Le Ring
Christal Films Distribution

Réalisateur: Anaïs Barbeau-Lavalette
Année: 2007
Classification:
Durée: 87 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 13
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
19 mars 2008

C'est dans un milieu encore plus pauvre que le Hochelaga de Michel Jetté et La Rage de l'ange de Dan Bigras qu'est campé le premier film d'Anaïs Barbeau-Lavalette. Le combat dans "Le ring" n'est pas qu'intérieur, bien au contraire, il préfigure les classes sociales, les envoyant au tapis d'un coup difficile à contrer.

Pour Jessy (Maxime Desjardins-Tremblay), 12 ans, le quotidien se résume au Ritalin, à des passages fantomatiques à l'école et à des discussions avec l'itinérant Jacques (Jean-François Casabonne). Pour s'évader de la réalité, il assiste aux matchs de lutte, vénérant ces hommes qui se battent. Sa famille le ramène pourtant rapidement sur terre. Lorsque sa mère (Suzanne Lemoine) part sans laisser de trace et que son père (Stéphane Demers) est incapable de ressouder le cocon, son destin, celui de sa sœur (Julianne Côté) et de son frère délinquant (Maxime Dumontier) en seront marqués à jamais.

Réalisé, scénarisé et produit par des diplômés de l'INIS, "Le ring" jette un regard extrêmement sombre et non dénué de misérabilisme sur un des quartiers les moins bien nantis de Montréal. Le jeune protagoniste patauge dans un milieu de violence et de drogue, il crie famine, ses parents ne sont que des esprits errants, les enfants sont laissés devant la télévision et les jeux vidéo toute la journée, les filles sont attirées par la prostitution, etc. De quoi vouloir se trancher les veines devant tant de malheurs.

Le long-métrage aurait toutefois bénéficié à épouser le documentaire, un style et un sujet qu'a déjà exploré Anaïs Barbeau-Lavalette dans son précédent Si j'avais un chapeau. Cette icône de l'enfant qui souffre en devenant un homme et en choisissant son propre destin n'a pas la même force dans la fiction, trop démonstrative dans ses émotions et ses symboles (le chien, le rêve). La démarche de la cinéaste ne manque pourtant pas de sincérité et sa réalisation cherche à épouser le cinéma social britannique (Ken Loach, Mike Leigh) et belge (les frères Dardenne). Les plans sont rapprochés et la caméra suit le jeune protagoniste comme son ombre, mais les effets chocs ne sont pas les mêmes.

Le brio des interprètes rachète cependant ces quelques faiblesses qui sont normales pour un premier film. Maxime Desjardins-Tremblay, découvert dans un vrai match de lutte, est criant de vérité. Il est l'âme de l'entreprise, le souffle imparfait qui mérite qu'on s'y attarde. À ses côtés, Julianne Côté affiche une belle sensibilité, éclipsant au passage la majorité des adultes et surtout de jeunes délinquants qui forcent parfois la note. Afin d'apprécier les immenses talents de Maxime Dumontier, mieux vaut attendre l'excellent Tout est parfait, le premier grand film québécois de 2008. Même s'il est prévisible dans ses répliques et dans sa façon de s'occuper de son chien, Jean-François Casabonne amène beaucoup d'humanité et un peu de lumière à une intrigue ensevelie sous les nuages les plus sombres.

Les images rugueuses offrent des couleurs peu éclatantes, hormis peut-être ces éclairages plus soignés. Le ton est au réalisme, aux rues sales et à la prédominance de teintes neutres et austères. Au passage, la présence de grain et de contrastes trop opaques handicape quelques scènes... en se transformant toutefois en choix scénaristique. Ce n'est pas toujours beau et c'est voulu ainsi. La musique de Catherine Major a judicieusement été récompensée au gala des derniers Jutra et ce, même si les belles compositions instrumentales se veulent parfois un peu trop insistantes. Les différentes pistes sonores façonnent correctement les enceintes de sons de voitures et d'une foule qui crie, en laissant toujours de la place aux voix. Une bonne nouvelle qui va de pair avec ces beaux sous-titres blancs en anglais.

Petit garçon qui marche la tête baissée, pont en arrière-scène, couleurs drabes: la pochette décrit judicieusement son milieu sans jamais l'embellir. Le menu principal du DVD reprend cette photographie en y superposant une douce pièce musicale. Les suppléments ne sont pas toujours pleinement satisfaisants. Entre une galerie de jolies photographies, une bande-annonce et un lien vers un site Internet, le tout se visionne assez rapidement. L'extrait de 13 minutes de Si j'avais un chapeau pique aisément la curiosité, et ce, même si tout le document avait pu être inclus. En revanche, la revue de tournage ne manque pas de tonus avec ces multiples artisans qui parlent et défilent à l'écran. Dans le désordre, il y a une conférence de presse, des auditions des comédiens, des scènes en préparation, des discussions avec la réalisatrice et bien plus encore.

Comme les récents La Capture et Durs à cuire, "Le ring" souffre de nombreuses imperfections qui ne sont toutefois pas assez nombreuses pour nuire au résultat final. Avec un être aussi crédible et attachant que Maxime Desjardins-Tremblay, le reste devient rapidement superflu.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments4
Vidéo6
Audio7