Il est indéniable que l'œuvre du cinéaste québécois Robert Morin est unique dans l'histoire de notre cinéma national. Autant par l'originalité de ses scénarios, par la facture visuelle de ses oeuvres que par son attitude anticonformiste envers "l'industrie", Morin fait cavalier seul dans notre petit monde artistique. Film après film, le réalisateur nous a habitués aux surprises, nous amenant à tel endroit alors qu'on l'attendait à tel autre. Et ceci est aussi vrai pour ses œuvres vidéo des débuts que pour ses œuvres récentes. Pour s'en convaincre on a qu'à aller fouiller dans l'incroyable coffret de dix DVD Robert Morin : Parcours du Vidéaste (1976-1997) contenant tous ses films vidéos - courts, moyens ou longs-métrages - de ces trois décennies. On y retrouve des œuvres aussi remarquables que "Yes, Sir! Madame", "Quiconque meurt, meurt à douleur", "Le voleur vit en enfer" et d'autres moins connues, mais tout aussi éclatées, étranges et humaines comme "Gus est encore dans l'armée", "Le mystérieux Paul" ou "Ma vie c'est pour le restant de mes jours".
Avec ce "Petit Pow! Pow! Noël" tourné en 2005, mais fraîchement sorti en DVD, Robert Morin retournait en quelque sorte à ses premières amours. Loin des films plus élaborés et plus conventionnels (dans leur forme, mais certainement pas dans leur contenu!) des dernières années comme Que Dieu bénisse l'Amérique, Le Nèg ou le légendaire Requiem pour un beau sans-cœur, le réalisateur a choisi de revenir au format petite caméra, petite équipe de tournage et comédiens amateurs pour clore en quelque sorte une étape de création. Ce film constitue en quelque sorte un épilogue parfait pour son "parcours de vidéaste" du vingtième siècle.
Le scénario en est fort simple. Un homme pénètre la nuit de Noël dans l'hôpital où son père est soigné et tente, à l'aide d'une seringue, de mettre fin à sa vie. Alimenté par sa haine pour son paternel autiste et muet, le meurtrier monologuera pendant toute la nuit tentant d'expliquer son geste à son géniteur et de se justifier en même temps. Malheureusement pour lui tuer n'est pas chose aisée et la chambre d'hôpital n'est pas aussi tranquille qu'il l'aurait cru...
On retrouve ici beaucoup des éléments cinématographiques chers à Monsieur Morin. Premièrement, le film est entièrement tourné en caméra subjective (comme dans "Requiem pour un beau sans-cœur" et "Windigo"), le parricide voulant un souvenir significatif et un témoignage de son geste; deuxièmement, on a affaire à un huis clos d'une intensité émotionnelle infernale comme dans beaucoup de films de Morin ("Quiconque meurt, meurt à douleur", "Quelques instants avant le Nouvel An ", "La réception", etc.); troisièmement, le scénario nous réserve quelques surprises en cours de route, nous faisant nous interroger à notre tour sur une situation qui semblait si simple.
Il va sans dire que "Petit Pow! Pow! Noël" n'est pas un film facile. Tant par la dureté de son ton, par sa facture visuelle crue que par son propos dérangeant, le film peut débalancer bien des spectateurs non avertis, surtout ceux qui ne connaissent pas l'univers particulier du créateur. Robert Morin lui-même y jouant le rôle principal du tueur en devenir et son vrai père André Morin y jouant celui de la victime en puissance, ça n'a rien pour nous rassurer! Quand on sait que certains éléments du scénario sont aussi autobiographiques, on peut s'inquiéter et se demander où est la limite entre le réel et l'imaginaire (un autre trait caractéristique de l'œuvre de Morin d'ailleurs). Il reste tout de même que le film est extrêmement prenant et une réussite sans contredit pour son maître d'œuvre. Après ce visionnement, on se demande maintenant où le réalisateur nous amènera avec son prochain film...
Au niveau visuel, le style du film étant un homme avec sa caméra portative, on s'attend exactement à avoir ce qu'on a. Éclairages naturels, caméra perpétuellement en mouvement, cadrages imparfaits et qualité visuelle minimale. Le transfert DVD fait honneur au style du film en ce sens qu'on a respecté le "look" désiré (et fonctionnel!) sans en améliorer la qualité. Pour le son, même principe. Beaucoup de son ambiant passablement moche, mais hautement réaliste. Le long monologue de la narration ayant été rajouté par la suite on y perçoit plus de travail tout en notant l'effort déployé pour le faire passer pour du son direct. Définitivement pas pour les mordus de surround ou de THX! Il n'y a pas de suppléments sur ce DVD.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |