"T'as même pas de fun à le faire!"
Bruno Hamel est un chirurgien. Il a sa petite famille et un quotidien sans histoire, bref, il ne s'attend pas à ce qui va se produire. En effet, sa petite fille de huit ans disparaît pour être retrouvée quelques jours plus tard, violée et assassinée. L'univers du couple bascule. Jasmine essaie de faire son deuil, mais Bruno a une autre idée en tête. Par une supercherie, il séquestre le violeur lors de son transfert à un pénitencier puis l'emmène dans un chalet afin de lui faire payer ses gestes.
On ne peut pas dire que le scénario soit d'une grande finesse en guise de réflexion, mais les thèmes abordés sont avant tout sujets à maints débats entre les spectateurs. Senécal adapte son propre roman pour la cause cinématographique et filme avec efficacité tant les scènes tordues que celles d'intimité. Podz jongle habilement avec une photographie adaptée et une décoloration d'image émanant du manque d'humanité enfoui en chacun de nous. Claude Legault livre une performance poignante de vérité et de rage. Il campe un Bruno Hamel sérieusement atteint et tout se joue dans un regard entre lui et sa "victime". Legault doit recevoir une mention honorable pour son jeu tant la profondeur dans laquelle il sombre nous fait oublier ses rôles plus comiques (Dans une Galaxie, par exemple). Le rythme du film est bon sans avoir trop de longueurs. Les événements se succèdent avec une certaine efficacité, mais le tout prend une route plus ardue et endommagée lors du dernier tiers. Une scène à priori inutile (l'enlèvement de la mère d'une présumée victime du suspect) ne fait que nous détacher du récit au lieu de nous montrer davantage les abîmes du personnage principal... et la finale manque sérieusement de prendre son camp et s'efface de tout commentaire, comme si l'auteur ne voulait pas s'avancer de son propre jugement sur un tel thème. Ce manque de position était à l'origine présent dans le roman, donc on ne se surprend pas de le retrouver ici... mais les spectateurs attendaient peut-être davantage d'une telle adaptation. Certes, les scènes d'horreur sont peu nombreuses, mais frappantes, l'ambiance est terne et morbide au possible, l'absence de musique donne un ton de vérité au film, mais il manque cette prise importante de position. Qu'elle soit bonne ou mauvaise, elle est ce qui sépare les films qui n'avancent pas "jusqu'au bout" (un thème cher à l'auteur) de ceux qui s'aventurent ailleurs, hors des sentiers battus. Pas un grand film, certes, mais pas un film nul non plus. Seulement, la fin arrive trop abruptement pour justifier quoi que ce soit. Qui plus est, on dirait que le film a été coupé dans le milieu parce qu'il y aurait eu une seconde moitié passionnante à faire sur le sujet, un peu comme Hitchcock, qui continuait ses films où les autres se contentaient de mettre le mot fin.
Qu'on se le dise, il semble que le Québec a des problèmes avec ses éditions Blu-ray. Ici, "Les 7 Jours" ne fait pas exception à la règle. Bien que l'image soit presque complètement désaturée de ses teintes de couleur (ce qui rappelle Saving Private Ryan), on dénote un manque cruel de détail dans les scènes plus sombres (et il y en a) à un point tel qu'on croirait davantage voir une tache noire. On peut dire qu'on a vu mieux avec Dédé à Travers Les Brumes ou De Père En Flic, pour ne nommer que ceux-là. Malgré une définition intéressante, le grain vient embrouiller une partie des gestes et action, comme si même la photographie se passait de prendre position. Le seul aspect plutôt réussi est la bande-son... et avec les multiples silences lourds qui la composent, ç'aurait été un bel échec sur toute la ligne. Ici, toute respiration est importante, chaque souffle est rapporté avec bonne intention. Les hurlements, les gorges déployées, la douleur, c'est une reproduction intéressante qui attend le spectateur, mais pas au point de dire "ambiophonie". Non, il semble que le peuple québécois ne connaisse pas encore cette fascinante option qui permet de prendre un film et de l'élever au rang de véritable surprise auditive. On peut dire que la bande-son offre son lot de moments forts, mais pas suffisamment pour la rehausser. C'est comme si le son ne voulait pas s'imposer, tout comme l'auteur et le film. En somme, c'est cohérent, mais pas fini. Trouvez l'erreur.
Si vous croyez vous reprendre avec des suppléments intrigants, c'est loupé. Alliance se fait aussi avare que Séraphin. La compagnie (toute production québécoise, il apparaît) semble avoir le même problème: aucun supplément alléchant. Tout a commencé avec Polytechnique qui n'avait que très peu à offrir et voici un nouveau bas-fond: quelques scènes coupées puis une galerie d'images, ce qui est complètement insuffisant en terme de haute définition. Qui plus est, les suppléments sont présentés en définition standard, comme s'il n'y avait pas de place pour un making-of, des scènes ratées... Difficile de comprendre comment une telle décision peut avoir été prise (les coûts ou le fait qu'on pense que notre cinéma vaut bien plus que des suppléments? Ou les deux). On voit presque les jours où seule la bande-annonce garnira les disques Blu-ray, comme si les suppléments étaient réservés à l'élite qui a tourné le film. Venez me prouver le contraire.
Une édition décevante sur presque tous les points, "Les 7 Jours" n'a que l'audace de montrer sous forme presque documentaire ce que les Saw de ce monde se contente de filmer comme pur produit de consommation. Le film est très dur, violent et suggère beaucoup plus qu'il ne montre. Seulement, un transfert audio-vidéo qui ne vaut pas l'estampillage Blu-ray et une variété de suppléments aussi maigre que le portefeuille de Séraphin Poudrier complète le désarroi de ce critique, qui pensait que succès rimait avec "édition fournie". C'est bien la dernière fois qu'on m'y prend.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |