La vengeance n'est pas nécessairement un plat qui se mange froid. Du moins pas pour le personnage principal de "Les sept jours du Talion" qui fera passer un mauvais quart d'heure à l'agresseur de sa fille. Une adaptation brutale mais réussie, violente sans être manipulatrice du roman de Patrick Senécal qui soulevait déjà d'importantes questions morales.
Un médecin (Claude Legault) et sa femme (Fanny Mallette) perdent ce qu'il y a de plus précieux: leur fille Jasmine (Rose-Marie Coallier) qui a été violée et assassinée par un maniaque (Martin Dubreuil). Même si ce dernier est rapidement récupéré par les forces de l'ordre, le père endeuillé ne croit pas à la justice où les condamnés ne font très souvent qu'un tiers de leur peine. C'est pourquoi il décide de kidnapper et de torturer le tortionnaire de sa progéniture. L'inspecteur Mercure (Rémy Girard) et ses hommes ont une semaine pour retrouver cet être qui se mute peu en peu en bête avant qu'il n'abatte sa proie.
Tranchant avec le style plus horrifique, gore et presque burlesque d'Éric Tessier sur les transposions à l'écran de Sur le seuil et 5150, rue des Ormes des mots de Patrick Senécal, Podz (Daniel Grou) a décidé d'explorer de nouveaux horizons. À l'instar de sa série télévisée Minuit, le soir, il n'hésite pas à embrasser les zones d'ombre des individus. Il le fait avec honnêteté et une étonnante maturité.
Bien qu'il s'agisse de son premier long-métrage pour le cinéma, sa griffe est entière et authentique. À la façon du métier de son antihéros, le cinéaste dessine un univers froid et clinique, pratiquement sans vie, ce que vient étoffer ce leitmotiv de l'animal mort, cette absence totale de musique et ce rythme lent où fourmillent ironiquement 1000 sensations. Tout est question de contrastes entre le protagoniste qui cherche à exorciser son mal et le lieu à la fois glacial et magistral qui rappelle quelques œuvres scandinaves.
Le film de vengeance est presque un archétype en soi, et s'il y en a eu d'excellents (Crossing Guard de Sean Penn, la fameuse trilogie de Chan-wook Park), plusieurs ratages sont au rendez-vous (Taken, Eye for an Eye et la liste est longue). Ce n'est heureusement pas le cas de ce projet casse-gueule. Au lieu de moraliser ou de manipuler le spectateur, le metteur en scène le traite avec intelligence. Il y a une distanciation qui permet d'éviter que tout soit noir ou blanc. Ce fossé est au service de l'intrigue qui aborde différents thèmes (la dichotomie sur la peine de mort, les peines réduites, le règlement de compte, etc.) sans pour autant devenir un simple essai à thèses.
Le réalisateur a pris le pari de montrer cette violence en ébullition, ce qui donne plusieurs moments éprouvants et insoutenables. Pas surprenant si quelques personnes sortent de la salle ou que la production ne fasse pas exploser le box-office ou les ventes de DVD comme le plus gentil et aimable De père en flic. En revanche, les intentions sont louables et le message passe parfaitement, ne donnant pas le goût aux gens d'imiter ce médecin désespéré. Dans le genre, le résultat est beaucoup plus satisfaisant que le récent et similaire The Horseman.
L'interprétation distancée, mais néanmoins sentie est tout à fait dans le ton du sujet et de son traitement. Le jeu viscéral de Claude Legault est en réaction à celui plus physique de Martin Dubreuil, l'émouvante Fanny Mallette rappelle le deuil sans trop l'étouffer de mélo, alors que la performance sobre à souhait de Rémy Girard permet aux spectateurs d'aborder des démons qui sont encore là et qui attendent d'êtres réglés.
Pour une rare fois, le découpage du livre en scénario (exercé par Senécal lui-même) se révèle autant sinon plus intéressant que le produit littéraire original. L'essentiel a été gardé, il y a eu plusieurs modifications nécessaires au format, et même des rajouts qui apportent une profondeur non négligeable. Le montage un peu brusque et austère pourra en perdre quelques-uns, mais pas pendant très longtemps.
La photographie à l'esthétisme soigné révèle souvent de somptueux grands espaces. L'image détaillée aux couleurs froides n'évite pas le grain et le blocage. Le tout est rapidement excusé par un splendide blocage qui joue efficacement avec les ombres et la lumière. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 sert principalement à mettre de l'avant les voix un peu faibles, mais compréhensibles qui peuvent être accompagnées de visibles sous-titres blancs en anglais. Quelques bruits peuvent s'échapper des différentes enceintes (une voiture, la sonnerie d'un téléphone), sauf que ces éléments sont réduits à leur strict minimum.
L'élégante pochette blanche montre un sept en forme de sang. Plus timide est le menu principal du DVD, statique et sans mélodie. Il consiste en une simple maison qui semble menaçante. Les suppléments ne méritent pas le détour. Il y a tout d'abord une galerie de photos qui déroule automatiquement, et quelques scènes supprimées. Ces moments intéressants n'étaient pas fondamentaux à la bonne compréhension de l'histoire. Une piste de commentaires aurait été appréciée, ou tout au moins la somptueuse bande-annonce.
"Les sept jours du Talion" demeure un film de genre original et extrêmement bien fait, sans la moindre once de sensationnalisme ou d'effets larmoyants. Enfin un titre québécois qui ose prendre des risques, ce qui est de plus en plus rare dans le marché actuel.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |