La donation
E1 Entertainment / Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Bernard Émond
Année: 2009
Classification: PG
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212103445

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
20 avril 2010

Bernard Émond clôt sa trilogie sur les vertus théologales avec "La donation", un nouveau film riche et profond sur la complexité de l'être humain et ses liens avec la nature. Peut-être lourd pas endroits, mais néanmoins essentiel et bénéfique.

Dans La neuvaine, la docteure Jeanne (Élise Guilbault) a repris goût à l'existence. Maintenant, elle doit trouver un moyen de vivre réellement et de se sentir utile. À la suite d'une demande d'un vieux médecin (Jacques Godin), elle décide de quitter Montréal pour s'établir momentanément à Normétal en Abitibi. Cet endroit, délaissé par la population depuis que la mine de cuivre a fermé ses portes il y a près de 35 ans, accueille des gens souvent vieillissant, et une jeunesse perdue qui ne pense qu'à partir. Il faut quelqu'un pour prendre soin de cet endroit, et Jeanne se demande si elle possède la force nécessaire pour répondre à leurs besoins.

Disciple de Kieslowski, apôtre anthropologique et clairvoyant qui explore les méandres de la société humaine depuis ses débuts, le cinéaste Bernard Émond cherche à toucher l'essentiel, l'invisible, en s'attardant à des lieux importants qui sont en train de passer l'arme à gauche. Dans La femme qui boit, il filmait l'éclatement d'un couple par l'alcool. Pendant 20h17, rue Darling, il obligeait un homme à revoir le sens de sa vie alors qu'il croyait avoir tout perdu. En 2005, le cinéaste débutait sa trilogie avec La neuvaine, facilement un des meilleurs films québécois de la décennie. Lentement mais sûrement, il touchait au divin, recueillant de la souffrance essentielle et salvatrice. Si l'impact n'était pas le même, "Contre toute espérance" (mettre un lien vers mon texte) continuait cette exploration de la noirceur, cherchant à savoir jusqu'où l'humain peut se rendre par amour et dévotion. Il termine son triptyque avec la charité.

Depuis la sortie de La neuvaine, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, sauf que le réalisateur ne semble pas avoir changé son style pour autant. Il y a toujours de belles lenteurs pleinement assumées, un rythme délicat, des sentiments retenus, un soin particulier apporté à la façon de parler. Le metteur en scène rejoindra difficilement un nouveau public, si ce n'est qu'il tranche avec presque tout ce qui se fait dans la Belle Province. Il a son style à lui et il repousse ses propres limites, favorisant le dépouillement au détriment de l'émotion qui se fait parfois attendre. Cela peut expliquer ce ton parfois glacial, ces quelques lourdeurs et ces répétitions émanant du travail de la protagoniste (sauver une vie ou être impuissant devant la Grande Faucheuse). En revanche, son ton engagé est beaucoup plus subtile que dans Contre toute espérance, ce qui n'est toutefois pas toujours le cas de l'attachement du spectateur envers les personnages. Les comédiens, surtout éblouissants dans les rôles principaux, sont menés corps et âme par le visage plus angélique que dur d'Élise Guilbault, secondée parfaitement par un Jacques Godin qui se fait malheureusement trop rare sur les écrans.

Derrière cette réalisation sobre et maîtrisée d'Émond, "La donation" est surtout un film porteur sur le plan des thèmes. Il est question de dévouement et de recueillement, d'une partie du territoire qui est sur le point de disparaître dans l'indifférence généralisée. La mort plane à l'horizon, elle est pratiquement de tous les instants, et après la foi et l'espérance, c'est par l'action – la charité – que le changement peut s'opérer, se manifestant par d'étonnants symboles et des métaphores soutenues.

La superbe photographie de Sara Mishara exploite avec efficacité les paysages austères de l'Abitibi, donnant le goût d'explorer ce territoire et de se perdre au sein de sa forêt. Ce n'est toutefois pas suffisant pour donner tout l'aplomb nécessaire à l'image, qui est parfois handicapée par un grain omniprésent et des contrastes trop sombres. Même les couleurs manquent parfois d'éclat. Il ne faut toutefois pas oublier que ce rendu est volontairement vieillot et grisâtre, demeurant dans l'esprit du récit. La délicate partition musicale de l'éternel complice Robert Marcel Lepage fait encore son effet avec ses cordes inspirantes et déchirantes. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 n'utilise que timidement les enceintes, y recourant pour faire ressortir des bruits de pas, d'eau, de feuilles ou d'avion. Les dialogues s'entendent instantanément, alors que les sous-titres jaunes en anglais se lisent sans aucune difficulté.

La pochette qui représente Élise Guilbault demeure dans des tons de jaune, de blanc et de noir, à l'effigie des deux précédents volets de la trilogie. Le menu principal du DVD offre une lente succession de scènes sur une mélodie triste. Hormis la bande-annonce originale, le seul et unique supplément fera saliver les cinéphiles: une très longue conférence de Bernard Émond qui donne une leçon de scénarisation. Le bonheur est donc total avec cet homme politisé, qui traite longuement et dans le détail de son horreur du simple divertissement, de son amour pour les livres et du pouvoir des contraintes. Cela ne fait pas oublier l'absence d'une piste de commentaires et de documents sur le tournage, mais voilà un bonus qui mérite d'être vu et, surtout, entendu par quiconque s'intéresse de près ou de loin au septième art.

Sans avoir l'impact de La neuvaine (le cinéaste pourra-t-il un jour surpasser son chef d'œuvre?), "La donation" se rapproche favorablement de Contre toute espérance en demeurant cependant un opus moins immédiat, plus inaccessible. Le charme prend peut-être plus de temps avant d'opérer, mais le long-métrage est loin de s'oublier, ce qui est toujours bon signe.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments6
Vidéo6
Audio6