Les premiers tourments amoureux brûlent l'âme dans "Pour l'amour de Dieu", un modeste et sincère film québécois qui séduit malgré ses quelques imperfections.
En 1958, la petite Léonie (Ariane Legault), 11 ans, suit l'enseignement de religieuses. Elle a le béguin pour le Père Malachy (Victor Trelles Turgeon), qui de son côté en pince pour la Sœur Cécile (Madeleine Péloquin). Son attirance est mutuelle et partagée, mais leur passion doit demeurer secrète, parce que leur amour sera interdit de l'Église.
Depuis l'excellente trilogie sur les vertus théologales de Bernard Émond et le superbe film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, les longs-métrages qui interrogent le sacré et la foi se font de plus en plus nombreux. C'est dans ce sillon que s'inscrit cette production, l'une des meilleures réalisations de Micheline Lanctôt depuis des lustres. S'inspirant d'un souvenir de jeunesse, "Pour l'amour de Dieu" développe un triangle amoureux qui ressemble parfois à celui du mésestimé Atonement, alors que le mensonge et la trahison seront au cœur des relations entre les personnages.
Le premier amour y est l'enjeu principal, même si le scénario se plaît à analyser les mœurs de la société québécoise qui précédait la Révolution tranquille. Malgré une certaine austérité, des sentiments qui demeurent en retrait et un léger décalage dans le langage - trop moderne - de la Sœur Cécile, l'ensemble se suit avec un certain intérêt. Les acteurs sont généralement convaincants et il y a quelques séquences qui enivrent et séduisent au plus haut point, à l'instar de cette scène de séduction dans une balançoire. Le symbolisme à la Bunuel n'est pas sans faux pas, se prenant généralement au second degré, et ce, même si la finale n'est pas à la hauteur.
La musique extrêmement mélodique de Catherine Major agit comme un baume sur le coeur. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est onctueuse à souhait, faisant ressortir des enceintes des bruits de mélodies et de chœurs. Les dialogues sont clairs et il est possible d'insérer de visibles sous-titres blancs en anglais. Les images sont solides et détaillées. La palette de couleurs est claire, les teintes précises et la qualité des contrastes fait ressortir plus que favorablement la magnifique photographie de Michel La Veaux, éclipsant du même coup les quelques traces de blocage.
La pochette noire et brune n'est pas très vendeuse. Elle montre une image d'une sœur et de Jésus. Le menu principal du DVD opte plutôt pour une représentation statique d'une figure religieuse qui est accompagnée d'un doux air musical. Les suppléments comprennent une bande-annonce et un très intéressant documentaire de 42 minutes sur le tournage. Il est possible de voir Micheline Lanctôt en pleine action, alors que les comédiens parlent des thèmes abordés et de leur personnage.
"Pour l'amour de Dieu" est une œuvre honnête, imparfaite, mais plus que recommandable aux amateurs d'un cinéma sincère et sans cynisme. Le budget extrêmement limité est parfois apparent, sauf que la reconstitution d'époque et le soin apporté aux personnages sont suffisants pour qu'un public adulte y trouve son compte. L'important est seulement de ne pas se fier à sa première impression et de laisser une chance au coureur.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |