthropologie, l'idée présentée est intéressante et donne lieu à de nombreuses réflexions sur la notion explorée. Le film est tourné en vidéo et le matériel utilisé pour le transfert du DVD est loin d'être optimal. Le son est un peu étouffé et l'image comporte beaucoup de défauts, principalement des problèmes de "tracking".
À mort (1972)
Pour ce film, Falardeau et Poulin nous présentent la culture populaire du défunt parc Belmont en la contrastant avec des scènes d'abattoir d'une porcherie. Puisque ce film est inachevé et inédit, il est de toute évidence difficile de juger de la valeur potentielle du film. Néanmoins, il est intéressant d'en deviner le concept. Aussi, pour ceux qui sont assez vieux pour se le rappeler, il est intéressant de voir des images de ce fameux parc d'attractions. Le transfert, fait à partir de la seule copie existante, une bobine de 16mm, est excellent. Par contre, on note beaucoup d'égratignures et de taches, ce qui est tout à fait normal pour du matériel de cet âge. Du côté sonore, on note le même niveau de dégradation; il n'en demeure pas moins que la prise de son est bien réalisée, et qu'on ne perd aucune parole.
Le magra (1975)
Sous le prétexte d'une étude anthropologique, Falardeau et Poulin tournent un documentaire sur l'école de police de Nicolet, où les "chiens de garde" du pouvoir sont formés. Le film est, en soi, intéressant par son propos et par le contexte dans lequel il est filmé. Il est surtout amusant de voir les recrues et entraîneurs agir, sans avoir connaissance du sort qu'on leur réserve au montage. Tournés sur vidéo, l'image et le son sont adéquats, sans que ce soit extraordinaire. On ne perd heureusement aucune des répliques.
Volume 1, disque 2
Les Canadiens sont là (1973)
Profitant d'une lucrative subvention du Conseil des Arts du Canada, Falardeau et Poulin tournent à Paris un documentaire sur une exposition canadienne de sculpture. Le film n'est évidemment pas ce à quoi le Conseil des Arts s'attendait... L'image et le son du documentaire sont au plus corrects; le propos, qui pour ce film est plutôt mince, est d'ailleurs parfaitement servi par cette qualité.
À force de courage (1977)
Pour ce documentaire, Falardeau et Poulin se déplacent en Algérie pour filmer le peuple algérien au lendemain de son indépendance face à la France. Les commentaires faits par les paysans sont particulièrement percutants. Les images, tournées en vidéo, sont bien réussies, et le transfert est tout à fait correct (encore une fois, toute proportion gardée!). Le son est aussi bien rendu, et on ne perd aucun des commentaires.
Speak White (1980)
Brillamment dit par Marie Eykel, le célèbre poème de Michèle Lalonde sur l'oppression des peuples colonisateurs est mis en image par Falardeau et Poulin. Le film est des plus réussi, nous présentant sous forme de photos d'archives, les guerres passées pour la liberté, entrecoupées de scènes d'oppressions. L'image et le son sont d'une excellente qualité, du fait que les réalisateurs bénéficiaient du soutient technique de l'ONF.
Volume 2, disque 1
Pea Soup (1978)
Le nom du film, en plus d'être le titre d'un poème de "L'homme rapaillé" de Gaston Miron, est aussi le sobriquet donné aux Canadiens français (donc, aux Québécois) par les anglophones de Montréal (tel que rapporté, d'ailleurs, par Mordecai Richler dans ses livres). Ce film est, de loin, le plus intéressant du coffret. Il consiste en une exploration de toutes les formes d'aliénations des Québécois par leur entourage. On y voit toutes sortes d'images, que ce soit des scènes dans un bar, des fanfares, des ouvriers d'usine au travail, des bûcherons, etc. Ce qui est aussi très intéressant est la présentation d'un discours de René Lévesque annonçant que le gouvernement se tiendra debout et ne pliera pas au chantage de la financière Sun Life. On y voit aussi Félix Leclerc y lisant un texte sur la victoire du PQ. Au niveau de l'image, on note encore des problèmes de "tracking" (encore filmé sur vidéo, avec beaucoup d'extraits d'émissions télévisées). Même si l'aspect technique est inégal, le résultat est tout de même plus qu'acceptable, compte tenu des moyens. Le son est aussi très changeant, en fonction des différentes scènes.
Volume 2, disque 2
Le temps des bouffons (1993)
Probablement le film le plus mythique et le plus marquant du coffret. Falardeau nous y présente, sous ses commentaires percutants, le fameux banquet annuel où les richissimes bourgeois membres du "Beaver Club", déguisés, se congratulent sur leur condition. Le film est des plus percutant, nous présentant une réalité irréelle, mais existante. "Le temps des bouffons" est le premier des films du coffret présenté en couleur. Originellement filmé en 16mm, le négatif a malheureusement été perdu et tout le montage s'est fait avec une copie vidéo, et le transfert sur DVD aussi. Le résultat est une image tout à fait correcte. Il en est de même pour le volet sonore; on ne perd aucune parole des superbes discours présentés....
Une minute pour l'indépendance (1995)
Sur une commande de la Coop Vidéo pour le référendum de 1995, Falardeau nous présente un très court film sur les images d'une cage d'ascenseur qui tombe, représentant l'urgence pour le peuple québécois de prendre son avenir en main. Malgré que les images soient tirées du film "Speed", la qualité de l'image est du même niveau que le reste du coffret. L'aspect sonore, c'est-à-dire le discours de Falardeau, est bien reproduit au transfert.
Elvis Gratton, président du Comité des Intellectuels pour le Non (1995)
Lors d'un rassemblement pro-indépendantiste, on voit Julien Poulin interpréter son personnage d'Elvis Gratton pour faire valoir les idées fédéralistes. Le film, qui est en fait une captation "live" est somme toute peu intéressant. Bien que le discours soit long et ennuyeux, il demeure très amusant du fait qu'Elvis se sert des authentiques arguments du comité du NON, ce qui est, finalement, déconcertant. Le son et l'image sont adéquats, nous permettant de ne pas perdre un mot du discours.
Techniquement, les films de ce coffret sont d'une qualité très inégale. Les transferts sont faits à partir de bandes vidéo qui, de toute façon, étaient le matériel utilisé pour filmer. Il est par contre dommage qu'on n'ait pas déniché de meilleures copies de ces films. Peut-être était-ce les seules copies existantes... Néanmoins, c'est sans contredit le contenu, et non-pas le contenant, qui est important.
Comme supplément, on nous propose des commentaires des créateurs sur chacun des films. Ce sont d'ailleurs, et de loin, les pistes des commentaires les plus intéressantes qu'il m'ait été donné d'écouter. C'est l'équivalent d'avoir Falardeau et Poulin dans son propre salon, nous expliquant leurs films. D'ailleurs, surtout dans le cas des tout premiers films, les documentaires sont nettement plus intéressants à écouter avec les commentaires. Notons aussi que, pour ceux qui s'en inquiéteraient, les deux hommes sont généralement très polis et bien articulés. Aussi, pour le film "Le temps des bouffons", on nous propose une narration espagnole, faite par Falardeau lui-même. Finalement, on nous propose une très intéressante entrevue des deux cinéastes, d'environ trente minutes. Ils nous précisent leur pensée créative et nous expliquent la nature de leurs collaborations. Les menus sont tous statiques, précédés par une courte animation. Ils sont d'ailleurs étrangement réalisés; par exemple, on ne choisit pas le film, mais sa date de parution. Aussi, étrangement, le premier choix dans les sous-menus est de faire l'écoute des films avec sous-titres anglais.
Bref, un excellent coffret que tous Québécois, de quelconques origines, auraient intérêt à voir, ne serait-ce que pour vivre à travers ces films un passé si vite oublié.
| Film | 9 |
| Menu | 4 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |