Voici le Wayne's World québécois, le This is Spinal Tap de notre génération. En effet, dans le registre de faux documentaires traitant de l'ascension de jeunes talents, "Greg et Gentillon" est probablement un autre très bon exemple. Ce duo comique parti de nulle part, et probablement en route vers nulle part, s'embarque pour Toronto, la ville où, selon un des deux membres du groupe humoriste, tout se passe, où le duo risque le plus d'être découvert.
Il s'agit donc de suivre le périple qu'empruntent les deux comparses alors qu'ils quittent la sécurité de leur Aylmer au Québec pour se rendre dans la ville des découvertes, avec un numéro comique qui manque, aux yeux du public, de fraîcheur. Cela dit, nos deux amis ne manquent pas d'enthousiasme et poursuivent leur aventure en territoire inconnu, espérant un jour rencontrer le chemin de la gloire. Le Rivoli à Toronto. Usant d'un accent gras, massacrant tant le français québécois que l'anglais, ils se faufilent d'un spectacle à l'autre pour aboutir chez un "fan" qui les hébergera durant une période indéterminée. Pendant ce temps, Greg, à la mentalité plus fragile, délaisse de plus en plus le duo humoriste pour se consacrer à la musique. Ainsi, leur hôte faisant part d'un groupe, demande au rebelle de se joindre à eux en tant que chanteur principal, ce dont il accepte volontiers sans réfléchir aux conséquences. Gentillon se retrouve ainsi seul, confronté à une scène à moitié vide. Bientôt, ce sera l'heure de régler les comptes et il en sera décidé du sort de Greg et Gentillon.
Faux documentaires aux allures de route vers la gloire, "Greg et Gentillon" porte un regard critique et drôle dès les premiers instants. De l'impresario inutile et incompétent qui demeure toujours chez ses parents en passant par la copine autocollante (qui ne lâche pas prise) sans oublier les deux personnages principaux, le film en devient presque réel. Plus d'une fois, nous questionnons la réalité des images présentées et, lors du générique final, la révélation n'en est que plus choquante. Le manque de moyens évident est très bien couvert par une histoire qui bouge à un bon rythme, ne se permettant que quelques longueurs et prévisibilités. Nous avons également les personnalités de Greg et Gentillon qui illuminent l'écran. Sans réellement copier sur des modèles déjà établis par le cinéma, voici que Louis Durand et Thomas Michael pêchent directement dans leur vie réelle, offrant des morceaux croustillants de scènes qui, entre les mains d'une firme américaine, aurait été ravagée. Ici, une belle créativité se laisse lentement découvrir pour terminer en apothéose dans une finale qui n'en est que plus réaliste, collant parfaitement au propos défendus par les auteurs. Un film très divertissant dont les péripéties nous rappelleront nos premiers voyages de jeunesse, les premières auberges de jeunesse... notre propre jeunesse, quoi. Véritable hommage droit du cœur à poursuivre ses rêves jusqu'au bout, "Greg et Gentillon" est tout indiqué pour passer une honnête soirée en compagnie de deux humoristes dont les péripéties sont franchement meilleures que leur numéro sur scène. Fortement conseillé.
En terme de suppléments, nous n'avons malheureusement pas grand chose à se mettre sous la dent si ce n'est d'une piste de commentaires en anglais et une autre en français par les acteurs principaux, relatant plusieurs anecdotes très intéressantes, une bande-annonce et un très court (à peine huit minutes) aperçu derrière les coulisses du tournage. C'est peu puisqu'il devait y avoir tellement plus à raconter et à montrer dont la superbe camaraderie entre les deux personnages éponymes ou les contraintes budgétaires, etc. C'est, par contre, déjà ça de gagné face à rien du tout.
L'image du film est correcte sans réellement casser la baraque. En effet, le concept de documentaire est appliqué jusque dans les moindres détails. Le traitement visuel n'est donc jamais vraiment touché, ce qui fait perdre un peu de beauté au métrage. Cependant, cette décision accentue le réalisme de la situation et permet au spectateur d'apprécier davantage l'univers qui se développe devant lui. Le son n'est pas non plus à se défriser, quoique toujours dans la note de servir les propos du film : le documentaire et le réalisme. Sur cette note, pari gagné, j'y ai cru même après le générique. Un minimum d'ambiophonie n'aurait toutefois pas été de refus. La page principale est accompagnée d'une musique tirée du film et la sélection de scène est animée et musicale. Tout le reste est fixe, mais n'est pas dénué d'un certain charme.
"Greg et Gentillon" est un bien meilleur exemple que ne l'a été Wayne's World en son temps : beaucoup plus subtil dans son approche, réaliste et touchant, il sait atteindre plusieurs cordes. Ces deux jeunes partis d'une scène d'Aylmer sur les sentiers de Toronto pour pêcher le succès, ça fait espérer et croire en ses projets, réflexion qui ne peut pas être réellement faite de bien d'autres films de ce genre. Il ne reste à espérer que le réalisateur et son équipe décident de poursuivre dans cette direction avec un autre projet tout aussi déjanté et débordant d'imagination. Beau travail.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |