Les étés "blockbusters" sont finalement arrivés au Québec depuis quelques années. Lors de l'été 2006, nous avons vu le remake à notre sauce de Lethal Weapon, titré pour l'occasion Bon Cop, Bad Cop. L'été 2007 ne promettait en rien d'arrêter cette course à la "modernisation" de notre cinémathèque alors que pointait le bout du nez d'un autre remake encore plus évident, cette fois de The Fast and the Furious mélangé avec un brin de critique sociale pour le système de santé titré cette fois "Nitro". En bref, un scénario prétexte à des scènes d'action et de déploiement de chair féminine à canon stéréotypé. Rien pour aider le cinéma québécois et davantage inquiétant en ce qui semble désormais planer au-dessus de nos têtes pour les étés à venir.
Max (le plutôt crédible et néanmoins gonflé Guillaume Lemay-Thivierge) a besoin d'un cœur. Ce n'est pas qu'il soit si mauvais pour la société, mais sa femme Alice (la belle et talentueuse Myriam Tallard) est à l'hôpital en attente éternelle d'une greffe puisque son cœur actuel ne cesse de croître. Tenaillé entre son amour pour Alice et son fils Théo, Max renouera avec son passé avec des conséquences qu'il n'aurait jamais soupçonnées. Retrouvant la piste de course, il parie et amasse un montant intéressant, mais insuffisant pour faire avancer les choses. Il fera donc face à son passé, allant jusqu'à rencontrer une vieille connaissance du monde interlope (Martin Matte) qui pourrait lui fournir un cœur en moins de deux jours, moyennant 150 000$ ainsi qu'une flamme abandonnée (la belle et rebelle Lucie Laurier).
D'emblée, faisons la part des choses: "Nitro" est quelques secousses plus élevées que son homonyme amerloque pour la simple raison que le scénariste Benoit Guichard a su intégrer une critique (toute aussi simpliste soit-elle) de notre système de santé défaillant. Toutefois, la mise en scène racoleuse s'en remet complètement dans les scènes d'action qui, une fois regardées, font l'effet d'un mauvais collage manquant cruellement d'inspiration. On a déjà vu plus de 1000 fois des films avec des voitures se faire la course depuis l'époque de James Dean et "Nitro" arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Son équipe d'acteurs offre une belle performance quoique caricaturée et manquant de réserve. Les deux seules actrices sortant du lot sont Lucie Laurier pour son interprétation de Morgane et Myriam Tallard dans le rôle de celle dont il serait facile de tomber amoureux: Alice. Le film est miné de quelques longueurs, comme cette berceuse chantée par le père à son fils alors qu'il conduit un camion sur le point de tomber en panne, voulant rassurer l'enfant. Une cinématographie quelque peu plus dégourdie permet de se réjouir avec des scènes parfois littéralement vertigineuses doublées d'un montage s'adaptant bien aux contextes multiples présentés dans le film. Bien que "Nitro" ne soit pas du même calibre que Les Invasions Barbares, il en demeure un produit de divertissement racé qui offre toutefois sans prétention aucune de s'amuser tout en critiquant un peu les travers de notre système. Seulement, la finale risque de laisser sur son appétit... pour un "Nitro 2"?
Le second disque contient les suppléments, qui sont, au contraire de Bon Cop... presque suffisants. On nous offre une revuette de près de 45 minutes sur le tournage du film comprenant des entrevues avec les acteurs, des moments cocasses entre Martin Matte et Guillaume Lemay-Thivierge, on ne lésine pas à montrer ce qui a été mis en œuvre afin de rendre le spectacle à l'écran le plus vrai possible sans avoir recours (ou alors de façon si subtile qu'on n'en fait mention nulle part) au numérique. Un court-métrage intitulé "Donner la vie" parle des dons d'organes et les médecins impliqués ainsi que leur point de vue sur la controverse sur la disponibilité de tels organes (il contient toutefois des images réelles plutôt crues prises dans les salles d'opération). Un vidéoclip de "Dizzy Racers" et des bandes-annonces de nouveautés à venir complètent le tableau pour une série d'extras que l'on aurait souhaités complétés par une piste de commentaires. Remarquez, c'est déjà très bien comme ça.
L'image du film possède quelques défauts de compression visibles seulement lors des arrêts sur image. Pour le reste, le tout est impeccable et défile d'une belle façon à l'écran. Les ombres et lumières sont respectés, le calibrage des couleurs offre une saturation sans dépassement et la définition de l'image donne un style particulier surtout lors des séquences tournées la nuit. Le son est superbe et sonne très bien dans les enceintes, surtout lors des scènes de course, durant lesquelles le système de son crache un plein potentiel et offre toute la démesure et l'extravagance stylisée des courses illégales. Un travail superbe pour ces deux aspects. La page principale du menu est animée et musicale, montrant un collage des trois personnages principaux de la pochette ainsi qu'un arrière-plan de la ville, le tout pourvu d'une animation de flammes. Le reste offre une image fixe, mais toujours musicale excepté pour le disque des suppléments qui est doté d'un menu fixe et muet.
Tel que mentionné plus haut, "Nitro" ne peut pas réellement se vanter de révolutionner le cinéma bien de chez nous, mais sait tirer le meilleur parti de ce qu'offre le scénario. D'une interprétation touchante par Myriam Tallard en passant par le style quelque peu contrasté et du déferlement de voitures, "Nitro" sait demeurer fidèle à son public cible: offrir un divertissement honnête doté d'intentions louables.
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |