Le Nèg
Christal Films

Réalisateur: Robert Morin
Année: 2002
Classification: G
Durée: 92 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DD20, DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez : Amazon.ca Archambault.ca

Selon Alexandre Martin
8 avril 2003

Robert Morin est un réalisateur prolifique, mais bien peu connu du grand public. Un des fondateurs de la Coop Vidéo, il a à son actif une vingtaine de films, mais le seul qui ait vraiment marqué le public (et encore...) est l'excellent Requiem pour un beau sans-cœur. Le sujet de ses films est toujours choc, voulant faire réfléchir; "Le nèg'" n'échappe pas à cette tendance. D'ailleurs, peut-être était-ce dans le but de cette fois d'avoir droit à une plus grande visibilité que le titre, l'affiche et la bande-annonce de son film étaient très provocateurs. Même si en définitive le film dénonce le racisme, le fait d'avoir choisi délibérément d'employer ses outils promotionnels hors contexte lui a valu les foudres des regroupements antiracistes, non sans raison. Malgré tout, c'est la même image, toujours dénuée de contexte qu'arbore la jaquette du DVD...

Le film, inspiré de faits réels, raconte l'histoire d'un jeune noir vivant dans les campagnes retranchées du Québec qui, en signe protestation, décide de détruire un "nègre de jardin". Pris sur le vif, la propriétaire (Béatrice Picard) et ses voisins ne savent pas trop comment le traiter; certains veulent le laisser partir, d'autres veulent lui infliger une correction. Finalement, la vieille propriétaire est tuée par sa propre arme et le jeune noir est blessé par une balle du fusil du policier local, sans que personne n'ait vraiment vu quoique ce soit. Deux enquêteurs, les sergents-détective Plante et Racines (!!!) (interprétés par Vincent Bilodeau et Claude Despins) sont chargés de l'enquête et prennent les dépositions des témoins, toutes plus ou moins contradictoires. C'est finalement le fils déficient mental de la propriétaire, Polo, qui nous livre la véritable version des faits, en mimant ce qui s'est passé avec ses petites figurines. On apprend bien vite que personne n'est réellement innocent dans cette histoire.

Fidèle à lui-même, Robert Morin emploie un style particulier, faisant en sorte que le film soit raconté du point de vue de chacun des personnages. Chaque interprétation des événements est unique; les premières versions rendent le récit léger et très humoristique. Par contre, plus le film avance et que des éléments de vérité sortent, les mêmes événements qui semblaient drôles sont soudainement tragiques. Cette approche au drame est encore une fois typique du réalisateur, qui cherche toujours à faire réfléchir ses spectateurs. Notons ensuite que visuellement, chaque déposition est filmée selon un style bien particulier. Par exemple, la version de Samantha utilise des caméras nerveuses, toujours en mouvement. Par contre dans la version de "Tâton", les caméras sont fixées le temps du plan-séquence. La version la plus originale est sans doute celle de Polo; les acteurs sont déguisés en figurine de plastique et se meuvent comme si on les manipulait. C'est d'ailleurs cette version qui s'avère être l'ultime vérité. Il serait aussi impardonnable de passer sous silence l'emploi judicieux de la chanson "Donnez-moi des roses", chantée par Fernand Gignac pendant ces séquences. Inévitablement, on fait un rapprochement avec "Maman, tu es la plus belle du monde" de Luis Mariano dans le "Huitième Jour"... Soulignons aussi l'excellente performance de Emmanuel Bilodeau et de Robin Aubert en ivrognes de campagne. Le seul fait de les voir jouer vaut le visionnement du film.

Pour ce qui est de la qualité de l'image, elle rend bien justice au soin apporté à la photographie. Par contre, il est très dommage que le transfert n'ait pas été fait de façon anamorphique. On peut constater de légers fourmillements en arrière-plan, mais sans que ce ne soit désagréable. Les couleurs sont bien rendues et les détails parfaitement visibles. Ce dernier aspect étant bien important étant donné la présence d'extrêmes gros plans dans la version de "Canard". Notons aussi une légère perte de détails lors de scènes très sombres. Somme toute, une excellente qualité vidéo (à part le manque du côté anamorphique), avec une compression tout à fait adéquate.

Autant que pour la beauté visuelle, l'ambiance sonore du film est elle aussi marquante. C'est par contre un miracle que ce soit le cas, étant donné l'aversion légendaire de Robert Morin pour l'aspect sonore d'un film. Pour reprendre ses paroles, "le son est un mal nécessaire". Néanmoins, tout le long du film, on est transporté dans des ambiances qui nous sont subtilement rendues par les effets sonores. La musique est bien intégrée aux ambiances, permettant d'amplifier les transitions dramatiques sans pour autant les rendre évidentes. Les dialogues sont clairs, précis, toujours parfaitement audibles, et se mêlent parfaitement aux caprices de la photographie. Le haut-parleur d'extrême-grave est bien présent dans les scènes d'action qui le sollicitent. Félicitons les producteurs du DVD pour avoir choisi d'inclure la piste sonore originale 5.1, au lieu de seulement inclure la piste stéréo, comme bien trop souvent il est fait. Même si de prime abord ce film ne semblait pas nécessiter ce type de présence sonore, la subtile ambiophonie contribue grandement à l'état mental que le réalisateur tente d'imposer à son auditoire.

Comme suppléments, on nous offre premièrement la bande-annonce du film qui avait tant choqué. Il est amusant de constater qu'aucune des images utilisées n'apparaît dans le film. On nous offre ensuite un documentaire sur la production du film. La première partie nous montre les étapes de préproduction : les auditions, répétitions, séances de "brain-storming", etc. La seconde partie est tournée pendant la production; on y voit des extraits du tournage, ainsi que des bloopers. Soulignons aussi une scène particulièrement hilarante où l'on voit Robert Morin refusant catégoriquement de laisser Sandrine Bisson conduire le camion pour une scène, prétextant qu'elle ne sera pas capable, car c'est une femme, et les femmes sont incapables de conduire des camions.

Pour ce qui est des menus, ils sont vraiment impressionnants. Sur la musique de Fernand Gignac susmentionnée, ou autres thèmes du film, on voit les petits personnages de Polo interagir et mimer des scènes du film. Les séquences entre les menus sont elles aussi animées, mais les transitions sont instantanées, permettant une navigation amusante, belle et surtout efficace.

Bref, en plus d'un excellent film, on nous propose un excellent DVD; par contre, une image anamorphique aurait été grandement appréciée. Espérons maintenant que les autres oeuvres de Robert Morin soient elles aussi ressorties sur DVD, et ce, avec le même niveau de qualité.


Cotes

Film9
Menu9
Suppléments8
Vidéo8
Audio8